Patricia Farazzi
L’étoile et le flot
En 1391, dans la Judería de Barcelone, les juifs doivent choisir entre la conversion ou la mort après que la communauté de Majorque a été massacrée. Mais c’est vers l’exil qu’iront Estellina et son fils Eliab, livrés à une traversée singulière du temps et de l’espace, qui les mènera à L’algher (Sardaigne), où s’établit pour un siècle une nouvelle communauté. Dans les fragments de miroir qu’elle emporte alors avec elle, se refléteront, une génération plus tard, à la fois son histoire passée et l'histoire à venir des prochains exils.
Ecoutez l'émission Talmudiques (France Culture) consacrée à ce livre.
Depuis L’esquive (1985) ou Le voyage d’Héraclite (1986), Patricia Farazzi a fait paraître plusieurs livres explorant les territoires de l’imaginaire et préfacé, à l’éclat, Apollinaire, Michelet, Ursula K. Le Guin ou Avrom Sutzkever. Elle a publié plus récemment deux récits : Vie imaginée de Shimon Guenzburg et de Tirzah Adelkind (L’éclat, 2021) et Vies mêlées de Manuela Sáenz et Jonatas (L’éclat, 2022). Son roman L’archipel vertical (2007), sur la Tel Aviv du début du 21e siècle, reparaît en poche en même temps que L’étoile et le flot.
A propos de L’étoile et le flot, Jordan, de la Librairie des Cordeliers (Romans sur Isère), écrit:
« Prenez cette phrase, par exemple : « Nuances de langues géographiques diluées dans les méandres de l’exil ». Elle est flamboyante, lumineuse et mystérieuse à la fois, elle envoûte. On la relit, à plusieurs reprises, un sens émerge, un autre le prolonge, ça fait comme un ressac.
Ou celle-ci : « Isaac l’orphelin, […] ayant appris les rudiments de la vie sans en apprendre les nuances, dans la forge de son père adoptif, entre le feu et les martellements ». Elle contient plus que ses propres mots, cette phrase, elle est remarquablement pesante, pesante d’une signification tacite, et ce n’est pas de la lourdeur, mais plutôt une forme de gravité. Elle suggère tout, avec une limpidité folle.
Ou regardez celle-là : « Chaque mot écrit contient tant de gouttes de temps ». Je crois bien que cette phrase est un miracle. Elle semble penser d’elle même. La lire la déplie.
Voilà, la lire la déplie, c’est étrange à dire mais c’est vrai et cela pourrait résumer le roman entier : Le lire déplie une histoire, celle d’Estelina et de son fils, Eliab. Dans la chambre d’Estelina, il y a dix éclats de miroir sertis dans la fissure d’un mur. C’est par là qu’Estelina peut retrouver Saùl, son défunt mari. Miroir, mémoire, la lumière réfléchie comme des pensées, le présent devenu souvenir que l’on chéri, nous sommes en 1391, les juifs de Barcelone doivent choisir entre la conversion ou l’exil et Estelina choisit l’exil. Dans un autre lieu, plus tard, Eliab aura une fille qu’il appellera comme sa mère, Estelina. Le temps est une sorte de flot qui emporte tout mais fait ressac, on a des miroirs mais on oublie, Patricia Farazzi le dit avec une voix belle, confondante, mondiale, elle parle toutes les langues et déplie des arcs de temps : que s’est il passé en 1492 ? Que se passera-t-il en 1943 ?

J’ai pesé L’étoile et le flot. Je précise que ma balance est mécanique et donc (après un réglage initial fin) très fiable. Ma balance affichait très précisément 100g et c’est complètement faux au regard des émotions contenues dans ce livre.
Je demeure mathématiquement votre, mais cette incohérence m’inquiète. Jordan
