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David Biale : Gershom Scholem. Cabale et contre-histoire.
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Publié pour la première fois en 1979, puis réédité trois ans plus tard chez Harvard University Press, ce livre de David Biale paraît seulement aujourdhui en français. Notre édition est conforme à la deuxième édition américaine. Nous navons ajouté que lappendice. Gershom Scholem est mort en 1982 à Jérusalem. Près de vingt ans ont passé et son uvre a fait lobjet de nombreuses éditions, traductions et commentaires dans le monde entier. Nous disposons également aujourdhui dune édition de sa correspondance et de son journal de jeunesse. Toutefois il ne nous a pas semblé utile de suggérer à lauteur une «mise à jour» de ce livre déjà classique. On nécrit pas la même chose à trente ans et à cinquante ans. Mais la raison essentielle en est que les documents portés depuis à notre connaissance ne font que confirmer la plupart des thèses énoncées en 1979 par David Biale, et qui permettaient dès alors de mieux prendre la mesure des nombreuses implications de cette uvre immense. «Publier les uvres maîtresses de lancienne littérature cabalistique est la meilleure garantie de son secret», écrivait Gershom Scholem dans les «Dix propositions anhistoriques sur la cabale». Cette phrase est à elle seule le résumé dune vie. Mais si la divulgation garantit le secret, le secret sauvegardé devient, en retour, ce lien privilégié entre des hommes et des femmes qui participent de cette divulgation. Ce lien cest le sionisme paradoxal de Scholem, qui visait à établir les fondations dun ciel pour une terre juive, reprenant lordre de Genèse 1,1 : dabord «hashamaïm», puis «véeth haaretz». Et cest le grand mérite de David Biale davoir montré que cest sur cette «dialectique du secret» que repose toute lentreprise de Scholem, qui lui vaut de figurer non seulement parmi les grands savants du judaïsme, mais également parmi ses plus grands penseurs. Lessai sur les «Dix propositions anhistoriques» que nous donnons en appendice est un contrepoint très enrichissant du livre de 1979. Écrit trois ans après la mort de Scholem, il reprend la «méthode» scholémienne danalyse des textes, lappliquant à Scholem lui-même.Texte et commentaire jouent ici en parfaite harmonie et se voilent très subtilement de ce quils dévoilent. Scholem a un démon (ou un ange). Ce démon (ou cet ange), cest la langue1. Tant dans son livre que dans cet essai plus tardif, Biale insiste sur ce point essentiel entre théologie et politique, qui reste une des questions principales à laquelle est confronté celui ou celle qui sapprête à pénétrer dans le domaine de la mystique juive, comme celui ou celle qui se décide, en ces temps peu cléments, à prendre le chemin de la terre dIsraël. Scholem a été celui-ci et celui-là. Il a montré à quel point il était nécessaire à celui-ci dêtre aussi celui-là, comme était «nécessaire2» également lexistence dune terre pour ce ciel. À sa mesure, le livre de David Biale est pionnier. Il a permis de défricher une terre difficile et rocailleuse. Il la fait dans un esprit de «discussion créatrice», sans jamais perdre de vue cet «art décrire» propre aux uvres qui sont lengagement de toute une vie et dont il nest pas toujours facile de démêler les fils. Cest pourquoi la compréhension de luvre historique de Scholem en tant que contribution essentielle à la pensée juive moderne commence avec ce livre de David Biale. Elle nest pas à son terme. |
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