Rencontre à la librairie L’Atelier,
2 bis rue du Jourdain, Paris 20e, M° Jourdain
le 14 juin 2013 à 20 heures

 

L'Atelier fait partie du collectif «Librest», libraires de l'Est parisien. plus d'informations sur le site
www.librest.com

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Rencontre librairie de l'Atelier 


Patricia Farazzi
D’un noir illimité

«Il a fallu en suivre et en perdre des traces, en bouffer des kilomètres de bitume, de mégots et de nuit, pour te retrouver là, dans ce bistrot paumé du haut Belleville. »

D'un noir illimité est le roman d'une époque des amitiés extrêmes, de l'explosion d'une violence jusqu'alors contenue, de la construction d'un monde à coups de destructions.
Dans cette histoire entre Arthur, Nell, Sam, Dita et quelques autres, que reste-t-il de ces « années 70 », que l'on croyait de liberté, quand chacun, à sa manière, s'est tenu radicalement à l'écart du spectacle des apparences? Quelle place accorde-t-on dans ce monde d'aujourd'hui à ces ironiques intempestifs que la vie a dispersés? Ne sont-ils pas condamnés, comme Arthur le saxophoniste devenu aveugle, à la vie des termites, dans quelque «trou des Buttes Chaumont»?

Patricia Farazzi a publié plusieurs livres aux Éditions de l'éclat, depuis L'Esquive (1985) jusqu'à l'Archipel vertical (2007), en passant par Le Voyage d'Héraclite (1986), ou La vie obscure (1999), autour du philosophe italien Carlo Michelstaedter. Elle est aussi traductrice.

Ecoutez l'émission “Jeudi noir", sur Radio Libertaire, consacrée à D'un noir illimité de Patricia Farazzi

Lire un extrait

Collection «Paraboles»

ISBN 978-2-84162-295-5

320 p.

18 euros




 

 

 

 

Article paru dans ART PRESS n°401 (juin 2013)

Au fil de la lecture du dernier roman de Patricia Farazzi - qui vient de paraître aux Éditions de l'Éclat - nous partons avec elle à la recherche d'un temps perdu qui ne reviendra plus. En pénétrant dans son récit, nous devenons très rapidement attentifs aux souvenirs en éclats qui surgissent de notre mémoire, comme aux images fantasmatiques que nous avons pu construire autour de cette époque du début des années soixante-dix, de cette époque d'explosion des tabous. Ce roman, en effet, ne cesse de nous rappeler combien furent ébouriffantes - au regard de ce que nous vivons actuellement - ces quelques brèves années qui ne changèrent pas que le destin de quelques individus, mais celui d'une société toute entière.
C'est donc avec plaisir que nous mettons nos pas dans ceux de ses protagonistes. Dans ceux d'Arthur, saxophoniste devenu aveugle - qui aura croisé l'aventure du groupe Urban Sax, se sera rendu au légendaire concert de Sun Ra aux Halles de Baltard, au lendemain de la mort du Général De Gaulle - dans ceux de Nell la narratrice, dans ceux de Sam l'ancien junkie maintenant intégré, dans ceux de Dita l'excentrique dangereuse, la libertaire destructrice. Ces personnages ne font pas que se croiser, se perdre, se chercher, se retrouver, s'éloigner de nouveau, ils se confondent aussi parfois, au point que nous ne savons plus qui manipule qui, qui par instants s'incarne dans tel autre, qui prend la posture apparemment opposée à la sienne. Ces jeux de positions alternées nous tiennent en haleine et nous évitent de tomber dans des jugements simplificateurs.
Le récit se déroule, avec ses réitérations affirmées, en une sorte de long développement musical qui prendrait appui sur les scansions que sont certains traits physiques associés aux personnages, scansions qui reviennent comme autant de notes dominantes. Il nous entraîne aussi dans une sorte de labyrinthe, qui n'a pas été sans me faire penser à celui de Stanley Kubrick dans « Shinning ». Nous y avançons, revenons sur nos pas, reprenons notre marche sourdement affolée qui, nous le pressentons, ne nous mènera pas vers une issue lumineuse ou libératrice. Nous savons que le danger fait partie du paysage, qu'il rôde, qu'il nous menace et que, malgré notre parcours zigzaguant, très bientôt nous serons précités dans un noir illimité.

Jacqueline Caux