« Le charme exceptionnel des lettres de Walter Benjamin est de révéler dans son premier moment cette intuition du dehors. La lettre est pour lui la forme même de l’éclair, de la soudaine et fugitive lumière où le concret brille dans sa vérité, et là seulement » écrit le traducteur Guy Petitdemange. Les deux volumes de sa correspondance, édités en 1966 par Gershom Scholem et Theodor W. Adorno, proposent un choix de plus de 300 lettres, écrites entre 1910 et 1940. La traduction française, reprise ici de l’édition Aubier en 1979, a été revue et complétée par Pierre Rusch.
Cette importante anthologie a la particularité d’avoir été établie par deux proches de Benjamin, et leurs notes témoignent de cette amitié aussi fidèle que compliquée et de « l’exceptionnelle aisance dans le genre épistolaire, qui lui était comme naturelle ». Elle illumine en tout cas l’œuvre de Benjamin, qui est chaque jour redécouverte par de nouvelles générations. La liste des correspondants donne bien la mesure de son importance : outre les deux éditeurs, dont plusieurs lettres sont reproduites, on trouve Gretel Adorno, Hannah Arendt, Bertolt Brecht, Martin Buber, Hugo von Hofmannsthal, Max Horkheimer, Adrienne Monnier, Rainer Maria Rilke etc. Toute la pensée du 20e siècle est là, avec son cortège de drames et d’espérances.
Né à Berlin le 15 juillet 1892, dans une famille de la bourgeoisie juive assimilée, Walter Benjamin traverse le demi-20e siècle dans une semi-clandestinité intellectuelle qui commence par le refus de sa thèse sur le drame baroque par l’université allemande. Ses amitiés avec Gershom Scholem et Bertold Brecht, Theodor Adorno et Hannah Arendt le marquent autant qu’il les aura marqués lui-même. Après de nombreux voyages à l’étranger (France, Espagne, Italie, Autriche, URSS), il quitte Berlin le 18 mars 1933 pour ne plus jamais revenir. Il songe, un temps, rejoindre son ami Scholem à Jérusalem, mais décide finalement de rester à Paris, auquel il consacrera un livre ‘infini’, le livre des Passages, Paris capitale du XIXe siècle, dont les ‘morceaux’ paraîtront après sa mort. Après un internement au camp de Nevers dans la France occupée, il décide de gagner les USA avec l’aide de l’Institut de Recherche sociale, exilé à New York, qui avait commencé à l’aider financièrement à partir de 1935. Après une traversée de la France, il se suicide à Port Bou, le 26 septembre 1940, après avoir tenté de gagner l’Espagne pour échapper à la Gestapo.
Correspondance I Théologie et utopie. Correspondance 1932-1940 Benjamin-Scholem. Histoire d’une correspondance La révolution est le frein d'urgence Walter Benjamin. Avertissement d’incendie Voir aussi
Gershom Scholem
