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L. Cahn C. Deligne N. Pons-Rotbardt N. Prignot A. Zimmer B. Zitouni

Terres des villes

Enquêtes potagères de Bruxelles aux premières saisons du 21e siècle

9. Le Homborch : l’intrigante formule du Professeur Higa

Lyber

Le quartier du Homborch est situé à la lisière de la Région de Bruxelles (Uccle) et de Linkebeek. Les villas uccloises y côtoient une cité-jardin datant des années 1920, des immeubles de logements sociaux, des maisons de repos pour personnes âgées et des petites maisons campagnardes. Le quartier surplombe Bruxelles et son urbanisation s’est faite progressivement, loin du centre-ville. À la fin du XIXe siècle, ce sont ces grandes maisons bourgeoises qui y sont construites et utilisées comme lieux de villégiature pour les citadins, profitant de l’air et du calme de cette banlieue. Les cités-­jardins sont construites au milieu des champs et des cerisiers. Plus tard, s’implanteront les quelques tours de logements sociaux, qui resteront de petite taille, se glissant dans le paysage bucolique des lieux. Le quartier a des airs de petit village résidentiel, avec ses commerces de proximité qui ferment, ses tensions entre les vieux et les jeunes, son plan de cohésion sociale qui vise à les réconcilier.

C’est dans les interstices de ces lieux, entre les différents types de logements, que le potager collectif du Hompot s’est créé. Un groupe d’habitant.e.s s’est réuni autour d’une parcelle qui ressemblait à un petit jardin recouvert de pelouse, située à proximité des habitations de la cité-jardin, et qui a été mise à disposition par la SUL (Société Uccloise de Logement, qui gère les logements sociaux de la commune) qui ne s’en servait pas. Le projet a été initié par une habitante qui s’est démenée pour obtenir du soutien de la commune, de la SUL et de diverses fondations caritatives.

Le potager collectif est visible de la rue et des riverains commencent à s’y intéresser. Certains craignent qu’il ne crée des problèmes. Des conflits de voisinages qui ont émaillé le quartier quelques années auparavant font encore peur à ceux qui ne voient en ce potager qu’un lieu de dégradation possible, avec cabanes et objets à l’abandon. Les gens se rencontrent, discutent, se disputent et le potager s’installe néanmoins. Des voisins habitués au jardinage s’y intéressent et apportent des jeunes pousses. Les échanges se mettent en place et le lieu commence à vivre.

Le Hompot dans la cité-jardin du Homborch, à Uccle, 2015.

 

Les jardinier.e.s veulent alors inscrire le projet dans la dynamique des potagers collectifs menée par l’administration de l’environnement, Bruxelles-Environnement (IBGE), et l’association Le Début des Haricots. En effet, les pouvoirs publics soutiennent la création de certains potagers collectifs, et des subsides sont à la clef pour ceux qui seront lauréats1. Dans ce cadre, l’administration veut néanmoins s’assurer de la qualité de la terre et des légumes qui y seront produits. La procédure de demande de subsides implique une acceptation par le propriétaire du terrain d’une étude de la qualité du sol et son degré de pollution.

En soumettant leur sol à cette étude de pollution, les jardinier.e.s du Homborch ignorent qu’ils vont s’embarquer dans une histoire complexe et difficile. En refusant les solutions imposées et en voulant expérimenter des méthodes un peu étranges avec leur sol, ils vont créer le scandale.

 

Terres polluées

À Bruxelles aujourd’hui, une ordonnance régit la question de la qualité des sols. Elle en exige une étude lorsqu’un « événement déclencheur » a lieu, comme la vente du terrain ou la demande d’un nouveau permis pour une construction2. Une carte (un cadastre) de la pollution des sols est disponible en ligne, qui indique la qualité des terres qui ont fait l’objet d’une étude ou qui sont supposées polluées, sans que celles-ci n’aient été testées. Cette supposition se fonde principalement sur l’histoire connue de l’occupation des lieux, du type d’activité qui y a eu cours, mais également sur l’histoire connue des remblais de la ville : à de nombreux endroits, Bruxelles fut mise à niveau à l’aide de terres d’origines très diverses. La carte tient ainsi compte de l’histoire de la ville, de la production de son relief par les remblais et de ses activités passées.

Les potagers ne font pas partie de ces « événements déclencheurs » qui obligent les propriétaires d’un terrain à réaliser une étude complète de leur sol. Pour les demandes de subsides en vue de la création d’un potager collectif, il s’agit d’une volonté de l’administration de l’Environnement, qui entend ainsi se prémunir de tout risque pour la santé des cultivateurs qu’elle soutient. L’administration ne tient pas à subventionner des activités dangereuses pour ses propres citoyen.ne.s. Une étude complète étant trop onéreuse et trop difficile à mettre en place, l’administration ne demande alors qu’une procédure simplifiée, avec quelques points de prélèvement de terre, des carottages de 30 cm de profondeur, qui permet de se faire un premier avis sur le sol, mais pas de cartographier avec précision l’état d’une parcelle.

Le bureau d’étude chargé d’analyser le sol du potager du Homborch vient alors y prélever cinq échantillons, dans lesquels se trouvent de nombreux débris et morceaux. Le verdict conclut à une concentration en plomb trop élevée pour la culture en pleine terre. L’étude conseille des analyses supplémentaires et pointe du doigt les nombreux morceaux de débris de briques qui composent les échantillons analysés. Autour d’un des points de forage particulièrement, la concentration est au-delà des normes d’intervention établies par l’ordonnance sur les sols.

L’étude est pourtant pleine de précautions. Elle préconise de ne rien cultiver dans et sur le sol, même en bacs, mais recommande par ailleurs des analyses supplémentaires afin de s’assurer de la qualité du sol. Comme il ne s’agit pas d’une étude complète sur le sol et qu’un seul point de forage pose un problème important (au-delà de la norme d’intervention), l’expert qui a réalisé l’étude en conseille une nouvelle plus poussée et détaillée de la parcelle. Néanmoins, ces études ne se réalisent pas pour des potagers. Trop chères, trop complexes, elles sont réservées à des projets immobiliers plus importants.

Bruxelles-Environnement conseille alors aux jardiniers du Homborch de recouvrir le sol d’un film géotextile, de recouvrir le film de broyats, et de cultiver dans des bacs au-dessus de celui-ci. La recommandation est donc de s’isoler du sol, d’empêcher tout contact avec celui-ci, de l’enfermer sous un film perméable à l’eau, mais qui ne laisse pas passer la terre. La pollution est ainsi contenue sous le film, et le potager peut se faire par-dessus, dans des bacs remplis de terre de bonne qualité, le sol devenant un support sur lequel poser ces bacs de terre.

Plomb

L’histoire de la pollution au plomb est compliquée. Le plomb est un élément naturel, présent dans les sols en très petite quantité au point que demander des seuils de concentration nuls n’est pas envisageable. De nombreux peuples l’ont utilisé sous forme de minerai dans la poterie ou dans les canalisations. Étant un métal facile à manipuler et abondant, il a été utilisé à de nombreuses fins, pendant des millénaires. Des carafes en plomb pouvaient contenir le vin, et il était courant que des tuyauteries en plomb distribuent l’eau potable jusqu’à la fin du XXe siècle en France comme en Belgique.

Les problèmes de santé liés au plomb sous sa forme de plus en plus purifiée sont devenus évidents et massifs lorsque celui-ci devint un matériau utilisé dans l’industrie. Un produit est emblématique de cette transformation du plomb : la céruse. Il s’agit là d’un pigment blanc à base de plomb, connu depuis l’Antiquité, mais fabriqué de manière industrielle dès le xviiie siècle, qui est pendant longtemps le seul pigment connu permettant de produire de la peinture blanche. Les méfaits de la céruse sur les artisans (et plus tard sur les ouvriers) qui la produisent et la manipulent sont connus, documentés et dénoncés abondamment dès 17003. Les dangers de la céruse sont liés au saturnisme, l’intoxication au plomb, qui doit son nom à l’association, du plomb à la planète Saturne par les alchimistes. Une intoxication aiguë au plomb, due à une ingestion importante, peut mener à des encéphalopathies mortelles.

Malgré le lien avéré entre la céruse et les maladies du plomb, ce n’est qu’après d’âpres et nombreuses luttes que les ouvriers souffrant de saturnisme seront reconnus comme malades professionnels en France après la Première Guerre mondiale. La teneur en plomb ne sera que très progressivement limitée dans la peinture tout au long du XXe siècle. De même, le plomb sera massivement utilisé comme additif pour l’essence (afin d’améliorer marginalement le rendement de certains moteurs automobiles), et son interdiction sera très lente, sous la pression des enjeux industriels. Les additifs de l’essence étaient la cause principale des concentrations élevées en plomb dans la population générale au xxe siècle.

La lutte contre la pollution au plomb est donc relativement ancienne, et elle fait partie de l’histoire écologique de l’Occident. Nous absorbons du plomb à travers l’air, l’eau potable et les poussières, à des doses qui semblent diminuer grâce à l’interdiction des canalisations en plomb, des soudures de boîtes de conserve, des peintures et des additifs de l’essence4. La réduction du taux maximal admissible de plomb dans les peintures fut arrachée de haute lutte, tout comme l’interdiction du plomb dans l’essence. Dans les années 1960, les Black Panthers dénoncent les intoxications des enfants afro-américains par les peintures, liant la question raciale à celle de l’environnement. L’OMS considère qu’environ 143 000 personnes meurent d’intoxication au plomb chaque année5. Il est néanmoins très difficile de tracer l’origine de la norme bruxelloise qui fixe les limites de contenance du plomb dans le sol. Comme il n’existe pas de directive européenne concernant la pollution du sol, c’est une politique de guidelines qui s’est développée, laissant à chaque pays le soin de fixer ses propres normes. La Belgique semble avoir adopté ces normes sur la base de normes de pays voisins, avec des restrictions variables en fonction des usages. La réglementation bruxelloise est plus protectrice pour les habitations privées que pour les sites industriels, par exemple6. Il existe également des zones définies comme particulières, dans lesquelles sont reprises les zones vertes, à haute valeur biologique, de parcs, ainsi que les zones agricoles. Les normes y sont plus élevées encore. Quant aux potagers, tout dépendra de la zone où ils se situent, mais s’ils sont dans une zone résidentielle, ce sera à la norme qui s’y applique qu’il conviendra de se référer.

À travers cette pollution au plomb de son sol, le potager du Homborch se trouve relié à une histoire de pollution mondiale, historique. Ce sont les gaz d’échappement des voitures, les peintures, les pierres qui composent le sol du potager qui sont pointées du doigt. Le potager du Homborch se trouve en effet à proximité d’une ligne de chemin de fer, dans une zone où de nombreux remblais ont eu lieu7. Il est donc fort possible que ce sol charrie avec lui l’histoire de l’urbanisation de la zone, de l’implantation du chemin de fer, mais aussi celle de l’usage intensif du plomb dans les tuyauteries et les peintures, qui peuvent accompagner les gravats de remblais.

Expérimenter avec le sol

La nouvelle de cette pollution du sol est un choc pour les jardiniers du Homborch. La solution proposée par l’IBGE, d’isoler le sol et de cultiver en bacs, l’est tout autant. S’amorce alors un processus, visiblement assez problématique, de tentative de compréhension et d’intervention. Comme les raisons qui ont fixé les normes du plomb sont très difficilement accessibles, les jardiniers ne comprennent pas le danger qu’ils sont supposés courir : quel est réellement le niveau de risque ? Comme un seul point de prélèvement du sol pose problème, peut-être que le sol n’est pas pollué partout ? Comment se fait-il que les conclusions de l’étude du sol soient très précautionneuses, mais que l’administration prenne une décision très radicale, ne s’embarrassant pas de questions ?

Au départ, les jardiniers ne comprennent pas la solution proposée. Pour eux, isoler le sol sous un film et planter dans des bacs, c’est isoler le problème et non de tenter de le régler. C’est d’abord cette question qui surgit : pourquoi isoler la terre et non tenter de la nettoyer ? Certains d’entre eux voient dans ce géotextile une solution de type industriel à un problème qui est lui-même de ce type, une solution créée avec la même logique que celle qui a produit le problème. Ils cherchent alors une solution qui leur permettrait, d’une manière qu’ils voudraient « écologique », en activant les puissances de l’écosystème lui-même, de cultiver sur leur terre tout en tentant de la guérir, de la faire redevenir propre. Pour certains d’entre eux, ne pas pouvoir mettre les mains dans le sol est une aberration. Pour d’autres, c’est l’idée de pouvoir guérir la terre, comprise comme une partenaire de travail, qui est en jeu.

Les contacts avec l’administration sont, selon leurs dires, assez formels. L’IBGE n’a en effet d’autre solution à proposer que celle d’isoler le problème, et sans doute de ne pas prendre de risque et de se protéger de tout problème juridique. Certains des jardiniers prennent alors l’initiative de contacter une équipe de recherche d’une université bruxelloise, l’ULB, travaillant sur ces matières. Les contacts sont cordiaux et se passent bien. Les jardiniers, empêchés de cultiver, occupent leurs soirées hors saisons avec des débats, des repas, des projections de films, auxquelles assistent parfois des chercheurs. Ceux-ci leur proposent alors de tenter de travailler par phytoextraction : planter des variétés de plantes connues pour absorber le plomb et ainsi l’éliminer petit à petit du sol. Les chercheurs proposent d’utiliser cette méthode avec un encadrement de recherche.

Néanmoins, certains jardiniers rêvent de pouvoir mettre en place une autre solution. Parmi les nombreuses lectures du groupe sur les solutions à la pollution, celles sur les micro-organismes efficaces retiennent leur attention. Ces micro-organismes, ce sont avant tout un cocktail de micro-organismes vendus par des sociétés agréées « EM » (pour « Effective Micro­organism ») selon une recette mise au point au Japon depuis les années 1980 par le professeur Teruo Higa. C’est cette solution qui séduit certains d’entre eux, et qu’ils désirent mettre en œuvre.

Vente des EM (Effective Microorganisms) à la bourse des semences du potager Hompot, 2015.

 

Selon le professeur Higa, les micro-organismes efficaces sont un mélange de 80 souches différentes de micro-organismes, qui ont pour effet, s’ils sont bien utilisés, de favoriser la vie de la terre et de lui permettre de s’épanouir et de soutenir l’agriculture. La proposition de nourrir la terre avec des micro-organismes est assez séduisante, et propose une version du sol assez contemporaine. Ce n’est que depuis quelques dizaines d’années que le sol ne se contente plus d’être un substrat pour des intrants chimiques, mais commence à être redécouvert comme un milieu vivant, dont les interactions entre les êtres qui le composent lui confèrent ses propriétés8. Un sol vivant, ce sont des microbes, des animaux, des processus de symbiose entre plantes et champignons, etc. Les micro-organismes efficaces s’inscrivent, en première analyse, dans cette vision du sol, où les objectifs sont d’agir sur les composants de cette vie microscopique, de favoriser les interactions entre ses composants, de travailler avec les plantes et leurs champignons, afin de recréer des sols en bonne santé9.

Ce cocktail de micro-organismes se présente comme une sorte de complément alimentaire qui viendrait rééquilibrer la vie du sol. Les EM seraient capables de combattre la pollution des sols, d’aider à la dégradation des matières organiques (et donc d’accélérer et améliorer la production de compost) et de soutenir une grande partie des processus de la vie du sol. Dans les ouvrages en français disponibles sur le sujet, les EM sont annoncés comme des consommateurs de métaux lourds10, capables de participer à leur évacuation du substrat (la terre).

Les jardinier.e.s séduit.e.s demandent alors à pouvoir expérimenter cette méthode sur leur terrain. L’administration reste sur ses positions et le laboratoire universitaire refuse de suivre la méthode, arguant à la fois de leur manque de connaissances personnelles dans le domaine et du manque de consensus scientifique international sur les EM. Derrière la réponse polie de l’université se cache pourtant un vrai désaccord, à la fois scientifique, écologique et technique, mais également des problèmes de rapports entre les scientifiques et d’autres praticiens, comme les agriculteurs ou jardiniers.

Controverse

L’idée de favoriser la vie microbienne du sol est l’héritière du compost, du paillage, et d’autres techniques visant à nourrir le sol. Elle s’inscrit dans les techniques de permaculture ou les pratiques agricoles qui renouent avec des techniques traditionnelles, et tentent de faire exister une vie qui participe de ce qu’on appelle une « bonne terre », qu’il s’agisse des bactéries, des champignons, des vers de terre ou d’autres êtres qui la peuplent. En soi, cette idée n’est pas polémique. Certes, certains affirmeront que cela est intéressant, mais inefficace, et que les intrants chimiques sont la réponse la plus efficace, mais sur le fait même que le sol puisse être plus fertile s’il est rempli de cette vie bactérienne, il y a peu d’opposition catégorique11.

Qu’est-ce qui peut poser problème aux scientifiques de formation dans les EM ? Pourquoi les chercheurs de l’université refusent-ils poliment de s’y intéresser ? Il y a certainement de nombreuses raisons pratiques : les budgets qui ne correspondent pas, le fait que cette technique ne fait pas partie de leurs sujets de recherche etc. La formule de composition des EM restant finalement un secret industriel, il est difficile de savoir « avec quoi » exactement on expérimente. Néanmoins, à la lecture des ouvrages sur les EM disponibles en français, nous avancerions une hypothèse plus directement liée à la manière dont les EM sont présentés, et plus précisément sur les explications données par leur créateur concernant leur efficacité.

Les explications avancées sont de deux ordres. Le premier ordre concerne des principes très abstraits : il s’agit de dire que certains organismes sont mauvais et que d’autres sont bons (positifs et négatifs, génération ou dégénérescence), et que la majorité d’entre eux est « opportuniste », allant dans le sens du plus grand nombre. Les éléments positifs seraient ceux qui favorisent la croissance, la vie ; les négatifs seraient ceux de la dégradation, de la mort et de la décadence. Si un des deux principes prend le dessus dans une situation, la majorité, les opportunistes, va suivre ceux-ci. Les opportunistes ne sont donc ni bons ni mauvais, mais ne font que suivre une tendance imposée par les deux autres types. Utiliser les EM, c’est alors faire pencher la balance dans le sens positif de la régénération.

À travers cette explication, le professeur Higa oppose deux tendances du monde, deux directions, comme des principes du monde, (yin) et (yang), bien et mal, blanc et noir. Il s’agit là d’une manière de qualifier le monde, de nommer ce que le professeur Higa constate dans le monde, à savoir que son cocktail favorise à chaque fois le résultat positif qu’il cherche à mettre en place : faire partir les mauvaises odeurs, accélérer la décomposition du compost, accélérer la croissance des plantes, mais il ne s’agit pas d’explications qui déploieraient un mécanisme précis, qui feraient comprendre des mécanismes d’action. Rien n’est dit sur comment ces micro-organismes fonctionnent, ni d’où leur viendraient ces caractères positifs ou négatifs. Aucun mécanisme pour cette action n’est proposé.

L’autre ordre d’explication, c’est celui de la mémoire de l’eau. Les micro-organismes seraient non seulement actifs en tant que tels, mais ils pourraient même continuer à agir une fois qu’ils ne sont plus là. Les vendeurs d’EM vendent ainsi des céramiques (cuits à plus de 1 200°, températures où les micro-organismes eux-mêmes ne survivent plus), mais aussi des sels qui ne contiennent plus de micro-organismes, mais ont été « informés » par eux, garantissant leur efficacité à travers un transfert ondulatoire d’information. Là aussi, on frôle des problèmes scientifiques historiques complexes. La mémoire de l’eau serait la capacité de celle-ci à retenir de l’information avec laquelle elle aurait été en contact, lui permettant, alors qu’on la considère comme pure, de se comporter, dans ses effets, comme un composé. C’est une des explications souvent mises en avant pour expliquer des effets de substances qu’on devrait normalement considérer comme inactive, comme dans le cas l’homéopathie12.

L’hypothèse que nous avancerions, c’est que ces deux ordres d’explication sont totalement contre-productifs pour justifier l’efficacité des EM, et d’autant plus pour arriver à intéresser des scientifiques de formation, justement parce que cette formation leur apprend à redouter précisément cela. Les scientifiques sont formés à se méfier comme de la peste des grands principes et à ne jamais entrer en discussion de phénomènes comme la mémoire de l’eau. Ceux qui s’y aventureraient sont disqualifiés d’office par leurs pairs. Ils apprennent à ne surtout pas hésiter devant de telles propositions13. Utiliser comme explication la mémoire de l’eau, c’est attirer, avant tout, ceux qui chercheront à tout prix à disqualifier le phénomène pour ne surtout plus entendre parler de ce qu’ils considèrent comme de la pseudo-science. C’est s’attirer les foudres des sceptiques qui demanderont toujours plus de preuves, toujours plus de contrôle, et qui mettront toute leur imagination à tenter de montrer que l’expérience « ne prouve rien ». Les explications données par le professeur Higa ­desservent cruellement les EM eux-mêmes, et il n’est pas surprenant que les chercheurs de l’ULB ne veuillent pas s’y frotter.

On pourrait néanmoins se demander si les phénomènes eux-mêmes ne suffisent pas. Si les EM fonctionnent, pourquoi ne pas simplement passer au-delà des explications données, et en chercher d’autres ? Comme le souligne néanmoins, avec prudence, un des auteurs francophones14, ce n’est pas parce que l’explication (ou les explications) d’un phénomène est mauvaise que le phénomène n’existe pas. Mais en réalité le problème reste entier. Si des expériences impliquant les EM existent, elles ont bien du mal à faire valoir une méthodologie qui pourrait résister à l’attaque des sceptiques et de ceux qui demandent toujours plus de preuves. Dans les exemples donnés par le professeur Higa pour faire valoir l’efficacité des EM (pour réduire des odeurs, pour accélérer du compostage ou la décomposition, pour aider des cultures à pousser, etc.), les situations sont peu contrôlées : il est très difficile d’isoler les EM comme seule cause, ou de comparer ces situations à une autre où la seule différence serait liée aux EM. Il est donc bien difficile de savoir ce qui a fonctionné exactement.

De plus, l’enthousiasme du professeur pour les résultats de sa propre formule fait qu’elle en devient presque magique : elle va non seulement nourrir les sols, mais dépolluer les rivières et les océans, résoudre les problèmes liés aux déchets ménagers, mettre fin à l’usage d’engrais, mais également résoudre les problèmes de famine, de malnutrition, de santé, et finalement mener à une société « fondée sur la coexistence et le bien-être pour tous15». La solution est sans défaut, sans sous-produit, une technologie simple à mettre en place, peu chère, sans effets délétères. Le professeur Higa considère que sa technologie est « authentique », terme qui qualifie selon lui les technologies « bénéfiques dans tous leurs aspects et sans aucun inconvénient16». Il rejoue ainsi le mythe du progrès moderne, l’amélioration générale du monde sans problème, sans prix à payer. Tout un programme qui en fait une formule magique, qui peut séduire mais également produire de la méfiance.

En résumé, nous serions tenté.e.s de dire ceci. Sans doute la formule du professeur Higa n’est-elle pas la solution miracle que ses inventeurs ambitionnent de produire, mais elle est néanmoins intéressante par la proposition qu’elle porte, celle de redonner au sol une vie intérieure qu’on oublie en général. Elle propose une manière de repenser le sol comme un milieu vivant et animé, qui force à tisser des liens, de se repenser au milieu d’une toile de vies multiples et intriquées.

Les jardiniers du Homborch qui étaient convaincus par cette méthode17ont décidé de l’expérimenter. Persuadés d’avoir là une technique qui allait réellement faire disparaître la pollution, ils la préfèrent à la phyto­extraction, qui ne ferait que déplacer celle-ci18. Higa prétend, lui, pouvoir éliminer la pollution du sol en nettoyant la terre19. Tenant tête à l’administration, les jardinier.e.s du Homborch décidèrent de renoncer à leur subside. Pendant un an, ils répandent des EM sur leur parcelle. Ils produisent du compost, du bokashi (du jus de compost « accéléré » par les EM) et l’utilisent sur place.

Par ailleurs, un étudiant de master intéressé par la question de la phyto­extraction sur les terres polluées de Bruxelles prend contact avec eux. Il sait que leur terre est polluée aux métaux lourds et voudrait tester l’efficacité d’une plante sur leur terrain. Il n’est pas intéressé par les EM a priori, mais a besoin de mesurer à nouveau la pollution du sol du Homborch avant de commencer quoi que ce soit. Les jardinier.e.s acceptent qu’il prélève des échantillons de terre sur leur parcelle.

Un nouveau verdict tombe alors : selon cette seconde analyse, les concentrations en plomb sont bien en dessous des valeurs initialement constatées et en dessous des valeurs d’intervention fixée par la Région. Les concentrations sont trop basses pour que l’étudiant qui mesure ces terres s’y intéresse et intègre la parcelle dans son étude. Suite à cette bonne nouvelle, le potager est inauguré en fanfare et en pleine terre. Les potagistes n’obtiennent cependant pas le soutien de l’administration, les mesures de cet étudiant n’étant pas agréées.

 

Minimiser la pollution

Que retenir de cette histoire ? Pour les jardinier.e.s du Homborch, il est clair que les EM semblent avoir bien fonctionné. Le sol aurait été nettoyé grâce à l’action de ces micro-organismes, une action biologique et qui a réussi à soigner la terre.

Mais ce constat ne fait pas l’unanimité. Il est toujours possible de rester très sceptiques, et de mettre en avant les nombreuses inconnues de la situation. Beaucoup avancent avant tout l’impossibilité pour le plomb de simplement disparaître. Si des molécules plus complexes comme les résidus d’hydrocarbure peuvent être « cassées » en composants plus simples, parfois sous l’action de micro-organismes, le plomb ne peut pas disparaître du sol. Même s’il se combinait à d’autres choses, qu’il était absorbé par les micro-organismes, il devrait toujours être là. La matière organique peut être digérée, décomposée, les composés organiques peuvent se modifier, mais le plomb ne peut pas s’en aller tout seul. Au mieux, il peut devenir « non disponible » pour les plantes, qui ne peuvent pas l’absorber, mais ce qui est supposé être testé ici n’est pas l’absorption par les plantes, mais bien sa présence dans le sol. Soutenir que le plomb peut disparaître, c’est fondamentalement s’opposer aux sciences modernes, depuis des éléments fondateurs, sur lesquels repose toute la chimie contemporaine.

Certains mettent alors en doute les mesures et l’échantillonnage : certaines des mesures auraient-elles été mal faites ? Le résultat final ou le résultat initial seraient-ils dus à de la chance ou de la malchance, qui aurait voulu que l’échantillon tombe sur un résidu important de plomb ou un qui en est justement exempt ? Les méthodes de test différaient-elles trop ? Peut-être que les secondes mesures ne tenaient compte que de ce qui est disponible pour une plante, et excluaient donc les débris de briques mentionnés dans l’étude initiale ? Cela expliquerait alors une différence aussi importante entre les résultats ? Comme il ne s’agit pas d’une étude approfondie, les résultats intéressent, mais ne semblent pas convaincre.

Quelles que soient les explications avancées, ni les jardiniers, ni a fortiori les micro-organismes efficaces ne sont tenus pour responsables de la dépollution du sol, puisqu’on doute même qu’elle ait eu lieu. Impossible pour les jardiniers d’avoir raison, pour une raison bien simple : la définition du problème leur est refusée. Soit l’échantillon initial n’était pas représentatif de l’ensemble du sol du potager (ce qui est corroboré par les précautions des auteurs de l’étude initiale) et le sol n’était donc pas globalement pollué, soit ce sont les secondes mesures qui ne sont pas justes. Si la première hypothèse est exacte, à savoir que seul un petit endroit du sol était effectivement pollué, alors pourquoi ne pas aller plus loin dans l’étude du sol ? C’est là qu’une logique très administrative prend le dessus, et agit par précaution et paternalisme, refusant aux jardiniers de pouvoir explorer des solutions alternatives.

Plus généralement, les jardiniers du Homborch ne sont pas les seuls à avoir eu à faire face à la pollution des sols de Bruxelles. Les solutions proposées sont toujours du même ordre : soit enlever la terre et la remplacer par de la terre « propre », soit recouvrir le sol pour isoler la pollution et cultiver dans des bacs par-dessus. Certains acceptent, d’autres s’interrogent et se plaignent de ne pas recevoir les réponses appropriées à leurs questions. C’est un sentiment de dépossession qui domine, l’impression que c’est tout à la fois la terre et la capacité d’agir sur elle qui est refusée par les autorités publiques et les experts.

Nous pourrions néanmoins avoir l’impression d’assister à un étrange retournement de situation. En effet, dans la plupart des histoires d’épidémiologie dites « populaires » et relayées dans la littérature des luttes environnementales, ce sont les citoyens qui réclament que les autorités reconnaissent une pollution et les dangers de celle-ci, et les en protège. La littérature écologique est loin d’être avare sur les cas où une autorité publique refusait tout d’abord de reconnaître une pollution, puis s’est retrouvée acculée par des alliances nouvelles entre citoyen.ne.s, militant.e.s, médecins et autres, forcée de reconnaître un risque sanitaire20. À l’inverse, ce sont les industriels du domaine de l’automobile21, et les fabricants de la céruse avant eux, qui ont tout fait pour tenter de minimiser les risques du plomb.

On pourrait s’étonner d’une inversion étrange : les citoyens se mettraient à revendiquer un droit à être moins protégés, à prendre un risque que d’aucuns pourraient juger inconsidéré. S’agit-il d’un cas où le politique doit protéger les citoyens contre eux-mêmes, ne leur reconnaissant pas la capacité individuelle à bien décider de leur propre sort ? Selon nous, il ne s’agit pas de cette demande-là. Ici, il ne s’agit pas de vouloir faire baisser des normes de protection ni de demander un droit à polluer ou à vendre de l’alimentation dangereuse. Il s’agit de se demander comment faire revivre un sol, comment lui redonner de la force, comment le faire exister autrement.

La demande des jardinier.ère.s de ces terres polluées n’est pas de rendre la législation plus laxiste en ce qui les concerne, mais simplement de pouvoir être, eux aussi, partie prenante de la situation. Pour nous, au-delà de la solution de EM proposée, ce qu’ils ont refusé c’est de se voir déposséder de leur problème. Ils ont obstinément continué à vouloir se mêler de ce qui les regarde, alors qu’on leur demandait d’écouter, d’obéir, et de laisser aux autres le soin de bien poser la question à leur place.

Les nombreux jardiniers de Bruxelles faisant face à des problèmes de pollution demandent à être eux aussi réunis autour d’un problème commun, celui de la terre polluée. Ils appellent à penser ensemble, en situation, un problème dont la solution ne peut être que locale, car elle demande beaucoup de savoirs, de techniques et d’efforts. Il est bien légitime pour une administration de vouloir faire appliquer la loi partout de la même manière, qu’il s’agisse de citoyens ou d’un grand groupe agroalimentaire, puisque c’est son rôle. Mais ce que demandent les jardiniers, ce ne sont bien souvent pas des solutions tout-terrain : sur cette terre-ci, dans cette configuration précise, que peut-on faire ? Que faire pousser qui n’absorbera pas les polluants ? Comme accélérer la décomposition des hydrocarbures qui détruisent le sol ?

Vivre avec une pollution n’a rien de simple. Il existe tant de formes de pollution, et aucune règle générale qui permette de s’en débarrasser. Apprendre à coexister sur un sol pollué, c’est avant tout apprendre à vivre avec un sol vivant, composé de bactéries, d’organismes, de champignons, mais aussi d’hydrocarbures et de métaux lourds. Toutes ces choses sont dans des relations complexes, qui dérangent l’ordre usuel. Les jardiniers des terres polluées savent que la pollution est là, sous leurs pieds. Ils ne remettent pas en question son existence. Ce que montre tout d’abord cette histoire, c’est qu’on ne peut connaître les effets de la pollution de manière abstraite. Ce qui manque aux jardiniers de tous bords (à quelques notables exceptions près), c’est d’être reconnus comme capables d’inventer des solutions, d’être capables d’expérimenter et de faire partie des solutions aux problèmes qui les concernent.

  1. L’administration de l’Environnement, Bruxelles-Environnement, soutient la création de potagers collectifs, fournissant une aide financière à certains d’entre eux, notamment pour l’achat de matériel. Les formules ont varié au cours des années et des législations, mais le soutien existe depuis plusieurs années. Pour autant, cela ne garantit pas une pérennité aux potagers, ni leur défense en cas de conflit sur le terrain occupé.
  2. La pollution du sol à Bruxelles est réglementée par l’ordonnance du 5 mars 2009 [en ligne] relative à la gestion et à l’assainissement des sols pollués (entrée en vigueur le 1er janvier 2010), modifiée par l’ordonnance du 23 juin 2017
  3. Judith Rainhorn, « Poussières de plomb et pollution de l’air au travail : la céruse en question sur le temps long (France, xixe-xxe siècles) », in : Pollution atmosphérique, 222, avril-juin 2014.
  4. Gilbert & Weiss, « A Rationale for Lowering the Blood Lead Action Level from 10 to 2 μg/dL. » dans : Neurotoxicology, 27(5), septembre 2006, p. 693701.
  5. World Health Organization, International lead poisoning week of action [en ligne]
  6. « La qualité des sols : faute de normes, il existe des listes-guides », in : Environnement et gestion, n° 2, 10 mai 1995.
  7. Voir le Récit 16 de cet ouvrage, sur les potagers de la rue Navez.
  8. Voir par exemple Claude et Kyia Bourguignon, Le sol, la terre et les champs. Pour retrouver une agriculture saine, Paris, Sang de la terre, 2015.
  9. Nous avons organisé une journée d’étude sur le thème des sols pollués le 29 avril 2016, à l’Université Libre de Bruxelles. Y ont pris la parole Maria Puig de la Bellacasa, Henri Taïb, Leonard Nguyen Van Thé, Germain Meulemans et Jérémie Duchatelet. Ils ont tous participé à la pluralisation des définitions du sol et de la pollution que porte cet ouvrage.
  10. Anne Lorch, Les micro-organismes efficaces au quotidien. Au service de la terre, des animaux et des hommes, Gap, Le souffle d’or, 2011, p 141.
  11. Voir par exemple Jeff Lowenfels et Wayne Lewis, Un sol vivant. Un allié pour cultiver, Éditions du Rouergue, 2016.
  12. Cette hypothèse a valu à Jacques Benveniste un procès, voir Michel de Pracontal, Les mystères de la mémoire de l’eau, Paris, La Découverte, 1990. Benveniste, un immunologue réputé, voulait tester l’hypothèse de la mémoire de l’eau. Il propose de tester un mécanisme de réaction de globules blancs à l’aide d’une solution d’anticorps hautement diluée, tellement diluée qu’elle n’est plus supposée contenir de molécule active. Selon les résultats publiés dans Nature en 1988, les globules blancs continuent de réagir malgré l’absence statistique des anticorps, ce qui prouverait que l’eau peut être « informée » par les anticorps. Une violente controverse suivra, et Benveniste sera accusé de fraude, sans que celle-ci ne soit avérée. Une équipe d’enquête sera mandatée par Nature pour vérifier la méthode de Benveniste, mais celle-ci étonne par sa composition, sans biologiste mais avec un spécialiste des fraudes scientifiques et un magicien. Au-delà de la polémique elle-même, nous soulignons à quel point l’hypothèse de la mémoire de l’eau déclenche des réactions très virulentes. Pour certains, ce type d’hypothèse est l’ennemi à abattre, et il ne s’agit pas de laisser le moindre doute s’installer à leur propos.
  13. Isabelle Stengers, La vierge et neutrino, les scientifiques dans la tourmente, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 2006.
  14. Teruo Higa, op. cit. p. 168
  15. Teruo Higa, op. cit. p. 201.
  16. Teruo Higa, op. cit., p. 38.
  17. Tous dans le potager n’étaient sans doute pas convaincus, mais la volonté d’expérimenter semble avoir pris le dessus, et la décision a été de « laisser faire » ceux qui le souhaitaient.
  18. En effet, la phytoextraction consiste à faire pousser des plantes qui absorbent le polluant, mais les plantes sont alors elles-mêmes polluées, et la question demeure de savoir ce qu’il conviendrait d’en faire. Cette technique ne prétend pas faire disparaitre la pollution, justement parce que le polluant ne peut pas disparaître.
  19. Les ouvrages de Higa en français restent néanmoins très flous sur le type de pollution que les EM seraient capables de faire disparaître.
  20. Voir par exemple Madeleine Akrich, Yannick Barthe et Catherine Rémy, Sur la piste environnementale, Menaces sanitaires et mobilisations profanes, Paris, Presses des Mines, 2010.
  21. Sur le plomb dans les peintures et les carburants automobiles, Voir Gerald Markowitz et David Rosner, Lead Wars, The Politics of Science and the Fate of America’s Children, University of California Press, 2014. Lorsque les fabricants de céruse sentent leur industrie mise en danger par les risques qu’elle pose pour les ouvriers, ils font tout pour minimiser ces risques et les faire porter sur les maladresses des ouvriers, ou pour faire valoir que les substituts ne sont pas aussi bons. Ils ont mis en place une stratégie maintenant devenue commune, de doute, visant à introduire de l’incertitude sur la nocivité des produits. Voir Judith Rainhorn, op. cit. et Naomi Oreskes et Erik M. Conway, Les marchands de doute, Le Pommier, 2014.
 
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