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L. Cahn C. Deligne N. Pons-Rotbardt N. Prignot A. Zimmer B. Zitouni

Terres des villes

Enquêtes potagères de Bruxelles aux premières saisons du 21e siècle

5. Coin de terre : négocier la pérennité

Lyber

C’est en 1897 que la variante belge de l’Œuvre sociale de La Ligue du Coin de Terre est fondée. Elle est l’initiative d’un prêtre français, l’abbé Gruel, et d’un conseiller d’une commune bruxelloise, Joseph Goemaere, imprimeur de son métier. Un an plus tôt, en 1896, la Ligue française du Coin de Terre avait été créée par un autre ecclésiastique, l’abbé Lemire. Toutes deux s’inspirent d’une expérience menée depuis 1889, dans les Ardennes françaises, par Mme Hervieu, femme d’un industriel de Sedan. Avec l’aide de l’Église, leur projet a déjà essaimé dans d’autres communes françaises : il s’agit de mettre à disposition de familles ouvrières des terres afin qu’elles y cultivent des potagers. Ils y voient un moyen pour que des foyers, très pauvres, puissent assurer par eux-mêmes leur subsistance alimentaire et s’affranchir ainsi durablement d’autres formes de charité. Les économies générées par le potager devraient servir à la constitution d’un foyer pérenne. C’est pourquoi la mise à disposition de lopins s’accompagne – du moins au début – d’une obligation d’épargne. En Belgique, l’Œuvre s’adosse à la Loi sur les Habitations ouvrières (Loi Beernaert, 1889), qui permet aux ouvriers d’accéder à un emprunt public s’ils réunissent 10 % de la somme nécessaire à l’achat d’une maison1. Ainsi, à grand renfort de déclarations et de publications, les instigateurs de la Ligue défendent partout cette idée : « À chaque ouvrier son coin de terre et son foyer insaisissables2! »

Les premiers membres du Coin de Terre sont des notables, hommes publics et ecclésiastiques. La plupart d’entre eux entretiennent des relations avec différentes instances politiques, de grands propriétaires terriens et d’autres œuvres sociales. Ils agissent dans la sphère publique, dans les partis politiques, les conseils communaux, les instances de l’église, publient des articles et brochures, font des discours pour promouvoir les buts de l’association, diffuser les progrès accomplis et recruter de nouveaux membres. Ils agissent surtout au niveau de la Ligue Nationale, qui s’adossera très vite à une Ligue Internationale3. Parallèlement sur le terrain, ces mêmes membres s’organisent en comités locaux pour trouver des terres susceptibles de devenir des potagers. Lorsqu’ils parviennent à en obtenir la gestion, ils les organisent en parcelles et les attribuent aux ouvriers qui en font la demande.

Depuis cette date, la Ligue du Coin de Terre demeure un acteur de la gestion de potagers sur le territoire bruxellois. En 2016, il existe encore un comité local du Coin de Terre dans la Région. Il est constitué par l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette, une commune située le long de la limite nord-ouest de la Région. Ce comité local existe depuis 19404. Il gère aujourd’hui deux hectares de jardins répartis sur neuf sites et regroupant cent dix familles. Tout au long de ces 120 ans d’histoire, la Ligue du Coin de Terre a trouvé des terrains à investir en Région bruxelloise pour ce qu’elle appelle des « colonies5» potagères. Sa grande constance est d’avoir sans cesse cherché à occuper une place instituée et intégrée dans l’espace politique et urbain, en s’adaptant continuellement aux contextes politiques, sociaux, urbanistiques, et à une demande sinon stable, du moins continue. Pourtant la persistance du Coin de Terre comme association n’implique pas forcément la persistance des potagers eux-mêmes. Les sites cultivés se sont sans cesse déplacés, au gré des transformations urbaines. Le plus souvent, ils semblent avoir été temporaires, voire précaires6, même si, comme nous le verrons pour ceux situés à Jette, leur persistance semble aujourd’hui assurée. Cette persistance locale ainsi que l’histoire d’autres comités aujourd’hui disparus, nous permettent d’interroger les adaptations, négociations et transformations successives qui ont permis au Coin de Terre de perdurer jusqu’à aujourd’hui.

Les notables du comité local inspectent les jardins du Coin de Terre.

De la condition ouvrière à la seule dimension potagère

Parmi les propositions initiales portées par le Coin de Terre, celle de l’insaisissabilité du logement et du jardin est certainement la plus politique. Elle tient d’une revendication législative. Ses membres défendent non seulement l’accès à la propriété pour les ouvriers, mais aussi une extension aux potagers du principe d’insaisissabilité. Il s’agit par là de trouver les moyens de compenser les fortes inégalités sociales produites par le développement rapide de l’industrie et des villes et d’éviter la paupérisation importante d’une partie de la population urbaine.

En 1895, l’abbé Gruel écrit :

« Puisque [en cas de dettes] la loi soustrait le lit à la saisie, pourquoi ne pas lui soustraire aussi le lieu où le placer, c’est-à-dire le foyer […] Puisque la loi soustrait à la saisie les instruments de travail et la nourriture pour un mois, ainsi qu’une vache ou deux chèvres, pourquoi ne pas lui soustraire aussi le coin de terre qui fournirait la ­nourriture en légumes pour toute l’année, ainsi que celle de la vache ou des chèvres. Par-là, la loi empêcherait ceux qui possèdent une maison et un coin de terre d’en être dépossédés et de tomber ainsi dans l’extrême pauvreté7. »

Le projet initial de la Ligue Nationale du Coin de Terre suppose donc une indissociabilité du logement et du jardin. Alors qu’à la même époque, les socialistes demandent la construction d’immeubles locatifs sociaux en quartiers denses, le Coin de Terre et, avec eux, bon nombre de personnalités catholiques, militent pour que soient favorisées des maisons unifamiliales, quitte à ce qu’elles trouvent place plutôt en périphérie des villes. À travers cela, c’est une structure sociale fondée sur le foyer familial qui est défendue, dont la traduction spatiale, pour ce qui concerne la Ligue du Coin de Terre, est très précise : sur un terrain de cinq ares8, un are doit être consacré à la maison et quatre au potager. À partir de 1935, la construction de maisons ouvrières de ce type sera prise en charge par la Société Nationale de la Petite Propriété Terrienne (SNPPT9), organisme d’État que plusieurs membres éminents de la Ligue ont participé à créer10. Ainsi, sur le plan du logement, les idées portées par le Coin de Terre ont contribué à la mise en place d’un programme public qui aura mené à la réalisation d’un grand nombre d’habitations ouvrières uni­familiales partout en Belgique. Les cadres légaux définissant les biens insaisissables ne seront cependant pas pour autant repensés. Les jardins en demeureront exclus.

En 1936, suite à la création de la SNPPT, le Coin de Terre revoit ses statuts et abandonne la référence au logement, à la propriété et à l’insaisissabilité. Toujours soucieuse d’améliorer les conditions de vie des urbains les plus démunis, l’association se concentre désormais sur les potagers. À travers cette pratique quotidienne de la terre, ils cherchent à faire subsister dans les villes un certain rapport à la nature issu de la tradition chrétienne : « Le regard du laboureur est, avec l’astronome, celui qui se lève le plus souvent vers le ciel11. » « L’industrie peut bien fournir à l’homme un salaire avec lequel il peut se procurer de la nourriture, mais la terre seule peut le nourrir. […] [Le travail de l’industrie] s’exerce sur une matière inerte, qui ne produit pas par elle-même, tandis que le travail de la terre s’applique à une matière qui agit elle-même sous l’effet de facteurs puissants, l’eau, la lumière, la chaleur, que Dieu a mises à sa disposition12. » Ainsi le travail d’un potager maintiendrait l’ouvrier en contact avec le vivant, et donc avec une forme de transcendance. Ce discours moral participe ainsi à l’existence et au maintien d’une dimension qu’on appellerait aujourd’hui « environnementale ». C’est-à-dire la reconnaissance d’une matière vivante et agissante, autre qu’humaine, qu’un surinvestissement de « l’inerte », incarnée par l’industrie, fragiliserait. Ainsi, dans le paternalisme du Coin de Terre, l’expérience du jardinier est valorisée parce que ses interactions avec les éléments mettraient l’ouvrier en capacité de contrebalancer une certaine forme d’aliénation ou d’incomplétude imputées au travail industriel et au versement d’un salaire.

Enfin, pour la Ligue du Coin de Terre, le potager est un support de la famille, un espace de cohésion et de partage : les ouvriers qui cultiveraient leur potager se tiendraient à l’écart du bistrot. Cultivant avec femme et enfants, ils fourniraient à leur foyer une nourriture saine et suffisante, des fleurs pour égayer le quotidien, une estime de soi et de la gratitude. Si cette dimension familiale est moins prépondérante aujourd’hui, elle demeure toujours bien présente puisque chaque parcelle est attribuée à un « ménage » censé la cultiver « pour lui-même13». Concrètement, s’il n’est plus nécessaire d’être marié et d’avoir « de bonnes mœurs » pour obtenir une parcelle, une seule personne continue de signer la convention pour le lopin. De manière implicite, elle est ainsi désignée comme le chef de ménage. Si des parcelles peuvent aujourd’hui être attribuées à des femmes ou à des personnes célibataires, la « cohésion sociale » reste un objectif revendiqué par l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette14.

 

Les « bonnes pratiques » d’un jardin familial nourricier

Cette association continue donc de faire vivre une forme d’agriculture urbaine héritière de l’histoire ouvrière : le jardin familial nourricier. Aujourd’hui sur son site internet, l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette évoque « la raison sociale de l’association dont [elle a] hérité » à travers cette formule : « permettre à un maximum de familles d’exercer une activité de plein air basée sur la culture potagère. » Il y est toutefois également précisé qu’il ne s’agit pas d’y « pique-niquer, d’y faire des barbecues, d’y ­installer chaise longue ou autre engin de délassement. Il s’agit uniquement d’un potager15 ».

Plus précisément, le règlement mentionne que « la partie du lopin affectée à la culture potagère ou fruitière doit représenter au moins 70 % de la surface totale du lopin avec un maximum de 50 % d’un même légume ou fruit16». Cette clause a empêché que les Coins de Terre ne deviennent des jardins d’agrément où nains de jardins, balançoires et pelouses auraient remplacé choux, haricots et laitues. Concrètement, cette condition s’avère aujourd’hui difficile à respecter pour de nombreux candidats jardiniers. Elle entraîne régulièrement défections et réattributions de lopins. En effet, les parcelles sont grandes – 1,5 à 3 ares, c’est-à-dire 150 à 300 m² – et difficiles à tenir si l’on n’y consacre pas beaucoup de temps. Cette taille a l’avantage de permettre une réelle subsistance : on peut y cultiver conséquemment de quoi nourrir une famille. Par contre, elles sont trop grandes pour qui voudrait simplement s’essayer, le temps du week-end, à mettre les mains dans la terre. Ainsi, malgré un net rajeunissement des jardiniers ces dix dernières années17, les retraités constituent la population majoritaire. Ils ont davantage de temps disponible et ce qu’ils attendent d’un potager correspond aux objectifs du Coin de Terre. Ils cherchent principalement à s’en nourrir. Quoi qu’il en soit, la liste d’attente pour l’attribution d’un lopin au Coin de Terre comporte aujourd’hui 160 personnes, pour seulement 110 parcelles en gestion. La demande pour ce type de jardins est donc réelle et il faudrait aujourd’hui, rien qu’à Jette, deux fois plus de parcelles pour les contenter toutes18.

Lorsqu’on déambule dans une colonie du Coin de Terre, un modèle de cultures semble à première vue s’être imposé. Les jardins sont pour la plupart parfaitement désherbés, les variétés de légumes en lignes, tirées au cordeau et la terre est la plupart du temps à nu. Là aussi, l’histoire joue son rôle. Lorsqu’à certaines époques, le coin de terre appartenait au secteur des pratiques agricoles – en touchant par exemple des subsides du Ministère de l’agriculture ou en participant aux expositions agricoles – la manière de faire un potager suivait les « progrès » de l’agriculture. Les comités locaux ont ainsi encouragé les jardiniers, en procédant par exemple à des achats groupés de produits phytosanitaires, à recourir à certains amendements organiques puis chimiques ou à des semences plus productives. Ils organisaient des conférences, délivraient des formations ou conseillaient les jardiniers pour intensifier les cultures. Les concours et récompenses font aussi partie de l’histoire du Coin de Terre, avec ses variantes patriotiques (récompenses des cultivateurs de pommes de terre pendant la Première Guerre mondiale) ou productivistes (concours du meilleur rendement ou du plus gros légume).

Aujourd’hui encore, à Jette, le comité récompense chaque année « les meilleurs jardiniers », valorisant ainsi certaines conceptions du potager. L’idée que le comité se fait du mérite d’un jardinier n’est pourtant pas définie une fois pour toutes, elle évolue. Ainsi en 2017, un « prix des cultures originales et variées » a été décerné, ainsi qu’un « prix du meilleur résistant aux boues » suite à des inondations locales. D’autres fois, des prix « de la solidarité, de l’originalité, du courage, de la malchance19» ont été octroyés. Si le comité n’oublie pas de récompenser le jardinier performant et constant, il valorise aujourd’hui également l’emploi de la grelinette (un outil à deux manches permettant d’ameublir la terre sans labour) – prix du « développement et partage d’un outil » – ainsi que la rotation des cultures et la couverture du sol – prix « modèle de gestion d’une parcelle ». On retrouve donc dans les énoncés de ces prix l’évolution plus générale de ce qui est considéré comme des « bonnes pratiques agricoles », évolutions qu’on retrouve bien souvent dans les manuels de jardinage et qui reflètent les courants d’un milieu ou d’une époque20.

 

Couverture d’un manuel de jardinage édité en français et néerlandais en 1917, 1932, 1942, 1943 par P. De Backer, inspecteur des « Coins de Terre », Koekelberg, Ganshoren, Jette, Bruxelles, 1932.

 

Cependant, des jardiniers qui tentent d’amener des pratiques jugées un peu trop avant-gardistes ont du mal à trouver leur place. Ainsi, l’ancien président du Coin de Terre de Jette21raconte l’arrivée des premiers permaculteurs dans les années 80 : « Les voisins appelaient ça la fénéaculture. » Ils ne sont pas restés. Au lieu-dit du Chemin des Moutons, dont il sera question plus loin, Eric Groenen, chargé de potagers issus de la même histoire, mais scindés depuis 2011, raconte qu’un biologiste détenant une parcelle « ne cultivait quasiment que des mauvaises herbes et ne voulait pas retourner la terre. On a dû s’en séparer : ici c’est comme un village, la culture sur butte, le paillage, les cartons, ça provoque des critiques, car les autres jardiniers ne connaissent pas22». Une clause du règlement indique que « les membres doivent vivre en bon esprit de voisinage avec tous les membres du Coin de Terre23», ce qui permet si nécessaire une éviction. Un modèle de potager s’impose donc malgré tout, modèle qui correspond aussi bien à certaines pratiques majoritaires qu’à ce que le comité entend promouvoir, et que celui-ci traduit parfois au sein d’une clause spécifique du règlement.

 

Des cultures non marchandes

En même temps que le maintien des closes relatives à l’exigence de cultiver un potager nourricier, l’interdiction de vendre les produits récoltés a perduré. À la fin du XIXe siècle, la proposition est originale. Évidemment, de nombreux potagers existaient à cette époque aux alentours de Bruxelles, y compris cultivés par des ouvriers. Michel De Waha, historien de Bruxelles, évoque une économie mixte où, à la fin du XIXe siècle, de nombreux Bruxellois combinent travail salarié à l’usine et travail agricole24. Jusqu’en 1959, de nombreux jardiniers qui déclarent posséder un potager vendent une partie de leur récolte25, notamment sur les marchés. Ainsi le Coin de Terre, en interdisant de vendre, oblige le jardinier à rompre avec ce type d’économie. Elle lui impose d’envisager le potager, et même sa propre subsistance, en dehors des logiques de marché, dans le cadre d’une économie domestique où les fruits de leur travail leur procurent de l’autonomie et leur permet de faire des économies.

Le maintien de ces cultures urbaines en dehors du marché fait écho à une injonction morale qui voudrait que les catholiques s’abstiennent de spéculer sur la terre que Dieu leur a léguée. Ainsi les instigateurs du Coin de Terre invitent tout autant les propriétaires à faire preuve de « bienfaisance par le prêt de la terre ». Dans de nombreux écrits, ils déplorent la hausse des prix des terrains et la spéculation qui accompagnent l’urbanisation de Bruxelles. Sans pour autant lutter ouvertement contre ces logiques qui procurent des gains substantiels aux propriétaires fonciers, ils invoquent le paternalisme comme un rempart à ce qu’ils jugent être une dérive liée à l’extension trop rapide des villes. Par leur projet, ils proposent une autre voie, qui cherche à activer une éthique de la propriété.

Il se trouve qu’à différentes périodes, cette injonction au non marchand a favorisé la persistance du Coin de Terre : pendant les guerres, l’interdiction de vendre a coïncidé avec l’interdiction du marché noir. Cela a conduit l’association à jouer un rôle important dans la gestion de terrains cultivés en participant activement aux programmes d’approvisionnement alimentaire et de rationnement26. Par ailleurs, les potagers ont pu continuer à exister parallèlement et indépendamment des profonds changements qu’ont connus les réseaux de distribution des produits agricoles. La disparition des marchés de producteurs et la baisse des prix des denrées ont certes rendu leur existence plus triviale (à quoi bon s’échiner à produire ses denrées si l’on peut se les procurer à bas prix au supermarché), mais cela ne les a pas tués. Leur existence ne reposait pas fortement sur l’économie de ce marché. Les potagers ont aussi continué d’exister à côté des luttes et revendications qui ont traversé le monde du travail, prenant leur place dans les activités de loisirs, grâce aux lois sur le temps de travail et aux congés payés27.

L’interdiction de transformer ces récoltes en marchandise a donc aidé l’activité potagère à conserver une place interstitielle au sein de la société marchande, où des solidarités différentes, des plaisirs actifs, des rapports autres à l’effort et au travail ont pu trouver place. Ainsi, ce que le Coin de Terre a contribué à faire persister – des potagers nourriciers qui échappent au marché – révèle sous ses aspects paternalistes des potentiels émancipateurs.

 

Accéder à la terre

On s’en doute, l’accès à des terres est un sujet déterminant dans la persistance du Coin de Terre. Dans chaque comité local, les membres sont chargés de chercher des terrains pouvant devenir des potagers, et de négocier des conventions pour leur prise en gestion. Au fil de ces 120 ans d’existence, ce ne fut pas toujours une tâche aisée. En plus de convaincre de l’utilité de l’Œuvre et de repérer les terrains vacants, les comités locaux doivent, pour accéder à ces terres et les tenir, se montrer capables d’en assurer la « bonne gestion ».

En 1897, les premiers organismes à attribuer des terrains au Coin de Terre sont les Hospices civils de la Ville de Bruxelles, organisme d’assistance publique, ancêtre du CPAS actuel (Centre Public d’Action Sociale). Cet organisme a joué un rôle important tout au long de l’histoire des jardins ouvriers et familiaux. C’est l’un des plus grands propriétaires terriens publics au niveau régional. Dans ses archives, et particulièrement ses registres de correspondance28, on apprend qu’à ses débuts, le Coin de Terre n’était pas considéré comme suffisamment crédible pour être signataire de baux. Les Hospices demandaient aux membres des comités locaux de signer les contrats en leur nom propre. Il s’agissait de contrats de location précaires, caractérisés par un délai de rupture de bail d’à peine quelques semaines29. Ainsi, le rôle de représentation du Coin de Terre, qui est aussi un rôle de négociateur pour convaincre les propriétaires, échappe dès le début aux jardiniers. Il est détenu par des personnalités locales, bénéficiant d’une certaine respectabilité, seule susceptible d’offrir une garantie pour les Hospices. Elles prennent sur elles la responsabilité du paiement des loyers, mais aussi de tous autres aspects concernant la tenue du terrain : clôtures, ordre public, relations avec les différentes institutions et les propriétaires voisins.

Cependant, plus tardivement, l’utilité de l’Œuvre fut publiquement reconnue. Après la Première Guerre mondiale, la participation à l’effort de guerre du Coin de Terre est célébrée. Certains considèrent même qu’il a contribué à une forme de résistance contre l’occupant allemand. En gage de cette reconnaissance, le bourgmestre Adolphe Max intègre la ligue locale de la Commune de Bruxelles à l’administration communale : elle devient l’Office des cultures, un service de la Direction de l’Assistance publique et des œuvres sociales de la Ville30. À ce moment-là, la Ville récupère pour les aménager plusieurs terrains importants que la ligue cultivait jusque dans l’après-guerre (Petit Château, avenue du Port, Solbosch). Dans le même temps, elle annexe des territoires du nord de la Région (Laeken, Haren, Neder-Over-Heembeek), territoires devant permettre à la capitale de s’assurer des possibilités de développement futures. Un grand nombre de ces terres en périphérie de la ville seront attribuées temporairement comme potagers par l’Office des cultures, qui disparaîtra finalement en 1966, alors qu’il ne lui reste que quelques ares en gestion31. Ainsi l’intégration à la Commune de Bruxelles des missions du Coin de Terre a aussi permis le déploiement d’une politique foncière sur des terres de “réserve” de la périphérie.

À Jette aujourd’hui, la reconnaissance du Coin de Terre est acquise. En 1990, après 50 ans d’existence continue dans la commune32, le Coin de Terre devient Œuvre Royale. Mais, fait étonnant, le Coin de Terre de Jette reste une association de fait, sans statuts déposés et donc sans existence juridique. Pourtant, elle gère 2 hectares de terrain en toute légitimité. La plupart des terres ainsi gérées sont communales ou para-communales33. Jusqu’aux années 1980, une importante colonie se trouvait à l’actuel emplacement du Parc Roi Baudouin, aujourd’hui grand parc régional. Sur ce terrain on dénombrait plus de 150 potagers, c’est-à-dire un tiers des potagers de Jette de l’époque. Au niveau régional, l’aménagement du parc relève de l’intérêt général et, au regard de la superficie que ces potagers couvraient, il n’a pas été question de les intégrer dans le futur parc. La Commune de Jette a dû faire face à la demande de nouveaux terrains pour les jardiniers. Selon les dires de l’ancien président du Coin de Terre jettois, cette perte « a été un traumatisme important ». Elle aurait poussé la Commune à proposer des solutions pérennes pour de nouveaux sites. À partir de 1984, la commune propose effectivement des conventions de 9 ans renouvelables sur les terrains qui sont aux mains d’organismes communaux. Elle leur attribue particulièrement des parcelles sur lesquelles pèsent diverses contraintes : zones protégées en bordures d’espaces naturels, réserves pour des alignements de voiries qui ne sont pas près de se concrétiser, pieds d’immeubles difficilement appropriables. La Commune a donc fait le choix politique d’assurer l’existence du Coin de Terre sur son territoire. En lui donnant la gestion de ces terrains, elle intègre les potagers dans ses logiques d’aménagement urbain. Elle lui délègue l’entretien de ces espaces, mais garde aussi un œil, à travers le comité, sur le mode de gestion et les décisions prises.

Car à y regarder de plus près, si le Coin de Terre de Jette n’est officiellement pas une association (ASBL), c’est qu’il est une émanation du Secours d’hiver, un service paracommunal qui gérait le rationnement pendant l’occupation allemande dans les années 1940. Lorsque ce service disparaît, un groupe de bénévoles reprit la gestion des terres. Depuis cette date, il y a toujours eu deux, voire trois ou quatre personnes de la Commune dans le Comité34. À partir des années 1980, la présidence de cette association de fait est assurée par un fonctionnaire haut placé de la Commune – Secrétaire communal, puis Directeur du Service Environnement – qui travaille directement avec les autorités communales. Aujourd’hui la personne de contact travaille quant à elle au Service des Plantations. À toute question concernant ces parcelles de jardins, les jettois renvoient directement à l’administration communale. Au dire de tous, les deux organismes se témoignent sympathie et soutien mutuels.

Tenir le terrain d’une manière qui satisfasse toutes les parties

Pour résumer, le Comité local détient la gestion des terrains, établit le règlement et fixe ce qui y est permis ou pas. En plus, c’est lui qui est en lien avec la Fédération nationale. Il est garant de ce que les potagers sont gérés en accord avec l’esprit de l’Œuvre. C’est lui aussi qui gère la demande des jardiniers et décide de l’attribution des parcelles. Aujourd’hui, à Jette, le Comité cherche à assurer une certaine stabilité des attributions et réglemente fermement l’usage des terrains. Pratiquement, quatre contrôles annuels sont effectués dans le but de vérifier que les parcelles et les alentours sont entretenus selon les termes du règlement. Tout défaut est constaté via un formulaire ad hoc que les contrôleurs punaisent sur la cabane du jardinier. S’il n’est pas corrigé dans le mois, ce défaut peut, au terme d’une procédure qui comprend l’envoi de plusieurs courriers et une convocation devant le Comité, entraîner le retrait de la parcelle. L’article 7 précise que « les lopins sont attribués à titre précaire, avec une période d’essai d’un an, révocable en tout temps sans droit à aucune indemnité […] Les bénéficiaires n’ont aucun recours auprès de l’administration communale ni auprès des propriétaires en cas de contestation ou de différend quelconque entre eux et l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette ».

Le Comité tient donc un rôle d’arbitre et de juge. Il s’appuie pour ce faire sur le « chef de secteur », un jardinier qui se fait le relais des situations particulières du site dans lequel il dispose lui-même d’une parcelle. Sur le sujet sensible des exclusions, le comité de Jette invoque une certaine souplesse : une personne malade ou ayant eu de graves problèmes serait bien entendu excusée d’avoir délaissé sa parcelle pour un temps. Mais d’autres histoires circulent où les raisons avancées par des jardiniers n’auraient pas été reconnues par le Comité. De toute évidence, celui-ci dispose à la fois d’un pouvoir étendu et d’une marge d’interprétation importante : c’est lui qui tranche en dernier recours. Ce pouvoir est tacitement validé « d’en haut » par les autorités communales et justifié par le grand nombre de demandes pour l’attribution de parcelles, mais aussi par ses responsabilités à l’égard du consensus qui a permis l’établissement pérenne des potagers.

Formulaire de contrôle à l’Œuvre royale du Coin de Terre de Jette.

En 1984, lorsque les négociations autour des conventions pour 9 ans renouvelables ont lieu concernant les terrains potagers appartenant à la commune, cette dernière impose des conditions relatives à leur bonne gestion : « il fallait que ça ressemble à quelque chose35», les potagers auraient trop souvent « dérivé » en « des coins oubliés, des cloaques insécurisants. De ça, les autorités ne voulaient plus », raconte l’ancien président du Coin de Terre de Jette. La « salubrité publique est invoquée36», et pour « faire accepter les potagers esthé­tiquement37 », l’architecte en chef de la Commune est enrôlé. En découlent des « prescriptions » précises qui sont ajoutées au règlement : elles concernent en particulier la normalisation des clôtures délimitant les parcelles, les matériaux autorisés qui sont désormais strictement définis et les cabanes. Plus question de bicoques jardinières semblables à de « véritables villas38 ». Les cabanes servent à ranger les outils de jardin et doivent avoir une surface maximum de 3 m². Chacune doit « être du type admis par le Collège des Bourgmestres et Échevins. [Son] implantation doit se faire selon les indications du plan de lotissement. [Elle] ne peut avoir ni appendice, ni réservoir d’eau sauf si ce dernier est encastré dans le sol ne dépassant que de 10 cm le niveau du sol ou caché par une haie ou des buissons à feuillage persistant […]. Les gouttières et les descentes d’eau doivent être en PVC gris. […] Elle sera régulièrement peinte en brun pour la protéger de l’humidité et sera bien entretenue39» : les règles sont claires et précises. Elles sont très perceptibles. En effet, lorsqu’on se promène dans un Coin de Terre à Jette, toutes les cabanes sont identiques et de la même couleur (trois modèles sont autorisés), les sentiers tracés de manière similaire et les clôtures ont la même hauteur. Ainsi, la stabilisation des potagers du Coin de Terre sur le territoire de la commune de Jette s’est accompagnée d’une normalisation esthétique qui correspond à ce que la Commune, à travers son architecte en chef, a bien voulu intégrer en son sein.

Ce genre de décision inclut en même temps qu’elle exclut. En voulant éviter tout conflit de voisinages autour des potagers, la commune impose une homogénéisation des manières d’y habiter. La cabane en particulier est un élément important dans la vie d’un lopin. Certains jardiniers se contentent d’une petite cabane à outils, d’autres y aménagent souvent une petite pièce à vivre, avec parfois un poêle pour faire une soupe ou un café, faire une sieste s’ils restent là toute la journée, se réchauffer quand tout autour est froid et humide.

Au tournant des années 2000, cette volonté d’homogénéiser les modes de vie au Coin de Terre a déterminé un conflit menant à la scission d’environ la moitié des parcelles que l’Œuvre Royale gérait : celles du Chemin des Moutons, en lisière du bois du Laerbeek. Le terrain appartient cette fois-ci à la VUB (Vrije Universiteit Brussel, une des universités néerlandophones de Bruxelles). Pour cette raison, ces potagers ont tout d’abord échappé à la normalisation que nous venons de décrire, car les règles se sont appliquées en priorité aux terrains bénéficiant de conventions de longue durée, c’est-à-dire les terrains communaux, dits « jardins permanents ».

Situés le long de la frontière avec la Flandre, au bout d’un chemin sans issue à l’extrémité nord du campus, les jardins du Chemin des Moutons jouxtent une zone un peu floue où, au fil des années, divers déchets avaient été illégalement déchargés. En 2001, la Commune se tourne vers les jardiniers pour qu’ils entreprennent un nettoyage du site, mais la quantité de déchets les dépasse. Ils renvoient cette responsabilité au propriétaire, l’Université, et invoquent l’absence de convention d’occupation pérenne qui rend difficile la tenue d’un tel effort de la part des jardiniers. Après trois années de discussions, commencent de véritables négociations portant sur la signature d’une convention d’occupation qui entraînerait l’application du règlement dit « des jardins permanents » au Chemin des Moutons.

C’est à ce sujet que les choses se sont envenimées. Si l’opposition de la VUB à la normalisation des clôtures entre les parcelles et autour du site n’a pas posé de problèmes, les conflits se sont cristallisés autour des modèles de cabanes. Certains jardiniers refusent de se séparer de celles qu’ils ont l’habitude d’habiter. En 2005, un comité dissident au coin de terre se constitue pour le Chemin des Moutons. Une ASBL indépendante s’en dégage en juin 2006. La Commune, qui a été fortement partie prenante dans les discussions, avalise cette scission qui obtient le soutien d’un échevin40.

En novembre 2006, un nouveau rebondissement vient attiser les tensions et remettre en cause la présence des potagers. La VUB annonce la construction d’un stade de football sur le site. Des potagers disparaîtraient, d’autres seraient déplacés. Le projet implique également la disparition d’un verger ancien, qu’un mouvement de jeunes, les JNM (Jeugdbond voor Natuur en Milieu, « Ligue de la Jeunesse pour la Nature et l’Environnement »), a entrepris de restaurer. Une zone de biodiversité attenante intéresse pour sa part l’ASBL naturaliste Natuurpunt. Face à la menace du stade, des alliances se tissent et conduisent finalement les divers opposants à l’écriture d’un dossier de revendications communes intitulé « Plateforme Laerbeek aux abois ». Les protagonistes demandent à la VUB et à la commune l’abandon du projet de stade et une gestion de cet espace naturel respectueuse des usages en place. Chacun des organismes est prêt à s’impliquer dans la gestion à long terme des lieux. Cette histoire, où pratiques du vivant et enjeux environnementaux ont fini par peser face à la volonté de construire une infrastructure sportive coûteuse en espace et argent (les financements étaient pris en charge par la Communauté flamande), fait aujourd’hui partie de la mémoire des luttes bruxelloises. Finalement en 2009, un accord est trouvé entre la Commune et la Communauté flamande pour réhabiliter des équipements sportifs communaux situés autre part (au Heymbosch) avec les financements prévus pour le stade. La zone du Chemin des Moutons est sauvegardée dans son intégralité. Après un nettoyage collectivement organisé, Natuurpunt y installe une zone d’observation naturaliste et le verger est pris en charge, en lien avec les JNM, par une association de soutien aux migrants41 qui y installent une serre, un potager et un poulailler : le jardin Humanaterre42.

Mais la saga des potagers du Chemin des Moutons n’est pas pour autant terminée. En février 2010, une convention pour 20 ans est signée entre la Commune et la VUB qui garantit l’existence à long terme des 2 hectares de potagers du Chemin des Moutons. Mais dans l’article 2, la VUB indique mettre « gratuitement à disposition de la commune de Jette pour une durée de 20 ans […] les 132 parcelles déjà existantes […] en vue de la mise en culture de celles-ci par les membres de l’Œuvre Royale du Coin de Terre. […] La transition éventuelle à des potagers et/ou abris de jardins uniformes doit être échelonnée dans le temps en fonction de la libération des parcelles43». Le litige demeure quant à savoir qui est le gestionnaire légitime des parcelles. Commune et Coin de Terre semblent avoir tenté de revenir sur la scission de 2006, défendant ce qui constitue depuis plus de cinquante ans un fait maintenant bien établi dans la gestion des potagers à Jette : l’exclusivité de leur gestion au Coin de terre.

Une année supplémentaire de négociations n’a pas suffi à revenir sur le litige des cabanes. Même en garantissant aux jardiniers actuels de pouvoir conserver les leurs en l’état jusqu’à ce qu’ils quittent leurs lopins (uniformisation progressive quand les parcelles changent d’attributaire), les négociations continuent d’achopper. L’ensemble des autres points du règlement sont cependant acceptés : obligation de cultiver, interdiction de vendre, attribution des parcelles, gestion via un comité et des chefs de secteurs, contrôles plusieurs fois par an… Ce ne sont donc ni les fondements du Coin de Terre qui sont en jeu, ni la hiérarchie, ni les liens étroits avec la commune, puisque le président de l’ASBL Clos des Moutons – qui obtiendra finalement la gestion – est lui aussi un employé communal disposant d’une parcelle de jardin. Force est de constater que le désaccord s’est fortement cristallisé autour des manières d’habiter un lopin jardiné. Contre une cabane standard, achetée toute faite chez un fournisseur, c’est la possibilité d’un toit qui fait plus que sécuriser des outils, un toit que le jardinier s’est construit lui-même avec les matériaux qu’il a trouvés, avec les moyens qu’il a eus et les savoir-faire qu’il maîtrise, un toit pour recevoir des amis, pour s’abriter et manger, un intérieur à l’extérieur, qui fait du potager plus qu’un jardin nourricier.

 

Héritage ambivalent

Ainsi, gagnant et perdant sans cesse des terrains, le Coin de Terre a traversé tout le XXe siècle. Si le projet formulé à la fin du XIXe siècle, « à chaque ouvrier un coin de terre et un foyer insaisissables », touchait à différentes facettes de la condition ouvrière – du logement au potager en passant par l’estime de soi, la santé, la cohésion familiale, la confiance dans les institutions et en Dieu – le Coin de Terre s’est peu à peu centré sur le potager familial, nourricier et non marchand. Ce faisant, il a participé à faire vivre chez des urbains une pratique de la terre qui a maintenu un rapport particulier au vivant, certes vecteur de cohésion et de moralité, mais qui contribue également à faire rempart à des logiques de l’économie capitaliste : l’omniprésence du marché, la toute-puissance de l’industrie et les logiques spéculatives sur le foncier.

Si le Coin de Terre a pu tenir, c’est en s’articulant à chaque fois aux préoccupations des milieux spécifiques dans lesquels ils se sont déployés, et ceci autant dans ce qu’il propose ou impose aux jardiniers que dans ce qu’ils réussissent à négocier avec les propriétaires terriens, au fil d’une urbanisation massive du territoire. Accéder à la terre, trouver et garder les terrains où ces potagers ont la possibilité d’exister est un travail de longue haleine qui requiert un certain art du compromis et une culture des alliances. La pérennité du Coin de Terre s’est sans cesse rejouée dans ces négociations pour trouver des conditions d’existence, quitte à faire le jeu des pouvoirs politiques, ou à perdre sans cesse des terrains pour avoir la possibilité d’en rechercher ailleurs.

Le Coin de Terre formule un modèle qu’il juge « bon » (pour les ouvriers, pour la société, etc.) et le fait exister à travers le temps. Leur proposition est autant progressiste que conservatrice, elle est autant émancipatrice que paternaliste. Cet héritage est ambivalent. Tenir aux terres n’a rien d’idyllique ni d’innocent.

  1. Auguste Beernaert d’obédience catholique, fut chef du gouvernement de 1884 à 1894. Notamment confronté aux émeutes ouvrières de 1886, il promulgua les premières lois sociales en Belgique : sur le versement des salaires, le travail des femmes et enfants, les horaires de travail, ainsi que sur les habitations ouvrières en 1889, communément appelée Loi Beernaert. La filiation de la Ligue du Coin de Terre avec cette dernière loi et le courant politique qui la porte (Catholiques sociaux) est affirmée, et c’est pourquoi son instigateur, Auguste Beernaert est invité à prendre la présidence de La Ligue Nationale du Coin de Terre en 1895, c’est-à-dire tout à ses débuts, même s’il n’a pas participé directement à sa création. Joseph Goemaere, discours au IIIe Congrès international des Œuvres du Coin de terre et des jardins ouvriers, Bruxelles, 1910.
  2. Prosper Saey, « Ligue du Coin de Terre et du foyer insaisissables », La Revue Générale, octobre 1899.
  3. Toujours actives aujourd’hui sous le nom de Ligue Nationale du Coin de Terre et du Foyer – Jardins Populaires/ National Verbond van Volkstuinen et Office International du Coin de Terre et des jardins familiaux.
  4. Voir le site de l’Œuvre royale du Coin de Terre de Jette.
  5. Terme qui désigne un ensemble de potagers contigus. Moins employé aujourd’hui, où on lui préfère le mot « secteur », selon le site internet de l’Œuvre royale du Coin de Terre.
  6. Virginie Coumans, « Coins de campagne dans la ville : les jardins familiaux à Bruxelles (1896-1966) », in Quotidiana : Huldealbum Dr Franck Daelemans II, Archives et bibliothèques de Belgique, Volume 95, Numéro spécial 2012, p. 438-457.
  7. Abbé Gruel, « La saisie et l’insaisissabilité », La Vie individuelle et sociale – Alimentation-Habitation-Santé du peuple, revue mensuelle pour la reconstruction de la famille, 4e année, n° 7, octobre 1895, p. 81-88.
  8. 5 ares = 500 m², soit l’équivalent de deux terrains de tennis.
  9. Devient, en 1956, la Société Nationale Terrienne (SNT), puis est intégrée à la Société Wallonne du Logement (SWL) en 1999.
  10. Pour la filiation entre les deux organismes, voir Catherine Mougenot, « Une sœur aînée de la SNT : La Ligue du Coin de Terre et du Foyer Insaisissables », Les Cahiers de l’urbanisme, vol. 9, hiver 1991, p. 56-68. Et Catherine Mougenot, « La Société nationale de la Petite Propriété Terrienne. Une institution entre ville et campagne », Les Cahiers de l’urbanisme n° 25-26, 1999, p. 42-45.
  11. Un groupe de propagandistes chrétiens (comme ils signent eux-mêmes) sous la direction de l’abbé Gruel, La Réforme agricole, l’agriculture, sa crise, son remède, à savoir le territoire de la commune à ceux qui l’habitent, Bruxelles, Imprimerie de propagande catholique, 1894.
  12. Abbé Gruel, « Le travail de la terre et celui de l’industrie, au point de vue de l’alimentation », La Vie individuelle et sociale, 1895, n° 2, p. 17.
  13. Règlement Intérieur de l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette, 2016.
  14. Entretien avec M. Van Parys, ex-président de l’Œuvre Royale du coin de terre de Jette, janvier 2017.
  15. Voir le site de L’Oeuvre Royale du Coin de Terre
  16. Règlement de l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette, Art.9 : prescriptions, point g.
  17. Entretiens (réalisés en février 2016 et janvier 2017) avec Yves Van Parys, qui fut président de l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette pendant une trentaine d’années.
  18. Entretien avec le Comité de l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette, août 2015.
  19. Entretien avec Yves Van Parys, janvier 2017.
  20. Comparer par exemple : P. De Backer, Le jardin des colons, Bruxelles, L’imprimerie moderne, 1917 ; François Mewissen, Le Grand guide Marabout du jardinage, Verviers, Marabout, 1978 ; Pascal Aspe, Claude Aubert, Michel Audureau, Rémi Bacher, Christian Boué, Brigitte Lapouge-Déjean, Gilles Leblais, Blaise Leclerc, Claude Merle et Jean-Paul Thorez, Le Guide Terre vivante de l’autonomie au jardin, Mens, Terre vivante, 2015.
  21. Entretien avec Yves Van Parys, ancien président de l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette, 16 février 2016.
  22. Entretien avec E. Groenen, président de l’ASBL Chemin des Moutons, août 2015.
  23. Règlement Intérieur de l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette, 2016, Art. 9 point f.
  24. Michel De Waha, « Quelques éléments sur la vie rurale dans les environs de Bruxelles au xixe siècle », dans La Région de Bruxelles, des villages d’autrefois à la ville d’aujourd’hui, op. cit.
  25. Archives générales du Royaume, Archives de l’Institut National des Statistiques. Recensement général de l’agriculture et des forêts au 15 mai 1959.
  26. Sarah Erman, « C’est le hareng qui nous a sauvé, l’alimentation pendant la Seconde Guerre mondiale », Etopia, décembre 2014.
  27. Notamment Florence Weber, Le travail à-côté, étude d’ethnographie ouvrière, Éditions EHESS, 1989.
  28. Archives du CPAS, Registres des affaires générales, consultés par l’entrée « Coin de Terre » de 1895 à 1910.
  29. Archives CPAS, Registres des affaires générales, 1895 à 1910, dossier Coin de Terre. Mais à ce jour, les sources éparses rendent difficile de retracer de manière significative les relations entre ces deux organismes sur la durée.
  30. Ibid. et l’article de Virginie Coumans : « Coins de campagne dans la ville : les jardins familiaux à Bruxelles (1896-1966) » in Quotidiana : Huldealbum Dr Franck Daelemans II, numéro spécial 95, 2012, p. 438-457.
  31. Ibid. et l’article de Virginie Coumans : « Coins de campagne dans la ville : les jardins familiaux à Bruxelles (1896-1966) » in Quotidiana : Huldealbum Dr Franck Daelemans II, numéro spécial 95, 2012, p. 438-457.
  32. Particulièrement sur le site du Poelbos.
  33. Appartiennent au Centre Public d’Action Sociale (CPAS) de Jette, ou au Foyer Jettois, un bailleur social.
  34. Entretien avec Yves Van Parys, janvier 2017.
  35. Entretien avec Yves Van Parys, février 2016.
  36. Entretien avec Yves Van Parys, janvier 2017.
  37. Entretien avec Yves Van Parys, janvier 2017.
  38. Entretien avec Yves Van Parys, janvier 2017.
  39. Règlement de l’Œuvre Royale du Coin de Terre de Jette, 2015, Art.9 : prescriptions, point r.
  40. Association sans but lucratif.
  41. ASBL Le Piment 
  42. Voir le site « Humanaterre« 
  43. Convention de collaboration entre la Vrije Universiteit Brussel et l’administration communale de Jette relative à la mise à disposition et à la gestion des potagers sis le long du Chemin des moutons à Jette, février 2010.
 
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