full
image
#666666
http://www.lyber-eclat.net/wp-content/themes/smartbox-installable/
http://www.lyber-eclat.net/
#5979e2
style1

L. Cahn C. Deligne N. Pons-Rotbardt N. Prignot A. Zimmer B. Zitouni

Terres des villes

Enquêtes potagères de Bruxelles aux premières saisons du 21e siècle

Nourrir la ville et se nourrir

Lyber

Partout, depuis longtemps, des groupes, des personnes cherchent à vivre, à s’émanciper, à se tenir en dehors des logiques de propriété, de production et de consommation capitalistes. Mais quand il s’agit de (se) nourrir, comment convaincre des propriétaires de permettre l’usage agricole de leurs terrains ? Comment ne pas consacrer tout son temps à la subsistance ? Comment y consacrer suffisamment de temps ? Comment composer avec une logique marchande tout en demeurant relativement maître des prix ? Comment sortir des logiques d’intensification agricole ? Surtout, comment pérenniser des modes de vie qui, tout en aspirant à des formes d’autonomie, ne peuvent s’extraire de l’enchevêtrement du monde ?

Ces questions de maintien, de pérennisation, de subsistance, nous les avons rencontrées au sein de l’histoire de la Ligue du Coin de Terre, une association fondée à la fin du xixe siècle (par des nobles, des bourgeois et des ecclésiastiques) qui cherchait à mettre des terres nourricières à disposition des ouvriers des villes. Comment cette association, qui existe depuis 130 ans, a-t-elle assuré sa pérennité là où tant d’autres expériences ont disparu ? Ces questions, nous les avons aussi rencontrées dans les initiatives d’agriculteurs qui tentent de court-circuiter les grossistes et supermarchés pour s’adresser directement à leurs consommateurs urbains et aussi de favoriser la rencontre avec d’autres luttes et d’autres milieux de contestation. Ces questions, lancinantes, nous les avons croisées dans L’Expérience, un cercle d’ami.e.s anarchistes qui tentait, au début du XXe siècle, d’instaurer une communauté agricole et libertaire. Plus récemment, nous les avons abordées avec les activistes anti-OGM et pro-luttes paysannes qui tentent de contrer les alliances qui lient les multinationales, les États et les universités. Ils se sont saisis d’un tubercule dont l’histoire est à la croisée de l’alimentation populaire et de la monoculture industrielle : la patate. Un nouvel emblème fédérateur est né, qui ne cesse de se propager.

Dans ces récits, on se heurte aux équilibres économiques, aux négociations pour l’usage des terres, aux relations de voisinage, aux moyens de transmettre des expériences. Mais il est aussi question de terres inaliénables, de ­religion, d’arrière-pays qui sourdement résistent à la métropolisation ; il est question d’autoritarisme et d’anti-autoritarisme, de paternalisme et d’anarchisme, de théâtre, d’amour libre, de procès, de manifestes et de manifestations.

Toutes ces histoires locales ne sauraient être que locales car chacune est née d’un désir d’« autre chose », chacune prend à bras-le-corps l’exigence de fabriquer d’autres mondes ici et maintenant.

 
WP-Backgrounds Lite by InoPlugs Web Design and Juwelier Schönmann 1010 Wien