full
image
#666666
http://www.lyber-eclat.net/wp-content/themes/smartbox-installable/
http://www.lyber-eclat.net/
#5979e2
style1

L. Cahn C. Deligne N. Pons-Rotbardt N. Prignot A. Zimmer B. Zitouni

Terres des villes

Enquêtes potagères de Bruxelles aux premières saisons du 21e siècle

16. Rue Navez : terres de chemins de fer

Lyber

Bruxelles, Schaerbeek, gare du Nord, dans un train direction Ottignies. De part et d’autre des voies, l’on devine les néons des vitrines de la rue d’Aerschot, l’arrière des habitations de la rue du Progrès, des balcons, de petits jardins. Le nombre de voies prolifère. Des bosquets de buddléia, l’arbre à papillons, surgissent du ballast. Puis, le train emprunte la ligne 161 qui, à quelques centaines de mètres de la gare du Nord, bifurque à l’Est. Un court moment, le train longe des terrains à la végétation foisonnante, verte, jaune, écarlate. On y devine des carrés de terre, une table de jardin en plastique, un parasol, des filets verts (de ceux qui empêchent les oiseaux de venir picorer plantes, fruits et semences), des serres de fortune, des tuteurs, des saules, des herbes, des cerisiers, des ronces, des cabanes, des clôtures. Si on a le temps et le regard acéré, on y devine, selon les saisons, des bettes, des choux, des haricots… Ce sont les potagers du quadrilatère Nord, ceux de la rue Stephenson et de la rue Navez. Le train passe. Il s’engouffre dans le tunnel Josaphat.

Les filets verts des potagers Navez le long des rails de chemin de fer, en 2015.

 

Ces potagers sont tramés d’histoires qui récapitulent plus d’un siècle d’industrialisation du territoire. Ces histoires s’inscrivent dans la découpe des parcelles, elles sont palpables dans les accents et les langues qui s’y parlent, dans les plantes qui y poussent et qui y sont cultivées, dans les matériaux – les palettes, les bâches, les piquets – qui y sont utilisés, dans les façons dont est travaillée la terre. Certaines de ces histoires ont sédimenté. Elles définissent la composition chimique de ces terres. Aujourd’hui, dans les manières dont certain.e.s occupant.e.s des potagers de la rue Navez et les administrations qui ont pour charge leur gestion investissent ces lieux, des rapports divergents à ces histoires sont en jeu. Ces divergences dessinent des mondes, des manières d’habiter ces lieux, des attentions et des négligences, des manières de faire ou de défaire la ville, d’y composer avec ces terres et les pratiques diverses qui s’y déploient. Ces divergences sont susceptibles de mettre en péril la persistance ou la réactualisation des pratiques potagères, la réinvention des manières de composer avec les terres et les histoires dont elles héritent.

Car ces potagers embarrassent. Ils embarrassent la police, l’administration communale et le gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire. Sur ces terrains, des activités clandestines se déploient. Coincés entre les rails et les entrepôts de la rue Navez, soustraits à la vue des passant.e.s, des voleurs de câbles dépiautent les fils de leur gaine en caoutchouc pour récupérer le cuivre qu’ils contiennent ; d’autres se servent de ces lieux comme d’une décharge sauvage ; d’autres encore y élisent domicile ; d’autres enfin s’y injectent, à l’abri des regards, des doses d’héroïne. Mais depuis peu, même les activités potagères dérangent. Des analyses de terre ont montré que ces terres étaient polluées. Mais là où les autorités oscillent entre désengagement et désœuvrement, des jardinier.e.s s’appliquent à inventer de nouvelles pratiques, à tisser de nouvelles alliances – avec des biologistes, des plantes, des artistes, des écoles, des associations locales – pour apprendre à cultiver ces terres polluées.

 

Les terres du chemin de fer

Ces terrains apparaissent avec le train, au milieu du xixe siècle. Avant le train, il y avait des prairies marécageuses qui bordaient la Senne et le canal. Schaerbeek comptait de nombreux fermiers, des maraîchers, des meuniers. Des ânes y étaient élevés en nombre. Chargés de légumes, de griottes et de farines, ils allaient jusqu’au marché de Bruxelles où tout était vendu. « C’est ainsi que, confondant les âniers et leurs bêtes, on affubla finalement les Schaerbeekois du sobriquet d’âne1. » Tout du moins, c’est là l’histoire qui se raconte depuis longtemps2. Schaerbeek, aujourd’hui encore, est appelé la cité des ânes : Ezelstad3.

En 1835, à l’Allée Verte, le long du canal, non loin des actuels potagers, une foule se presse. Léopold Ier, roi des Belges, une partie du gouvernement, de nombreux consuls, des ingénieurs, dont Georges Stephenson (considéré comme l’inventeur du chemin de fer), sont présents pour inaugurer en grande pompe le premier tronçon d’une infrastructure sans précédent : le réseau public de chemins de fer à vapeur de Belgique. Il relie, sur une distance d’une vingtaine de kilomètres, Bruxelles à Malines et constitue l’amorce d’un réseau planifié bien plus étendu de plus de 560 kilomètres, une première mondiale. Entre 1841 et 1846, à quelques centaines de mètres de là, la première Gare du Nord est construite. Quelques années plus tard, en 1854, se greffent sur la première ligne de l’Allée Verte, une ligne en direction d’Ottignies, de Namur et du Luxembourg, puis, en 1856 une autre en direction d’Alost et de Gand Saint-Pierre. Le quadrilatère Nord est dessiné4.

Aujourd’hui, le quartier est empli de cette histoire de chemins de fer. Le contour des voies dessine en négatif celui des chaussées, des constructions et des potagers. La toponymie – rue Stephenson, rue James Watt – évoque les noms de ses instigateurs. Mais ce n’est pas tout. Le train suppose d’autres transformations, en surface et en profondeur, des territoires qu’il traverse.

Pour poser ces deux lignes de fer parallèles susceptibles d’accueillir des machines à vapeur mobiles, auxquelles sont attachés voitures, wagons et diligences, il a fallu aplanir le territoire, le terrasser et recouvrir les terres marécageuses. Les ingénieurs des ponts et chaussées ont pour tâche de coordonner les travaux. Pour la section Bruxelles-Malines, 186 000 mètres cubes de remblais provenant de déblais de la route et de l’acquisition de terres de prairies sont ainsi mobilisés5. Pour confectionner le ballast qui soutient et stabilise le chemin de fer, des sables des mines et des rivières, des blocailles, des débris de briques et de moellons sont charroyés. Pour traverser des terrains « humides, sourceux ou marécageux », cette « assiette » qui apporte stabilité est renforcée par des libages – de gros moellons grossièrement équarris – ou des fascines – du menu bois ou des branchages. La construction du chemin de fer suppose l’acquisition par les pouvoirs publics de nombreuses parcelles de terrain. Des terres sont expropriées. La loi du 17 avril 1835 organise les procédures d’expropriation « pour cause d’utilité publique6». Aujourd’hui, Infrabel, le gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire, est l’un des plus grands propriétaires fonciers de Belgique. C’est à cette société qu’appartiennent les terrains des potagers de la rue Navez.

En même temps que ces terres de surface sont redécoupées, charriées, expropriées, chargées de nouvelles fonctions, d’autres sont exploitées en profondeur. Il n’y a pas de chemin de fer, a fortiori à si grande échelle, sans l’extraction de milliers de tonnes de charbon de terre. À cette période, l’exploitation du chemin de fer – la seule mise en circulation des convois – requiert plus de 44 000 tonnes de houille par an7. Les lignes de chemin de fer du quadrilatère Nord, se situent non loin du canal de Willebroek, le canal qui relie Bruxelles à l’Escaut et au port d’Anvers. Ensemble, ils façonnent l’une des principales zones industrielles de la capitale. De grandes quantités de fumées s’y déversent.

Dans le cas particulier de la Belgique, le chemin de fer représente, par les liens nouveaux entre les localités que son réseau tisse, par l’activation, sur son territoire, des nouvelles puissances économiques de l’industrie, l’un des ciments explicites de la nouvelle nation8. Des contrées jusqu’alors séparées par plusieurs journées de transport ne le sont dorénavant plus que par quelques heures et ceci indépendamment – ou presque – des variations climatiques et saisonnières. C’est un autre point essentiel de cette histoire. Le chemin de fer participe d’une forme d’émancipation relative à l’égard des variations climato-météorologiques et des particularités des territoires traversés9. Peu importe qu’il pleuve, vente ou gèle : les rails offrent constamment une voie lisse et stable, le charbon alimente continuellement la locomotive. « Les passagers du train eurent de moins en moins besoin d’interagir avec le territoire qu’ils traversaient. Ils devinrent des spectateurs pouvant prendre plaisir à regarder le monde défiler10. » Du reste, les impératifs liés à la coordination d’un trafic de plus en plus dense déterminent la construction d’un temps standard. La multiplicité des heures locales, reposant pour la plupart sur l’elliptique solaire, est progressivement remplacée par un temps uniforme, cadencé par les horloges électriques. La loi du 29 avril 1892 ordonne à toutes les communes du territoire d’adopter le temps universel de Greenwich, dit encore « temps du chemin de fer11». « Le train promettait ce que ses passagers en vinrent de plus en plus à attendre : la sécurité et la régularité horaire d’un univers artificiel12. » Dérèglement généralisé des temps. Désormais, le train, le monde et les nécessités nouvelles qui lui sont liés redéfinissent les modalités d’appréciation du temps qu’il fait et du temps qui passe13. En même temps, la culture des plantes demeure soumise aux aléas météorologiques et aux rythmes des jours et des saisons. Les substances rejetées dans les airs par l’industrie se mêlent aux sols et au corps de ceux qui les inhalent, elles en altèrent durablement la composition. Les temporalités erratiques de leurs conséquences sanitaires et environnementales devenant difficilement saisissables face à la linéarité du temps qui, par la cadence des machines à vapeur, tendait à s’affirmer.

Redistribution des terres, redistribution des temps, redistribution des terres encore. Le chemin de fer offre à la ville la possibilité de s’étendre indépendamment de la diminution de « ses » surfaces agricoles. Il permet de les délocaliser. En d’autres mots, le chemin de fer (avec d’autres modes de transports permis, favorisés par l’économie des énergies fossiles) contribue à la transformation réciproque des villes et de leur hinterland14. Au milieu du XIXe siècle, dans le territoire qui constitue aujourd’hui la Région de Bruxelles-Capitale, entre 60 % et 80 % des terres sont cultivées. À la veille de la Première Guerre mondiale, plus de la moitié des terres des 19 communes bruxelloises le sont encore. Cette délocalisation n’a donc rien de strictement mécanique. En 1950 néanmoins, cette surface a chuté à moins de 13 % de la surface totale15. La ville concentre l’habitat et de nombreuses activités économiques. La campagne regroupe les activités agricoles et d’élevage permettant cette concentration urbaine. Le train, mais aussi les canaux et les ports qui s’y branchent, permettent l’extension et la multiplication des magasins, prédécesseurs des supermarchés. Une ville « hors sol » peut ainsi se constituer, du moins une ville qui peut négliger ou ne plus prendre soin de la fertilité des sols situés en son sein16. Aujourd’hui, seuls 8 % du territoire de la Région sont consacrés à des activités agricoles. C’est ailleurs que l’on cultive. En face des potagers Navez, de l’autre côté des voies, se situent les entrepôts de plus de 32 000 m2 du centre européen de fruits et légumes. Près d’un million de tonnes de fruits et de légumes y transitent tous les ans. Ils proviennent de nombreuses régions de la planète pour emplir les étals des épiceries et des supermarchés de Bruxelles.

Gouverner ces terres, occuper le terrain

L’exploitation du chemin de fer requiert également un réaménagement des espaces qui le bordent et des usages qui s’y déploient. La loi sur la police des chemins de fer du 15 avril 1843 les subordonne à l’impératif de son exploitation sans entrave17. Elle établit des distances aux voies en deçà desquelles il est interdit, sans autorisation du gouvernement, de planter des arbres – 20 mètres pour les arbres à hautes tiges ou de déposer de matières combustibles ou de conserver des toits en chaumes ; 6 mètres pour les autres arbres et les têtards – ces arbres que l’on étête pour favoriser les repousses supérieures – ; 8 mètres pour les amas, les dépôts de pierre, les bâtisses et autres formes de construction. L’article 5 stipule que « le gouvernement pourra, lorsque la sûreté des convois ou la conservation du chemin de fer paraîtra l’exiger, faire supprimer, moyennant indemnités préalables, à fixer de gré à gré ou par justice, les plantations, bâtisses, constructions, excavations ou dépôts qui existent actuellement dans [ces] zones ». Cette loi, sur certains points assouplie, est reconduite en 189118. C’est elle qui, aujourd’hui encore, conditionne le gouvernement de ces terrains.

Les rails, les potagers et la rue Navez, 1930-1935.

Les baux d’occupation de ces terres ont dès lors un statut particulier. Infrabel loue d’ailleurs moins ces terrains qu’elle ne les « donne à occuper ». Les « autorisations d’occupation précaire » qui en réglementent les modalités d’occupation ne tombent pas « dans le champ d’application des différentes lois relatives aux baux à loyer […] reprises au Code civil19». L’impératif de l’exploitation du chemin de fer ne peut souffrir des servitudes et obligations liées à ces baux ordinaires. Un préavis de trois mois suffit à l’exploitant de l’infrastructure pour mettre fin à ­l’occupation ; les dommages résultant de l’exploitation du chemin de fer ou de travaux relatifs à l’infrastructure ferroviaire ne peuvent donner lieu à plainte ou indemnisation ; l’occupant est tenu de veiller à ce que la végétation demeure sous la limite imposée par la loi de 189120.

Il est difficile de dater précisément les débuts de la mise en culture des potagers de la rue Navez. Sur les photographies aériennes des ­années 193021, on perçoit les découpes de parcelles potagères, ainsi que quelques bâtisses, probablement des cabanes de jardiniers. Les deux ­entrepôts de la rue Navez sont déjà érigés. En face, de l’autre côté des voies, en lieu et place de l’actuel centre européen des fruits et légumes, on distingue les infrastructures de l’usine à gaz de Bruxelles qui a fonctionné jusqu’en 1963. Plus loin ce qui ressemble à des ateliers d’usines. Sur les photographies aériennes de 1953, la qualité de l’image est moins bonne. Des voies de chemin de fer ont été retirées, d’autres déplacées. Une bâtisse imposante est apparue. Il s’agit d’un local technique de la Société nationale des Chemins de fer belges (SNCB) abritant un transformateur. L’électrification des trains se généralise. En 1971, friches et terrains de football ont remplacé les installations industrielles qui se trouvaient de l’autre côté des voies. En 1996, les photos sont en couleur. Le centre européen des fruits et légumes s’est implanté, les sols ont été recouverts d’asphalte. Du côté des potagers, seuls quelques arbres encore portent des feuilles brunes, ocres, nous sommes à la fin de l’automne. La presque totalité des parcelles semble occupée. Leur délimitation est nette, des cabanes de-ci, de-là. La terre y est nue. En 2016, les quelque quatre-vingts arbres qui bordaient la partie ouest des potagers sont abattus afin de dégager le terrain pour la construction par Infrabel d’un nouveau transformateur servant à alimenter le réseau ferroviaire.

Aujourd’hui, hormis depuis un pont de la rue Navez, il est difficile d’apercevoir ces potagers d’un autre endroit que du ciel ou du train. De la rue Navez, des entrepôts les dissimulent. Pour y accéder, il faut passer une barrière métallique puis emprunter un chemin de terre recouvert de gravillons. Sur ce chemin, contre la renouée du Japon qui colonise les talus, ou contre les premiers arbres et la vigne vierge qui les recouvrent, s’accumulent fréquemment des sacs remplis d’ordures et des déchets divers – meubles, gravats de chantier, plastiques, déchets électroniques. Il faut continuer encore un peu, puis emprunter un petit sentier sur la gauche pour découvrir enfin les premiers potagers.

Une parcelle des potagers de la rue Navez en automne, 2016.

 

Une vingtaine de parcelles de tailles inégales découpent ce territoire. Ensemble, elles recouvrent une surface approximative de 1,2 hectare. Il y a celle où cultivent Serge et Chantal, celle de Marcial aux hautes clôtures barbelées, celle de la commune de Schaerbeek attribuée au « Programme de Prévention urbaine22» (PPU), celle bien plus grande et plus récente, recouvrant cinq à six anciennes parcelles (18 ares) de la section horticulture de l’Institut Frans Fischer qui forme de futurs horticulteurs. Il y a celles encore de Clémentine, qui s’adonne à la permaculture ou de l’ASBL De Kriekelaar dont le projet vise à réintroduire le griottier pour lequel Schaerbeek était réputé. Des Belges d’origine italienne, marocaine, kurde, espagnole, turque, wallonne et française, la population présente sur ces potagers condense près d’un siècle d’immigration en Belgique23.

En 2013, Infrabel met un terme aux « autorisations d’occupation précaire » qu’elle délivrait jusqu’alors aux occupants des potagers. Les raisons invoquées sont diverses, mais manifestent une volonté de simplifier ou de se débarrasser de la gestion de ces terrains. Infrabel est alors en pleine restructuration. L’État lui demande d’effectuer 2,1 milliards d’économies en 5 ans. Dans ces conditions, un représentant de la société confie que ce qu’il considère désormais comme ne relevant que du seul « sociétal » est désormais secondaire. Toute activité jugée non productive pour l’entreprise semble bonne à céder. Le poste de la personne chargée jusqu’alors de vérifier le bon respect des conventions signées avec les occupant.e.s est supprimé.

Au même moment cependant, l’échevin des espaces verts de la commune sollicite l’Institut communal d’enseignement technique Frans ­Fischer pour créer une section d’horticulture. La commune rencontre des difficultés pour recruter des ouvrier.ère.s horticoles compétent.e.s. Or, la superficie des terrains communaux arables n’est pas suffisante pour accueillir les activités pratiques des enseignements nécessaires à cette section. Simon, enseignant à l’Institut et responsable de la conception de la section horticulture, débusque ces terrains par le ciel, via Google map. Il s’y rend. De nombreuses parcelles semblent libres. Infrabel serait d’accord de remettre ces terres en location si la commune se charge de les prendre en gestion. Les négociations avec la commune ne sont pas faciles. Celle-ci hésite. Le terrain est enclavé, soustrait de la vue des riverains, de nombreuses ordures et immondices le jalonnent, des actes de « vandalisme » y sont constatés, des cabanes sont régulièrement mises à feu. La commune demande des garanties à Infrabel, notamment la clôture des potagers. Dans les potagers, les jardinier.e.s s’organisent. Ils cherchent à occuper le terrain, à densifier les relations qui s’y tissent, à rendre les activités qui s’y déploient plus consistantes, à rendre évidente et nécessaire la reprise de ces terrains par la commune. Des ruches de la Société royale d’Apiculture belge sont installées. L’ASBL De Kriekelaar investit les lieux et plante, dans le cadre de son projet « La légende du cerisier », quelques griottiers. Un grand nettoyage du site est organisé. Deux jours durant, des jardinier.ère.s, des habitant.e.s du quartier, des ami.e.s vont se relayer pour ramasser et regrouper l’énorme quantité de déchets qui jalonnent ces terrains. Plus d’une tonne de déchets divers sera ainsi collectée. En même temps, les négociations avec la commune continuent. Les arguments pour la convaincre s’aiguisent. Les jardinier.ère.s font valoir qu’une occupation pérenne des lieux aurait pour effet de réduire les actes de vandalisme qui s’y produisent. Le responsable de la section d’horticulture affirme que la constitution durable d’une section d’horticulture est tout bonnement impossible sans ces terrains. Enfin, le maintien de la parcelle du « Programme de Prévention Urbaine », le soutien aux activités culturelles susceptibles de s’y déployer, ainsi que le « sauvetage » de potagers presque centenaires, pourraient bénéficier à l’image de la commune et, aussi, à celle de l’échevin des espaces verts.

Au final, la convention entre Infrabel et la commune est signée. La redevance annuelle d’occupation est fixée à 1 euro par an. Dans le quotidien La Libre Belgique, sous le titre : « Les potagers de la rue Navez sauvés », l’échevin aux espaces verts se félicite de cette reprise : « Il est essentiel de permettre aux citoyens de réaliser un retour à la nature en ville via une activité qui permet de se réapproprier le sol et de se rappeler l’importance d’une alimentation de qualité24. »

Suite au désinvestissement d’Infrabel, à la situation d’incertitude qui lui a succédé et à la non-reprise de certaines parcelles abandonnées, une partie des jardins est en friche lorsque la commune reprend la main. ­Désireuse de les mettre à disposition de ses habitant.e.s, elle met en place une liste d’inscription. Cependant, plutôt que de reprendre les découpes des parcelles abandonnées, le géomètre de la commune a pour mission de quadriller les parcelles délaissées en sections plus petites, de 15 m2. L’objectif défendu par l’échevin n’est pas tant la remise en culture de ces jardins que leur transformation en des lieux d’agrément et de convivialité. L’alternative qui préside à ce choix est relativement simple. Considérant que ces terrains n’offrent pas la possibilité de produire des aliments en quantité suffisante pour subvenir au besoin d’une famille, il convient de privilégier la détente, le plaisir25. Le « retour à la terre » évoqué dans le discours de l’échevin et repris lors de nos entretiens par son chef de cabinet, demeure pris au sein de l’alternative entre la production utile ou les loisirs. Cette alternative et le quadrillage des potagers qui l’incarne imposent donc un cadrage qui restreint drastiquement les manières de composer avec ces terres.

Pour autant, l’Institut Frans Fischer trouve là les terrains nécessaires pour exercer ses élèves aux métiers de l’horticulture. Les jardinier.ère.s, dans les limites des baux précaires qui conditionnent leur occupation, sont rassurés quant à la possibilité de continuer à cultiver ces terres. Entre 2014 et 2015, d’après certain.e.s jardinier.ère.s, il semble que les actes de vandalisme aient drastiquement diminué.

Cette dynamique est cependant ébranlée par la divulgation des résultats des analyses de sol commandées par la commune : les sols sont pollués. En conséquence, la commune recommande à chaque jardinier.ère de mettre un terme à ses activités potagères26. De nombreuses parcelles sont alors abandonnées. La réappropriation des sols évoquée par l’échevin atteint ici une autre de ses limites, elle semble exclure une possible réappropriation de terres polluées.

Terres polluées. Déserter ou se réapproprier l’histoire

Avant ces analyses, la faculté agronomique de Gembloux avait déjà effectué les analyses de la parcelle sur laquelle s’est établie la section d’horticulture. Une pollution en plomb et en zinc avait déjà été détectée. Sur la base de ces premières analyses et pour se prémunir de l’attribution d’une quelconque responsabilité à l’égard de l’origine de ces pollutions, la commune avait décidé d’approfondir les investigations. D’après les nouvelles analyses, sur certaines parcelles, les valeurs relevées dépassent les valeurs dites d’intervention. Ces valeurs fixées par l’ordonnance de 2009 désignent le seuil au-delà duquel « les risques pour la santé humaine et/ou l’environnement sont considérés comme non négligeables et un traitement de la pollution est requis27».

Ces résultats font bégayer les représentants d’Infrabel. Ils cherchent à se dédouaner d’encourager quelque activité potagère que ce soit sur ces terres polluées. Ils recourent notamment à une sorte de lapalissade en considérant qu’en l’absence de leur reprise dans le classement des terrains pollués de l’administration régionale de l’environnement, ces terres ne le sont pas. Par ailleurs, Infrabel ne met ni terres polluées ni jardins potagers à disposition, mais des « zones vertes d’agrément28». La question de la responsabilité à l’égard d’éventuelles conséquences liées à ces pollutions est en effet ambiguë. L’art. 24 de l’ordonnance relative aux sols pollués n’indique qu’une responsabilité liée à la production de la pollution, non à ses effets, sanitaires ou autres, potentiels.

Mais d’où provient cette pollution au zinc et au plomb ? Certains évoquent les pollutions engendrées par le trafic ou l’infrastructure ferroviaire – les matières transportées, l’usure des freins, les déchets industriels constituant le ballast et l’origine, industrielle elle aussi, des terres de remblais, la créosote, ce puissant herbicide et insecticide qui recouvrait jusqu’à il y a peu encore les traverses de train pouvant constituer autant de sources potentielles. D’autres encore mentionnent les émanations industrielles des usines alentour, les retombés des gaz d’échappement des voitures qui jusqu’il y a peu encore, contenaient du plomb, ou encore les engrais phosphatés utilisés par les potagistes eux-mêmes. Difficile de déterminer une source et corollairement un responsable pour cette pollution ; ces terres sont héritières d’un monde, un monde industriel, un monde de trains et de charbon qui a dessiné les contours des potagers de la rue Navez, de ce monde et de ses nombreuses ramifications. Ces terres imposent un constat. Les terres de nos villes – mais de nos campagnes aussi – sont imprégnées du siècle industriel passé, elles sont pleines de cette longue histoire et de ces nombreuses transformations matérielles qui y ont sédimenté.

Quelles terres sont aujourd’hui épargnées par les pesticides, les engrais chimiques, les pollutions lourdes ? Comment hériter aujourd’hui de cette ou de ces histoires ? On nous propose généralement des « solutions » pour régler ces « problèmes » de pollution des sols. Elles sont plutôt radicales et prennent essentiellement trois formes : dépollution par remplacement, traitement physico-chimique des terres, ou gestion du risque par confinement, lequel peut par ailleurs simplement consister à la pose d’un film géotextile étanche au-dessus duquel des cultures en bacs remplis de terres importées peuvent s’effectuer. Dans tous ces cas, il faut retirer ou se détacher des terres et les remplacer par d’autres, jugées saines. On ne sait donc pas encore soigner ces terres, mais seulement les évacuer ou s’en éloigner.

Pour les jardinier.ère.s, ces résultats tombent comme un couperet. Ils les reçoivent sous leur forme d’énoncé diagnostic. Un énoncé orphelin des possibles qu’il serait susceptible d’ouvrir. L’absence de traitement curatif pour ces sols pourrait signer la fin de toute activité potagère. En l’absence de propositions constructives, les analyses de sols actent une certaine impuissance des acteurs auxquels elles s’adressent. Le diagnostic qu’elles portent n’est donc « pas simplement in-formatif, il est trans-formateur ; il transforme chacun.e des acteurs et actrices impliqué.e.s, mais aussi leurs relations29».

Au regard de ces effets dévastateurs, certain.e.s jardiniers et jardinières questionnent ces analyses. Si on ne sait pas trop quoi en faire, on ne sait non plus pas trop de quoi elles sont faites. L’objectivité dont elles se parent a tendance à masquer le fait qu’elles incorporent de nombreux implicites, qu’elles sont le fruit de nombreuses négociations. Ces dernières portent tout d’abord, sur la manière dont les terres analysées ont été prélevées. La localisation des forages a été déterminée à partir d’une analyse prospective suspectant certains endroits d’être plus pollués que d’autres. En d’autres mots, il est fort possible que les échantillons prélevés soient d’une teneur en polluants supérieure à celle des terrains qui n’ont pas subi d’analyse. Ces questions s’étendent à d’autres aspects des analyses. Quels outils ont été utilisés pour prélever ces terres ? Comment et selon quel protocole les analyses en laboratoire ont-elles été effectuées ? De quelle manière, les valeurs seuils qui déterminent « le caractère tolérable ou non des risques pour la santé humaine et pour l’environnement30» ont-elles été déterminées ? Et puis que signifie cette tolérance qui leur est associée ? L’opacité qui entoure ces analyses, les rend dès lors suspectes, du moins oblige-t-elle celles et ceux qui y sont confronté.e.s à ne pas les prendre pour argent comptant, à vouloir les discuter. Que valent ces valeurs ? Pourquoi nous paralysent-elles au lieu de nous fournir de quoi apprendre à composer autrement avec ces terres ?

On pourrait s’étonner du fait que les potagistes ne réclament pas ici davantage de sécurité sanitaire31. Ce qu’ils réclament c’est qu’on leur laisse la possibilité de tenter de composer avec ces terres polluées, de trouver les moyens d’en hériter autrement qu’en les abandonnant, d’expérimenter des manières de cultiver sur des sols pollués. En d’autres mots, ce qu’ils demandent c’est de peupler de possibles les diagnostics de pollution associés à ces terres. À l’heure où les terres polluées en ville sont presque la règle et où, en même temps, l’impératif d’une alimentation durable et la nécessité corollaire de redéployer une agriculture urbaine constituent un enjeu pour de nombreux.ses acteur.trice.s institutionnel.le.s, il semble urgent d’encourager, de relayer, de nourrir ces questionnements. Comment sinon, des savoirs et des pratiques nouvelles peuvent-ils émerger pour se saisir des terres polluées que notre histoire nous a laissées ?

De façon très pragmatique, des jardinier.ère.s tissent des alliances avec une série d’acteurs pour qui les questions qu’ils mettent en jeux sont jugées pertinentes. Ils se tournent tout d’abord vers le Laboratoire d’Écologie végétale et de Biogéochimie de l’Université Libre de Bruxelles, qui, en collaboration avec le Centre d’Écologie urbaine de Bruxelles32, expérimente depuis peu des techniques de dépollution des sols par phyto­extraction33. Cette collaboration implique une plante, Noccaea caerulescens, le tabouret calaminaire, bleuâtre ou « des bois » selon ses différents noms vernaculaires. Cette plante est considérée comme une plante hyperaccumulatrice de métaux, car elle est susceptible de capturer de grandes quantités de zinc ou de cadmium dans son appareil foliaire. Depuis trois ans que ces essais se déroulent, les ingénieurs biologistes relèvent une baisse significative de zinc dans les sols où se déroulent ces expérimentations34.

Tract annonçant une rencontre des jardiniers au jardin Navez, 2017.

Ces collaborations permettent aussi de forger et de faire circuler des connaissances nouvelles relatives aux types de cultures compatibles avec ces sols pollués. Le plomb, par exemple, migre peu dans les légumes. Le tabouret ne le capte pas. Les jardiniers apprennent en revanche à ne point trop cultiver de plantes de la famille des choux ou des « légumes feuilles » qui ont tendance à capter plus facilement les métaux présents dans les sols, et à préférer la culture des légumes fruits. La culture en bac, isolée des terres, est discutée. La section d’horticulture l’a mise en œuvre. D’autres potagistes récusent ce procédé au motif des difficultés pratiques à le mettre en place, de son coût et de la coupure des liens avec le sol qu’il implique.

Ce que nous apprennent aussi ces expériences des potagers Navez, c’est que pour produire ces savoirs, pour élaborer ces nouvelles pratiques, la collaboration, les connaissances, l’intérêt et l’attachement de ceux qui se trouvent sur le terrain sont primordiaux.

Mais certains potagistes ne s’arrêtent pas là. Ils ont compris que ce qui se joue ici ne se réduit pas à une problématique de terres polluées et que si leurs activités ont été rendues fragiles par ces diagnostics, c’est aussi que l’occupation de ces terres demeurait encore insuffisante. Les cabanes qui brûlent, le déchargement illicite d’immondices, l’héroïne font peur. En même temps, tout ceci signale aussi une certaine forme d’abandon de ces terres. Comme pour la pollution, plutôt que de considérer ces problèmes comme insurmontables ou comme des problèmes en soi, déliés de tout ce qui favorise leur survenue, ils se proposent au contraire de les remettre en relation, de les investir, de tenter d’activer des liens susceptibles de les déplacer. Ils viennent notamment d’obtenir le soutien de Bruxelles-Environnement (l’administration régionale de l’environnement et de l’énergie) dans le cadre des appels à projets des initiatives citoyennes collectives et durables. Leur projet « Navez possible(s) » vise à produire les moyens de participer pleinement d’une revitalisation du quartier. Des collaborations avec de nombreuses associations – pour l’accompagnement des usages de drogues, pour l’éducation à la nature par l’art, pour l’organisation de journée de formation pour la culture, mais aussi de moments festifs – tissent ces nouvelles trames des potagers. Il s’agit de faire des potagers de la rue Navez un lieu de réflexion et d’expérimentation, un lieu où les habitant.e.s du quartier, leurs ami.e.s, leurs visiteurs et visiteuses apprennent ensemble à se réapproprier la ville et ce qui la fait.

Coda

Depuis l’écriture de la première version de ce chapitre, l’histoire des potagers de la rue Navez a connu de nouveaux rebondissements. D’autres analyses de pollutions des sols et des eaux y ont été menées. De l’amiante y a notamment été trouvé. Dans l’attente de résultats complets liés à ces analyses, toute forme de culture et d’occupation y a été interdite. La section d’horticulture a quitté le terrain, pour un autre, plus petit, moins ensoleillé. Le 17 septembre 2017, une réunion d’information s’est tenue dans les bâtiments de la commune de Schaerbeek. Elle réunissait certains représentants de la commune dont l’échevin des espaces verts, les membres du collectif « Navez possible(s) » et des employés d’Infrabel. Ces derniers sont venus présenter les résultats définitifs des analyses de pollution. Il y eut un moment où les occupants des potagers purent commencer à se réjouir. Selon ces études, le risque était jugé « tolérable » pour la pollution du sol au plomb, aux huiles minérales et à l’amiante. Cependant, un nouveau polluant faisait son apparition et compliquait déjà l’affaire. Le trichlorométhane (CHCl3) générait un risque jugé non « tolérable » pour les activités potagères, mais tolérable pour d’autres formes d’occupation. Bruxelles-Environnement, l’administration régionale en charge du suivi de ces études, décide, suite à ces résultats, de lever l’interdiction d’accès au site et demande à Infrabel de procéder à l’évacuation de la totalité des matériaux contenant de l’amiante. L’entreprise détaille ensuite les sommes qu’elle a déjà investies dans ces lieux – comprenant la mise en place d’une clôture, le retrait des dépôts clandestins (en prenant soin de ne pas évoquer le travail de bénévolat des potagistes), le placement de caméras, la procédure d’expulsion des Roms (constituant une ligne budgétaire comme une autre) etc. – en les imputant, sans évoquer leur lien fort avec la construction de leur nouveau transformateur, à la présence des activités potagères. Finalement, évoquant la charge financière et le renforcement, depuis les attentats de 2016, des mesures sécuritaires, Infrabel annonce la fermeture définitive des potagers. Plus aucune personne étrangère à son personnel ne pourra se rendre sur le terrain.

  1. Notice consacrée à l’âne sur le site de la commune de Schaerbeek [en ligne].
  2. Sur une certaine « invention de la tradition » et sur la façon dont ces histoires de culture façonnent l’identité des communes et participent d’une réappropriation de leur culture en ville, voir le récit 15 : « Chicons, Choux, Griottes », p. 261 et suivantes.
  3. La plate-forme d’information du même nom (en français, « la cité des ânes ») recense de nombreuses activités schaerbeekoises « d’autonomie locale et de coopération locale » dont les activités d’agriculture urbaine se déployant dans la commune.
  4. Pour le détail des voies constituant l’infrastructure ferroviaire, voir le site internet de BelRail, un site dédié au « monde ferroviaire belge ». Ces voies portent aujourd’hui respectivement les numéros 25, 161 et 50.
  5. Pierre Simons et Gustave De Ridder, Le chemin de fer belge, ou recueil de mémoires et devis pour l’établissement de chemin de fer d’Anvers et Ostende à Cologne, Bruxelles, Lacrosse et compagnie, Imprimeurs-éditeurs, 1839, iiie édition, p. 43 ; Désiré Tack, Le Railway national de Belgique, Gand : Imprimerie de F. C. Backeljau, 1840, p. 49.
  6. Voir par exemple, Jules Gendebien, Législation et Jurisprudence des chemins de fer de la Belgique. 18341858, Bruxelles, Bruylant-Christophe et Cie, 1858, p. 34-40.
  7. Estimations effectuées à partir de Alphonse Belpaire, Traité des dépenses d’exploitation aux chemins de fer. Ouvrage rédigé d’après les ordres du département des travaux publics de Belgique, sur les données officielles fournies par l’administration des chemins de fer de l’État, Bruxelles, Librairie polytechnique, 1847, p. 93-97, 264.
  8. Greet De Block, « Designing the Nation : The Belgian Railway Project, 18301837 », Technology and Culture, 52.4, octobre 2011, p. 703732.
  9. Contrairement à ce que le caractère condensé de notre récit pourrait laisser suggérer, cet enrôlement généralisé du charbon n’a rien eu de simple ou d’évident. Ce sont de nombreux agencements composés de technique, de savoir-faire, d’institutions bancaires et de crédit, de législation qu’il a fallu faire et défaire pour que le charbon puisse devenir cette nouvelle « source d’énergie », ce carburant essentiel des sociétés européennes du xixe siècle jusqu’à nos jours. Pour le cas de la Belgique voir Alexis Zimmer, Brouillards toxiques. Vallée de la Meuse, 1930, contre-enquête, Bruxelles, Zones Sensibles, 2016, chapitres 4 et 5.
  10. William Cronon, Nature’s Metropolis, New York-Londres : W. W. Norton & Co, 1991, p. 78 (notre traduction).
  11. Karel Velle, « Les chemins de fer belges et l’unification du temps », dans Le Temps du Train, p. 74.
  12. William Cronon, Nature’s Metropolis, op. cit., p. 79 (notre traduction).
  13. Cette standardisation des temps ne s’est pas opérée sur simple décision souveraine. Elle est davantage le fruit d’une foule de négociations et d’ajustements politiques, industrielles, techniques et savantes. On pourra se référer au livre de Peter Galison, L’Empire du temps. Les horloges d’Einstein et les cartes de Poincaré, Paris, Gallimard, « Folio-Essais », 2006, pour en apprécier les enjeux et les conditions matérielles très concrètes.
  14. Voir la démonstration magistrale de William Cronon, op. cit. Les campagnes ne sont pas ce sur quoi la ville n’a pas (encore) eu d’emprise ; elles sont des produits réciproques.
  15. Michel de Waha, « Quelques éléments sur la vie rurale dans les environs de Bruxelles au xixe siècle », in : Arlette Smolar-Meynart et Jean Stengers (dir.), La région de Bruxelles. Des villages d’autrefois à la ville d’aujourd’hui, Bruxelles, Crédit Communal, 1983, p. 314-329.
  16. L’imperméabilisation progressive des sols urbains, pour la construction des habitats, l’optimisation des circulations humaines, la compartimentation des infrastructures souterraines (égouts notamment) et la neutralisation des miasmes, participent pleinement de cette destruction des sols de la ville. Sur ce sujet voir, pour la ville de Bruxelles, Benedikte Zitouni, « Perméabilité ou imperméabilité des sols urbains : fabriquer une filiation entre un mouvement éco-politique actuel et l’action des hygiénistes de la fin du xixe siècle », Revue de l’institut de sociologie, n°1-4, 2013, p. 97-111 et Ananda Kohlbrenner, Eaux, égouts et débordements à Bruxelles (18502015), Partie 2, chapitre 3 : « Pavé, Macadam et asphalte : l’imperméabilisation des boulevards bruxellois », Thèse en cours à l’Université Libre de Bruxelles. Voir également la thèse de Germain Meulemans, The lure of pedogenesis. An anthropological foray into making urban soils in contemporary France, Universités de Liège et d’Aberdeen, 2017.
  17. Jules Gendebien, Législations et jurisprudence des chemins de fer de la Belgique. 18341858, Bruxelles, Bruylant Christophe et Cie, 1858, p. 47-52.
  18. Loi du 25 juillet 1891, révisant la loi du 15 avril 1843 sur la police des chemins de fer. 
  19. Extrait de l’autorisation d’autorisation précaire signée entre Infrabel la commune de Schaerbeek pour l’occupation des potagers de la rue Navez.
  20. Voir pour un commentaire de ces contrats F. Frison, « Le domaine du chemin de fer », Le Rail, septembre 1969.
  21. Voir le site de l’application BruCiel qui permet la visualisation simultanée de photographies aériennes de l’ensemble de l’agglomération bruxelloise pour plusieurs périodes historiques.
  22. Programme de prévention non policière de la délinquance de la commune de Schaerbeek.
  23. Manoëlle Vanschepdael, Dynamique d’exploitation d’un site potager urbain : le jardin du quadrilatère de Bruxelles-Nord, Mémoire de master en science et gestion de l’environnement, Université Libre de Bruxelles, 2009, p. 37.
  24. La Libre Belgique, 12 mai 2014.
  25. Entretien avec Cédric Mahieu, chef de cabinet des échevins du CDH (Centre démocratique humaniste) de la commune, 27 novembre 2015.
  26. Courrier de la commune remis aux occupants des parcelles, 25 juin 2015.
  27. Chapitre 1er, art. 3. Ordonnance relative à la gestion et à l’assainissement des sols pollués, 5 mars 2009. Région de Bruxelles-Capitale.
  28. Entretien avec les représentants Infrabel, 8 novembre 2015.
  29. Katrin Solhdju, L’épreuve du savoir. Propositions pour une écologie du diagnostic, Paris, Éditions Dingdingdong, 2015, p. 9.
  30. Art. 18 de l’Ordonnance relative à la gestion et à l’assainissement des sols pollués, 5 mars 2009. Région de Bruxelles-Capitale (cf. supra).
  31. Cf. Récit 9 « Homborch : l’intrigante formule du professeur Higa », p. 163.
  32. Le Centre d’Écologie urbaine est un « laboratoire associatif d’activités environnementales » qui a encadré et organisé des ateliers et des actions sur les sols pollués (opération Tournesol), notamment en faisant le lien entre acteurs académiques et acteurs associatifs autour de projets de phytoremédiation.
  33. Nous devons tout particulièrement au bio-ingénieur Arnaud Jacobs du laboratoire d’écologie végétale et de biochimie de l’ULB, de nous avoir explicité les enjeux, moyens et problèmes spécifiques liés à cette méthode. On pourra notamment se référer à Arnaud Jacobs et alii, « Phytomediation of urban soils contaminated with traces metals using Noccaea caerulescens », Environmental Science and Pollution Research, vol.24, 2017.
  34. La solution de phytoextraction n’a cependant rien de miraculeux. De nombreuses incertitudes demeurent concernant les capacités de cette plante à dépolluer des sols plusieurs années successives. Mais surtout, cette plante ne fait que « déplacer » les problèmes de pollution du sol vers ses feuilles. Que faire des feuilles chargées de zinc ou de cadmium ?
 
WP-Backgrounds Lite by InoPlugs Web Design and Juwelier Schönmann 1010 Wien