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L. Cahn C. Deligne N. Pons-Rotbardt N. Prignot A. Zimmer B. Zitouni

Terres des villes

Enquêtes potagères de Bruxelles aux premières saisons du 21e siècle

4. Les toits : potentiels fabulés

Lyber

Depuis la baie vitrée qui donne sur le toit du Foodmet, on a vue sur un spectacle inattendu. Des rangées serrées de laitues vertes et rouges, de radis et d’épinards sont cultivées dans le but manifeste de rentabiliser au maximum l’espace et la production. Les légumes y sont comme pris dans un carcan ; très rapprochés, ils sont plantés dans une couche d’une vingtaine de centimètres de billes légères de substrat, elle-même posée sur des couches de drainage en plastique et de toiles géotextiles. Le tout est maintenu en place par des structures aux arêtes métalliques. Tout semble calculé, maîtrisé. Sur ce vaste toit, situé en plein quartier populaire, nous découvrons un potager high-tech.

Nous étions venu.e.s dans le quartier pour prendre la mesure de ce projet de nouvelle ferme urbaine, installée sur le toit de la nouvelle halle (le Foodmet, contraction de l’anglais food et du flamand – bruxellois – met qui signifie marché) d’un des plus grands marchés de Bruxelles, celui des Abattoirs d’Anderlecht. La production de ce toit doit, à terme, alimenter en circuit court un restaurant installé juste en dessous. Ici, se préparerait le pôle alimentaire et écologique de l’avenir ; le caractère high-tech de Foodmet est clairement annoncé. Nous n’avons pas été surpis.es par notre découverte. En revanche, nous avons été surpris.es de ne pas pouvoir prendre de photos de ce toit tant médiatisé au motif que, selon l’entreprise responsable de Foodmet, la diffusion de photos risquerait de ne pas rendre honneur aux promesses portées par ce toit. Même les conférences de presse et les visites ministérielles ne pouvaient pas encore avoir lieu, et ce plus d’un an après l’inauguration de la halle.

Mais que « promet » au juste ce toit ? En quoi ses promesses se distinguent-elle d’autres promesses agricoles ? Quels sont les enjeux liés à cette culture sur toit ? Existe-t-il d’autres types de cultures sur toit ? Pourquoi l’état actuel du potager Foodmet ne nous étonnait-il pas tant alors qu’il ne répondait visiblement pas aux attentes des responsables du projet ? Ces questions nous ont amené.e.s à mener l’enquête qui suit.

L’image du maraîchage high-tech

L’installation de Foodmet est supervisée par Building Integrated GreenHouse (BIGH), une entreprise créée par Lateral Thinking Factory Development et spécialisée dans les projets d’agriculture sur toit. La construction a été financée à hauteur de 18 millions d’euros par la commune d’Anderlecht, la Région de Bruxelles, via son agence de développement, la SDRB, ­aujourd’hui CityDev, et l’Union européenne, via son fonds FEDER. L’Europe a ainsi accordé 7 479 067 euros (somme affichée à l’entrée de la halle, sur une grande banderole flanquée du drapeau européen). À ce stade, explique le responsable de BIGH, les seules images qui circulent sont celles produites pour les plans du projet. On y voit le toit peuplé de serres, de rangées de légumes parmi lesquelles déambulent les visiteurs tandis que d’autres s’installent à la terrasse d’une cafétéria avec vue imprenable sur la ville. Le panorama y embrasse une série de toits plats parés de végétation, en lieu des toits en pente des maisons unifamiliales actuelles. Sur ces images, c’est la ville entière qui promet de devenir le terrain du maraîchage high-tech. Foodmet participe à la réalisation de ce rêve-là.

Il serait futile de s’en prendre au caractère promotionnel des images numériques ; celles-ci sont produites pour promouvoir le projet ! Cependant les images de Foodmet ont ceci de particulier qu’elles ne sont pas uniquement projectives ou promotionnelles. En réalité, elles captent et encouragent une tendance déjà à l’œuvre dans la ville. Tendance bien réelle et tangible. Autrement dit, nous ne pouvions pas prendre des photos du toit parce que celui-ci est bien plus qu’un premier pas, tâtonnant, expérimental, partiel, dirigé vers un horizon prometteur. Le toit de Foodmet est, au contraire, le condensé d’une tendance actuelle. Il est une vitrine. Il doit résumer tout ce qui émerge et se prépare à Bruxelles en matière de potagers sur toit, ce dont, en effet, nos photos et l’état actuel du toit n’auraient pas pu rendre compte.

Voici quelques indicateurs de la tendance. Depuis 2014, à Bruxelles, tous les toits plats inaccessibles de 100 m² ou plus doivent être aménagés pour accueillir des « toitures extensives1». En 2016, l’Europe a accordé un budget de plus d’un million d’euros à un potager sur toit qui sera construit sur un supermarché Colruyt de la commune d’Ixelles afin d’en étudier la rentabilité2. De son côté, la chaîne de grande distribution Delhaize est sur le point d’installer une ferme de 320 m² sur le toit d’un de ses supermarchés à Boondael (Ixelles)3. D’autres acteurs sont sur la brèche : l’Union des Entreprises de Bruxelles (BECI) ou les communes, telles celles de Molenbeek, candidate à un autre projet FEDER non obtenu à ce jour. De son côté, Lateral Thinking Factory a en projet cinq autres fermes urbaines sur toits à Bruxelles et se sert de Foodmet pour attirer les clients. Les relais politiques ne manquent pas. En 2017, la Ministre de l’Environnement déclare, à propos du maraîchage urbain, qu’« au total, la surface exploitable sur les toits de Bruxelles s’élève, selon nos estimations, à 220 hectares de surfaces exploitables. C’est un potentiel énorme4». La promesse des toits va donc bien au-delà de quelques images numériques. Elle est lestée de chiffres, de projets en voie de réalisation et de calculs de rentabilité. Elle est devenue un potentiel, c’est-à-dire un créneau de l’économie urbaine qui pourrait se développer à une large échelle dans le sens du productivisme high-tech5.Nous voyons pointer deux problèmes. Le premier tient à la surface potentielle des potagers sur toits, soit les 220 hectares cités par la Ministre. Elle apparaît massive comparée aux 268 hectares encore classés en zone agricole dans le Plan régional d’Affectation des Sols ou aux 56 hectares de potagers collectifs accessibles depuis l’espace public recensés en 20136. L’extension annoncée des surfaces cultivées est ainsi écrasante et fait grandir la tentation de penser les toits comme un territoire plus signifiant que les terrains cultivés au sol. A contrario, la perte de ces derniers pourrait apparaître comme insignifiante. L’articulation entre les uns, prometteurs, et les autres, insignifiants, n’a donc plus à être pensée. Pire, leur séparation fait l’économie de penser le territoire comme composite et les potagers bruxellois, au sol et sur les toits, comme solidaires. Articuler ces territoires terriens et aériens ne veut évidemment pas dire les rendre équivalents, car il est certain qu’un potager sur toit et un potager en pleine terre requièrent des pratiques, des techniques, des individus et des alliances bien différentes. Articuler veut dire qu’il faut reconnaître ces différences pour créer un territoire de potagers solidaires.

Le deuxième problème est celui de l’univocité du potager sur toit ainsi présenté. Des projets financés et prônés aujourd’hui se dégage l’idée qu’il s’agit d’une solution standard : le potager sur toit se résume à du maraîchage high-tech. Or, amplifier cette solution déjà bien présente et réelle aujourd’hui, c’est nécessairement courir le risque de perdre toutes les autres solutions possibles. Prôner cette manière de cultiver des légumes réduit la diversité des cultures possibles sur les toits. Ainsi, le « potentiel » des potagers sur toits high-tech, annoncé dans la presse, présenté au public, est en train d’éclipser la diversité des toits, des cultures sur d’autres toits, qui sont tout autant porteurs d’alternatives pour la ville. Face à ces deux problèmes, il nous fallait revisiter la notion de potentiel des potagers sur toits.

C’est pour cela que dans notre enquête, nous avons choisi non seulement de nous intéresser de plus près à Foodmet, de ne pas lui tourner le dos, mais aussi d’explorer en parallèle deux autres potagers sur toit que nous qualifions, pour l’heure, de potager éducatif et de potager artistique. Nous les avons explorés en prêtant une attention à leur potentiel respectif. Ce faisant, nos horizons ont changé. Les promesses des potagers sur toits ne se limitent plus à la multiplication de fermes urbaines en élévation, ni à la mise en place de pôles alimentaires en circuits courts, mais s’ouvrent à d’autres dimensions, notamment celles des corridors de biodiversité et des interactions entre espèces. Sur les toits, la ville révèle son caractère de biotope extraordinaire, même lorsqu’il s’agit d’un toit high-tech, que nous allons maintenant revisiter.

 

Écosystème sous perfusion

Dans tous les cas, un potager sur toit s’appuie sur un biotope qui se fabrique et s’aménage, et il y a évidemment différentes manières d’enrôler les acteurs c’est-à-dire d’enrôler les individus et les pratiques qui visent à faire pousser des plantes et des légumes. Il y a diverses façons d’agencer les détails matériels qui rendront la culture possible, et d’éprouver les interactions concrètes entre vivants afin de façonner l’écosystème productif qu’est in fine tout potager. Exploré sous cet angle-là, celui du biotope et de l’écosystème, le potager Foodmet nous est apparu, d’une part, comme prenant très peu appui sur l’existant et d’autre part comme nécessitant énormément d’investissements et d’intrants. Le premier intrant étant la structure qui doit porter le toit. C’est ce que nous apprend l’histoire du projet.

Pour pouvoir y installer un potager et supporter le poids du toit cultivé, la halle de Foodmet a dû être construite dans une structure de béton armé particulièrement solide, car le poids du substrat et des couches protectrices d’un potager varie de 300 kg/m² à 400 kg/m². à Bruxelles, les toits des entrepôts industriels, même en béton armé, ne passent pas tous les tests de stabilité réalisés par les ingénieurs7. La genèse de Foodmet nous révèle donc une équation simple : pas de potager sans toit plat et pas de toit-plat-à-potager sans béton armé renforcé. C’est dire que les 220 hectares de toits plats évoqués par la Ministre devront pour la plupart encore être préparés à accueillir des éventuels potagers. Peu de toits sont en effet capables de soutenir une telle quantité de végétation. Le potager sur toit requiert du béton armé adapté.

Les méandres de l’histoire ne sont pas sans apporter une touche d’intrication et d’humour supplémentaire. Car il se trouve que le béton armé a été en partie inventé par un jardinier, Joseph Monier. Ce dernier cherchait à fabriquer un contenant plus solide et moins fragile pour transporter les orangers du jardin des Tuileries à Paris. En 1867, il fit breveter un pot fait de béton et de tiges métalliques, en lieu du bois qui pourrit et de l’argile qui se brise. Monier déposa ultérieurement d’autres brevets inspirés du matériau utilisé, pour des tuyaux, des vasques, des panneaux, des ponts et des poutres8. Plus tard, les architectes utilisèrent le béton armé qui, en renforçant la résistance des constructions, autorise des toits plats avec un minimum de piliers porteurs, des grandes surfaces, des immeubles à étages et des gratte-ciel, bref, une nouvelle physionomie urbaine.

Pour l’installation du potager Foodmet, il n’y a pas que le toit qui a suscité calculs et études approfondies. Il a aussi fallu corriger et remplacer le substrat utilisé sur le toit. Les premiers essais pour établir la juste proportion entre billes d’argile expansée et sol rapporté ne furent pas concluants du point de vue de la croissance des plantes, comme nous l’explique un des cultivateurs du toit9. Pour l’instant, en attendant les rendements promis par le projet et leur utilisation dans le restaurant qui y est lié, c’est un cultivateur expérimenté, travaillant dans l’association d’insertion socio-professionnelle Groot Eiland (Grande Île) qui s’occupe des légumes. Il les récolte pour les préparer dans la cantine de l’association qui est ouverte au grand public et qui offre à des jeunes une formation en restauration professionnelle. La collaboration avec les associations du quartier est donc temporaire. À terme, BIGH vendra les légumes à des restaurateurs qui auront souscrit un contrat d’approvisionnement10.Nous reprenons la visite et réalisons que l’aménagement du toit procède d’un partage de l’espace assez rudimentaire ; des carrés de monocultures sont séparés par les chemins qui servent aux humains. Un filet aux mailles serrées a été étendu par-dessus les ensembles cultivés pour maintenir les oiseaux à distance, mais laisser passer les insectes qui peuvent circuler et butiner librement. Les chemins continuent au-delà des parcelles et signalent l’extension future du potager. En effet, des serres occuperont la portion restante des 4 000 m² (0,4 hectare). Selon notre interlocuteur, ces systèmes clos permettent de réguler au mieux les conditions du maraîchage en élévation, amoindrissant les aléas inhérents à une telle production.

Concrètement, dans les serres, on combinera hydroponie et aqua­culture. Des légumes pousseront dans l’eau – l’hydroponie – mais ce ne seront pas des racines, ni des tubercules, ni des légumes nécessitant l’interaction avec la microflore et microfaune terrienne. Seules certaines plantes s’accommodent de telles conditions : principalement les laitues. Dans les mêmes réservoirs d’eau, on élèvera des poissons dont les excréments nourriront les légumes ; après quoi poissons et légumes seront vendus aux restaurateurs souscripteurs11. Les premiers « cobayes » aquatiques seront vraisemblablement des tilapias comestibles en provenance d’Extrême-Orient : cela va à l’encontre de l’idée d’une redécouverte des produits régionaux, locaux, si souvent associés aux toits verts, mais la facilité de leur élevage, leur régime alimentaire herbivore et leur croissance rapide en font des poissons adaptés à l’aquaculture. Bref, la liste des intrants s’allonge… Et ce n’est pas fini.

De tels systèmes exigent constamment entretien et régulation. Les niveaux d’humidité et de température devront être en permanence contrôlés. L’étanchéité des réservoirs et la circulation des nutriments devront être étroitement surveillées. Les substrats devront être régulièrement renouvelés. L’énergie consommée est énorme12. En d’autres mots, la haute technologie devient l’épine dorsale du potager ; cela ne va pas sans poser problème. Cette technologie coûteuse, pour être rentable, se doit de donner une haute valeur ajoutée aux légumes produits, leur assigne la nécessité d’être haut de gamme. Ce risque n’est nullement fabulé comme nous le montre le maraîchage sur toit commercialisé à New York13. Mais nous n’en sommes pas là. Jusqu’à présent les légumes de Foodmet, pourtant cultivés sans antibiotiques ni pesticides, n’ont pas encore obtenu le label « bio ». En Europe, une telle appellation ne peut être appliquée qu’à condition que les plantes poussent dans un écosystème de pleine terre14. Ce détail réglementaire est intéressant car il révèle à quel point le potager sur toit, et particulièrement celui qui se nourrit de haute technologie, naît d’une série d’amputations. L’amputation la plus évidente est celle de la pleine terre, mais il y en a d’autres. Le potager high-tech est amputé des savoirs communs et ordinaires sur le jardinage. Il est délié des collaborations de quartier que l’on rencontre pourtant au sein des autres potagers. Il est extirpé des dépôts de matières arables présents dans tout environnement, même en ville, même sur les toits. Il est délié des assemblages circonstanciels et imprévisibles du vivant. Et tout cela en faveur d’une maîtrise maximale des conditions de la culture en élévation.

En un mot, le potager Foodmet, et plus généralement le potager high-tech sur toit, est davantage branché sur les possibilités d’investissements financiers que sur les flux de matières et de savoirs déjà présents en ville. Ils se réservent les légumes à haute valeur ajoutée, délaissant les légumes de base, produits à bon marché, qui risquent d’être relégués toujours plus loin des villes. Pourtant des potagers « branchés » et « connectés » à la ville, existent. Pour les découvrir, il nous faut visiter d’autres potagers sur d’autres toits.

 

Des niches écologiques

Nous découvrons le potager de l’association Soleil du Nord grâce à la mention qui en est faite dans l’étude du BRAT publiée en 2013. Cette étude portait sur le « potentiel maraîcher en région bruxelloise » et mentionnait quelques jardins sur toit où des légumes étaient cultivés15. Le jardin du Soleil du Nord en faisait partie. Nous voilà donc embarqué.e.s dans l’exploration d’un potentiel tout autre que celui prôné aujourd’hui par la Ministre.

Soleil du Nord est un projet social de la commune de Schaerbeek16qui a tiré parti du toit plat de son bâtiment pour offrir aux enfants un espace ludique et éducatif, notamment à travers la culture des fruits et légumes. Le centre accueille des ateliers parascolaires et des cours de langues dans un édifice entièrement constitué de béton armé. Il est posé au milieu d’un square dont les buttes herbeuses sont parcourues par de larges chemins, à la lisière du quartier Nord, un quartier d’affaires et de bureaux construit après l’arasement d’un quartier populaire plus ancien à la fin des années 1960, et du voisinage résidentiel qui le jouxte.

Le dernier étage offre un toit-terrasse qui, avec ses deux niveaux au-dessus du rez-de-chaussée, contraste avec la sensation de hauteur qui se dégage des tours voisines. Les rambardes sont hautes, robustes et opaques. Au milieu de la terrasse sont entreposées une douzaine de jardinières séparées par des allées d’environ un mètre de large. Elles ont toutes la même taille. Elles ont été construites et peintes à la main, puis doublées de toile géotextile avant d’être remplies de terre.

Les difficultés rencontrées dans la mise en place du potager Foodmet réalisé ex nihilo, contrastent avec la simplicité de la réalisation de ce potager-ci. Après l’investissement pour la construction des jardinières, le budget alloué à l’entretien du potager reste limité. On rétorquera que nous comparons l’incomparable, mais justement, il faut ouvrir l’investigation et créer des contrastes. Nous voulons savoir quelles sortes de ville se dessinent en creux des toits cultivés – et ce toit-ci en est un – et espérons ainsi découvrir quelles agricultures et quelles promesses y sont en jeu. En l’occurrence, nous avons affaire à un potager sur toit qui reçoit de rares financements et dont les usagers s’occupent sporadiquement.

Encadrés par les travailleurs sociaux, les enfants ensemencent de temps à autre les jardinières pour faire pousser des plantes comestibles et d’agrément faciles à l’entretien : roquette, tournesols, fraises et tomates cerises (des écriteaux plantés dans les jardinières offrent des explications). Quand il ne pleut pas, les enfants peuvent jouer sur la terrasse. à d’autres moments, le potager sur toit donne lieu à des ateliers de travaux manuels ou à des cours de cuisine. Selon l’association, de façon plus générale, il faut envisager le potager comme l’occasion ou l’outil qui permet d’intéresser les enfants à la terre, à l’agriculture et à l’alimentation.

Déplacement des jardinières sur le toit du Soleil du Nord à Schaerbeek, 2015.

Le potager du Soleil du Nord est donc un lieu pédagogique, mais il n’est pas que cela. Sa définition peut être augmentée d’une autre dimension, celle des niches écologiques. En effet, notre curiosité a été attisée lorsque les jardinières ont été déplacées pour faire place au pavillon que se propose de construire une autre association de la commune, Jeunes Schaerbeekois au Travail – JST, association dispensant une formation professionnelle pour paveurs, aides-menuisiers et jardiniers17– afin de permettre une utilisation plus fréquente du toit. Depuis que les jardinières ont été déplacées, la prolifération de mousses et de lichens verts-gris-jaunes sur le béton exposé, et donc moucheté, est rendue évidente par le contraste qu’elle présente avec les carrés de béton pâle qui marquent l’ancien emplacement des bacs.

Sous les jardinières, le manque d’humidité avait inhibé la croissance des mousses et des lichens qui occupent le reste de la surface. Le toit nous apparaît alors sous un nouvel angle, comme un biotope composé de portions ou de niches plus ou moins accueillantes et soumises à des expositions contrastées au vent, au soleil et aux précipitations. Il faut savoir que tout toit est davantage soumis aux changements de température et d’humidité que ne le sont les milieux au sol, asphaltés ou de pleine terre18.

La déconnection de la pleine terre n’a pas que des effets paysagers, elle a des effets sur les caractéristiques écosystémiques des potagers sur toit qui entraîne leur vulnérabilité face aux variations du climat. Déposée dans des bacs, en élévation, la terre est retirée de son milieu plus large de résistance. Elle est aliénée. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas procéder de la sorte, mais du moins faut-il réfléchir à la question de savoir jusqu’où nous pouvons et voulons pousser la déconnection, l’amputation, l’aliénation de la terre, lorsque nous évaluons le potentiel des potagers sur toit. En outre, la découverte des mousses et des lichens vient complexifier l’alliance entre le potager et le béton armé. Si le béton est le requisit du potager sur toit, il devient aussi une terre d’accueil à part entière. Il offre des niches supplémentaires à la faune et à la flore spontanées.

Quelle est cette faune ? Cette flore ? Le lichen est la curieuse combinaison symbiotique de champignons et d’algues qui poussent sur les façades humides, ombragées et peu exposées au vent. Il s’épanouit sur les surfaces faiblement fréquentées et s’adapte bien au béton où seul le nettoyage au karcher arrive à l’éliminer19. Les mousses peuvent absorber jusqu’à vingt fois leur poids en eau et, laissées à elles-mêmes, elles forment des nappes extensives de texture verte et spongieuse. Elles ne poussent pas sur l’asphalte mais accrochent bien à la structure granuleuse du béton et de la brique. Certaines mousses et lichens (Bryum argenteum ou Ceratodon purpureus, par exemple), toutes deux plantes pionnières, se rangent dans la catégorie des biotopes rocheux. Elles sont capables de résister à des températures fluctuantes et de pousser sur une très fine couche de substrat arable, fait de spores, de graines, de poussières transportés par les oiseaux ou accumulés au gré des vents pour se loger dans les anfractuosités des toits.

Lichens incrustés dans le béton.

Ces matières et déchets organiques deviennent le lieu d’une vie prolifique20. Les papillons de nuit se nourrissent de lichens, les chauves-souris mangent les papillons de nuit, et ainsi de suite. De manière plus visible, les toits abritent des populations de pigeons, des pigeons bisets qui, au départ d’un habitat de falaises, ont parfois migré vers la ville (où aujourd’hui ils sont classés parmi les « nuisibles »). Pour ces pigeons, les saillies murales et les rebords de fenêtres ainsi que les toits et balcons sont comme autant de rochers dispersés dans un territoire largement façonné par les humains21. En somme, les toits de béton recréent de lointains échos aux falaises et à la montagne.

Il serait faux de dire que ce territoire qui mêle les agencements humains aux adaptations du vivant est inconnu des inventaires et des plans dressées par les administrations et les gestionnaires de l’environnement. Après tout, le potager du Soleil du Nord fait partie du « maillage vert » qui doit aider à maintenir, voire à favoriser la biodiversité à Bruxelles. Ce maillage, reconnu par les plans de gestion, instaure des corridors composés de fragments d’espaces plantés ou inondés, sur des hauteurs variables, afin de permettre à de nombreuses espèces animales de voyager, de se nourrir et de se reproduire22. Cependant, il est juste de dire que les plans n’insèrent pas systématiquement le potentiel des potagers sur toit dans ce maillage-là. Ils ne considèrent pas les réservoirs d’eau ni les tilapias de Foodmet comme parties intégrantes des niches et des corridors écologiques. En miroir, la promesse des toits high-tech se dessine comme plus étroitement économique ; elle ne s’intègre pas dans les considérations sur les biotopes diversifiés en ville.

Au final, les visites rendues au potager pédagogique, qui se révèle être aussi une niche écologique, esquissent les contours d’un archipel urbain où se mêlent les mousses dans les fentes d’un toit, les pousses de menthe sur le rebord d’un balcon, les tiges d’une glycine s’élevant sur une façade, ainsi que les insectes et animaux qui se branchent sur elles. La ville est traversée par l’entrelacs des végétaux vernaculaires et des espèces opportunistes mais aussi par la richesse des associations de quartier, des habitants et de leurs initiatives low-tech du quotidien. Un tel panorama peut sembler moins héroïque que celui présenté par les images futuristes des toits productivistes, mais chérir ces interstices germinatifs est crucial si l’on veut donner corps au potentiel pluriel des cultures sur toit.

En résumé, le toit de Soleil du Nord est bien plus branché sur l’existant que ne l’est le toit de Foodmet. Mais en rester là risquerait de caricaturer le propos. Nous sommes donc allé.e.s à la recherche d’un troisième potager sur toit, ni low-tech, ni high-tech, et avons visité un jardin d’artiste qu’on pourrait qualifier de laboratoire de quartier, sauf que le lieu est plutôt exclusif. L’enquête nous entraîne alors vers des questions sur la production de savoir et l’accès aux toits.

 

Toit Urban Bee Lab au sommet d’un parking dans le centre historique de Bruxelles, 2015.

Station expérimentale

Au sixième étage d’un immeuble de parking en béton armé situé dans le centre historique de Bruxelles, s’étend un jardin de 700 m² (0,07 ha). Il n’est pas repris par l’étude BRAT citée précédemment, mais figure sur le site de Google Maps comme seule toiture labellisée urban agriculture à Bruxelles (sans doute sur proposition d’un.e internaute). La mise en place du potager remonte à 2009. De la rue, seule une branche de figuier, qui dépasse du toit, en révèle l’existence. Aucune autre annonce ne le signale. On ne peut pas y accéder par le parking. Nous prenons donc rendez-vous.

Le lieu est étonnant. Des pelouses s’étendent sur plusieurs dizaines de mètres. Près de l’entrée, des arbustes et herbes s’agglutinent. Un système de capture des eaux de pluie parcourt le toit, sept ruches sont rassemblées dans un coin. Des plantes comestibles semblent se bousculer dans une végétation dense. Le fenouil pousse parmi la lavande, la sauge, le romarin, le thym, l’origan, la camomille, les haricots et les géraniums sauvages. Au pied d’une vigne, poussent des bouquets de menthe poivrée et de millepertuis. Il y a du lierre et de la bruyère ainsi qu’un olivier, un cerisier et un figuier. Tout cela pousse au ras du sol, ce qui ne manque pas de nous étonner. Où sont les racines ? Quid du poids ? Le toit est-il protégé ?

L’artiste-aménageuse nous explique qu’au départ les plantes poussaient dans des jardinières en bois, mais qu’elle a voulu en déverser le contenu sur le toit pour créer une plus grande continuité dans le jardin. Elle a dû protéger le toit des racines et de l’eau, en étendant puis scellant une membrane étanche, une natte de drainage et, en dernier lieu, une toile filtrante. Elle a fait transporter un substrat par camion souffleur jusqu’au sommet du parking. Elle évoque les billes d’agrégats d’argile expansé, de roches volcaniques, de débris de construction pulvérisés – plus ou moins les mêmes qu’à Foodmet – et de compost, qui résistent au compactage, qui retiennent l’eau et qui pèsent le moins possible sur la structure sous-jacente tout en favorisant l’éclosion spontanée d’une flore typique des friches industrielles tels le trèfle rouge, l’oseille commune ou le coquelicot23. Certes, elle n’ignore pas que la privation d’un écosystème étendu rend le potager vulnérable et énergivore, et elle ajoute même qu’une telle amputation appauvrit le sol. L’eau s’y évacue trop rapidement par des tuyaux de drainage qui mènent tout droit au réseau d’égouttage et, au bout, à la station d’épuration. Les micro-organismes, champignons et vers de terre24 ne peuvent évidemment pas se développer dans des substrats en billes mais de toutes les façons, même s’il s’agissait d’un terreau, ils ne pourraient s’adapter aux changements drastiques de température et d’humidité qu’ils y subiraient. Toutefois, fait-elle remarquer, nous raterions l’essentiel si nous nous en tenions à ces considérations-là. Le potager sur toit est avant tout un refuge et un lieu d’expérimentation. Nous voilà embarqué.e.s dans une nouvelle promesse…

Explorons la notion de refuge. Le toit, si on en prend soin, si on le cultive, si on en fait un toit-jardin, peut devenir une sorte de locus amoenus, c’est-à-dire un lieu idyllique situé hors de l’étreinte de la ville. Les sensations éprouvées communément en élévation peuvent y être renforcées au point de créer une nouvelle expérience en ville. En effet, sur ce toit, on ne peut s’empêcher de se sentir à la fois en sécurité et grisé. La vue à l’horizon, l’exposition au ciel et l’environnement sonore tamisé enveloppent le corps et les perceptions dans des impressions à la fois d’ouverture et d’intimité. Ils créent un moment de répit en même temps qu’ils nous connectent au reste de la ville bouillonnante mais perçue à distance. L’artiste nous explique qu’in fine le toit pourrait bien devenir un abri, un lieu de survie, et elle nous recommande le livre de Margaret Atwood, Le Temps du déluge (2009), qui évoque deux femmes survivant à une inondation et dont l’une observe la « fin du monde » depuis le refuge que lui offre son toit-jardin.

La sensation prégnante d’extraction vécue sur le toit est problématique, dans le sens fort du terme. Elle ouvre la voie à la prise en compte d’un tout autre potentiel que celui annoncé par la Ministre : l’immersion dans des environnements sensoriels rares, la fréquentation de lieux de retrait et de ressourcement, qui pourraient venir enrichir l’expérience urbaine ; le caractère partiellement amputé de ce biotope pourrait bien en faire la force. En même temps, il suffit d’évoquer ce potentiel et la référence au livre d’Atwood pour se rendre compte à quel point les potagers sur toit sont des lieux exclusifs. Ceux-ci requièrent non seulement des toits plats, du béton armé, des substrats et couches protectrices adaptées, mais ils requièrent aussi des droits d’entrée. Il y a de quoi s’inquiéter. Nous pourrions bien être en train de créer des refuges réservés à quelques humains privilégiés.

L’artiste en est consciente. Elle nous raconte l’histoire conflictuelle du potager dont l’installation a suscité des débats parmi les ingénieurs de l’entreprise à laquelle appartient le parking, qui ont finalement exigé la limitation du potager à un tiers de la surface totale du toit. Elle évoque des rapports parfois conflictuels avec les gestionnaires sur l’utilisation du toit. L’artiste organise des ateliers, prévoit des visites, mais n’aborde pas la question du partage de cet espace. Aborder le potentiel des toits ne peut pourtant se faire sans poser la question de savoir si ceux-ci pourront un jour devenir des espaces publics, si un partage négocié entre les habitants d’un îlot pourra être mis en place et si, de façon plus générale, d’autres droits que celui de la propriété privée pourraient y être appliqués.

Ceci étant dit, la notion de refuge telle que nous l’a fait découvrir l’artiste, demande aussi à ce que nous abordions les questions relatives à l’expérimentation. Car le refuge est par définition un lieu d’essais et d’erreurs, de prolifération et de conservation. Contrairement à ce qui se passe dans les serres de Foodmet, sur ce toit-ci, les expérimentations sont ouvertes et indéterminées. Elles s’enchaînent sans autre script que celui des occasions offertes par les événements du moment. Par exemple, lorsque l’artiste a dû sceller le toit, elle s’est retrouvée à inventer peu à peu, de fil en aiguille, un système de captation et d’écoulement des eaux. Lorsque les jardinières ont été abandonnées, les récoltes qui étaient initialement pesées et enregistrées, ont fait place à des collectes plus sporadiques et non documentées. Le script est ouvert et peut-être l’est-il parce que le potager a été conçu comme un lieu d’expérimentation. Revenons en arrière.

En 2009, lorsque l’artiste a installé le potager, elle le définissait comme un carnet d’esquisses. Elle y avait implanté des capteurs pour collecter des données relatives aux besoins des plantes et aux mouvements des pollinisateurs, et participait ainsi avec d’autres artistes et chercheurs, au projet « Brussels Urban Bee Laboratory ». Ce laboratoire étudie les écologies de ruches et de collecte de miel en ville à une époque où les abeilles sont de plus en plus menacées. Le potager fait donc partie d’un réseau de toits et de jardins bruxellois voués à l’observation des abeilles25. Les biocapteurs enregistrent le poids, la taille, la température intérieure et extérieure de la ruche ainsi que la quantité de miel récoltée. À travers le réseau bruxellois, douze microphones de contact fournissent des enregistrements audio de l’activité des abeilles. Loin de la vie et de la survie des abeilles, l’expérience est ensuite communiquée en ligne et à travers des expositions et œuvres artistiques.

La notion de refuge prend alors une autre coloration. Le toit peut abriter ces ruches et abeilles en raison de sa difficulté d’accès pour les humains. Sur les toits, les droits d’entrée et la négociation de l’accès deviennent des questions interespécifiques.

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Pour le dire de façon succincte, au cours de cette enquête, nous avons redécouvert que les toits sont bien plus qu’une enveloppe protectrice qui supporte toutes sortes d’équipements techniques généralement soustraits à la vue (antennes, paraboles, panneaux solaires, cages d’ascenseurs, aérations,…). Ils sont fréquentés par bien d’autres passages que celui des techniciens. Oiseaux, insectes, plantes, mousses, lichens,… et humains les habitent et les rendent porteurs de promesses écosystémiques. Lorsqu’ils sont plantés, ce sont des lieux dans lesquels la production de savoirs, de comestibles, peut coexister avec la croissance spontanée, des lieux où différentes économies et écologies de subsistance et de conservation peuvent s’accorder, des lieux où la redéfinition des partages de l’espace doivent s’inventer. À travers cette enquête, nous nous sommes mis.es à rêver des espaces low-tech (technologies de basse intensité), mais riches de toutes sortes de possibilités d’expérimentations et pourquoi pas aussi celle des sciences citoyennes, celle des laboratoires de quartier. L’une de nous se rappelle que le développement des lichens sur les toits suscite l’intérêt des lichénologues. Les variétés les plus résistantes de lichens – comme le jaune vif Xanthoria parietina et le blanc cassé Physcia grisea26– sont très sensibles au dioxyde de soufre et l’observation de leur présence ou absence permettrait aux lichénologues d’observer, de bio-surveiller, les niveaux de pollution en ville. Il y a donc bien des potentiels dans les 220 hectares évoqués par la Ministre. Réduire les toits à des lieux de production alimentaire à haute valeur ajoutée, fût-elle en circuit court, déconnecté de la ville au sol, ou à des lieux d’investissements technologiques, n’apparaît plus que comme bien pauvre et réducteur.

  1. Depuis 2014, selon le Règlement Régional d’Urbanisme (RRU : titre I, chapitre 4, article 13), tous les toits plats inaccessibles de 100 m² ou plus à Bruxelles doivent être aménagés pour accueillir des « toitures extensives ». D’un point de vue typologique, c’est la quantité de substrat permettant aux plantes de pousser qui constitue le trait caractéristique utilisé pour distinguer trois sortes de toitures vertes, toiture « jardin », « intensive » et « extensive » (critères défini par l’administration de l’environnement en Région de Bruxelles-Capitale, Bruxelles-Environnement : voir le site). Les toits ayant plus de 25 cm de substrat et où poussent des arbres sont appelés « toitures jardins ». Les « toitures vertes intensives » ont entre 10 et 25 cm de substrat. Seules ces deux catégories sont adaptées à la culture de légumes. La couche de substrat d’une « toiture extensive » est plus fine : 10 cm de substrats y suffisent pour que poussent de petites plantes grasses. Il faut préciser que ces dernières toitures sont très largement de couleur brune plutôt que verte, étant donné le type de végétation grasse à croissance lente capable de pousser dans si peu de substrat. « Toiture brune » est un terme adopté par certains techniciens pour éviter à la fois les associations avec le green washing et le désarroi concernant la couleur du toit. L’obligation de 2014, associée à une valeur nominative minimale de 100 m², exclut de nombreux toits plats plus petits, ce qui ne favorise pas la multiplication des installations de toits verts « extensifs » et, plus généralement, la diminution des coûts d’installation des toits plantés.
  2. L’Europe a accordé 1,2 million d’euros pour la toiture du Colruyt, voir les articles en ligne: la présentation du programme FEDER 2014-2020 sur le site internet du Service public Régional de Bruxelles [en ligne] et Pierre Vassart, « FEDER : cinquante projets à bâtir d’ici à 2020 à Bruxelles », Le Soir, 23 mai 2015 [en ligne].
  3. Voir Guillaume Guilbert, « Delhaize proposera des légumes produits sur le toit de l’un de ses supermarchés », RTBF Info [en ligne], 6 septembre 2016.
  4. L’information est disponible sur le site internet des abattoirs. Les 220 hectares annoncent donc un projet ambitieux dans lequel s’intègrent architectes, urbanistes, ingénieurs du génie civil et entrepreneurs. Des programmes politiques de primes et d’obligations sont lancés.
  5. Tout un ensemble d’entreprises offre des services spécialisés dans l’installation de toits verts à Bruxelles, et une recherche internet nous trouve « plaisir-vert », « jardinetoit », « plantdesign », ou encore « ecoworks ». Voir P.D.-D. et Julien Crépin, « Bientôt un potager sur le toit du Delhaize », La Dernière Heure (D.H.) [en ligne], 7 septembre 2016.
  6. BRAT, Eco Innovation et IBGE, Évaluation du potentiel maraîcher en Région de Bruxelles-Capitale, Rapport Intermédiaire, Phase II Inventaire des sites d’agriculture urbaine existants en Région bruxelloise, septembre 2013, p. 39 [en ligne].
  7. Ainsi deux jardiniers qui souhaitaient cultiver des légumes sur le toit du centre social l’Allée du Kaai, mis à la disposition du collectif Toestand par Bruxelles-Environnement, n’ont pas obtenu la validation de l’ingénieur de la Région concernant la stabilité nécessaire pour un toit vert. Nous avons souvent retrouvé ce scénario de toits plats jugés inadaptés. Cotylédon, par exemple, était un projet de ferme sur toit mené par deux agronomes, qui n’ont pas trouvé de toit adéquat. Des traces du projet peuvent être trouvées sur la page facebook de « 1000Bxl en Transition ».
  8. Le Béton armé, 1902, n°53, p. 73-75 et la biographie de Joseph Monier sur le site de « Jardin secrets » [en ligne]. Monier vécut de 1823 à 1906. Le brevet initial porte le n° 77 165.
  9. Interview de Michael Moradiellos, l’un des associés de BIGH.
  10. Voir la page Abattoir’s Urban Farm Pilot Project sur le site des abattoirs [en ligne].
  11. La NASA, souhaitant parvenir à faire pousser des aliments frais sur Mars, mène d’intenses expérimentations concernant cette méthode d’agriculture qui utilise l’eau comme substrat (en ligne sur le site de la Nasa).
  12. Louis Albright, professeur émérite d’ingénierie biologique et environnementale à l’université Cornell, s’est plongé dans les chiffres et a calculé que la culture de 500 kg de laitue hydroponique à Ithaca (New York) génère 4 kg de dioxyde de carbone ; les mêmes quantités de tomates en généreraient deux fois autant. Dans une culture en champ, le chiffre chute de deux tiers. Ce sont les combustibles fossiles utilisés pour éclairer, chauffer, refroidir qui rendent une ferme hydroponique si énergivore.
  13. Il suffit d’une recherche internet pour trouver de nombreux aperçus d’installations high-tech sur toit avec vue sur la skyline à Brooklyn, à Singapour ou à Bangkok. Voir aussi la communication à la première école d’été de l’agriculture urbaine de Bruxelles le 4 juillet 2016, par Eric Duchemin (UQAM) : « L’agriculture urbaine en Amérique du Nord : survol global et modèle de la ville de Montréal ». Voir aussi le mémoire en architecture « Agriculture urbaine : Les serres commerciales sur les toits » de Benjamin Muller (Université catholique de Louvain, 2015). Aucun des deux auteurs ne dénonce ce risque possible mais ils nous donnent tous les éléments pour le voir pointer.
  14. Règlement (CE) n° 834/2007 du 28 juin 2007 sur la production biologique et l’étiquetage des produits biologiques et abrogeant le règlement (CEE) n° 2092/91. Article 5a.
  15. Cf. Étude citée plus haut : BRAT, Eco Innovation et IBGE, Évaluation du potentiel maraîcher en Région de Bruxelles-Capitale, Rapport Intermédiaire, Phase II Inventaire des sites d’agriculture urbaine existants en Région bruxelloise, septembre 2013 [en ligne].
  16. Voir la présentation du Soleil du Nord sur le site de la commune de Schaerbeek [en ligne].
  17. Voir le site internet des jeunes schaerbeekois au travail. 
  18. Jamie Lorimer, « Living roofs and Brownfield Wildlife : towards a fluid Bio­geography of UK Nature Conservation », Environement and Planning A : Economy and Space, vol. 40, issue 9, 2008.
  19. C’est Lionel Billiet qui attira notre attention sur les lichens dans la ville lors de son intervention à Rue K (21 avril 2014), un espace situé rue Keyenveld à Ixelles et géré collectivement. Voir aussi Anne Pringle, « Establishing New Worlds : The Lichen of Petersham » dans Anna Tsing, Heather Swanson, Elaine Gan, Nils Bubandt (eds.), Arts of Living on a Damaged Planet, Ghosts of the Anthropocene, Minneapolis, University of Minnesota, 2017, p. 157.
  20. Gilles Clément, Le Belvédère des Lichens, Saint-Julien Molin Molette : Jean-Pierre Huguet éditeur, 2007.
  21. À propos des pigeons, voir Donna Haraway, Staying with the Trouble : making kin in the Chthulucene, Durham : Duke University Press 2016 et, plus généralement, voir Bernard Crutzen, Bruxelles Sauvage, faune capitale, 52 min., Bruxelles, Zistoires sprl, 2014.
  22. La carte du maillage vert peut être consultée sur le site de l’administration bruxelloise de l’environnement [en ligne].
  23. Voir par exemple le site Optigreen.
  24. Les vers de terre ont besoin d’au moins 12 cm de sol pour survivre (R. Francis & J. Lorimer, « Urban reconciliation ecology : the potential of living roofs and walls », Journal of Environmental Management, 92 (6) 2011, p. 1429-1437).
  25. Ce projet est une collaboration entre l’artiste, un informaticien du laboratoire d’intelligence artificielle de la VUB (Pr Bart de Boer, Vrije Universiteit Brussel) et le groupe de recherche sur la durabilité au Sony Computer Science Laboratory de Paris (Dr Peter Hanappe) (voir site). Au départ, à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau du potager dont nous rendons compte ici, le laboratoire avait établi un premier toit planté qu’il a finalement abandonné mais qui reste un important terrain de pollinisation pour les abeilles. Il s’agit du toit d’OKNO, au Quai des Charbonnages 34, à Molenbeek-Saint-Jean, où les plantes continuent de pousser. Le laboratoire est relié à un réseau européen d’« abeilles intelligentes », qui affirme travailler « à l’amélioration de l’environnement pour les abeilles et les humains en Europe ».
  26. Voir la page de Wikipédia consacrée au Lichen.
 
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