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L. Cahn C. Deligne N. Pons-Rotbardt N. Prignot A. Zimmer B. Zitouni

Terres des villes

Enquêtes potagères de Bruxelles aux premières saisons du 21e siècle

13. Pays de Haren : mémoires réactivées

Lyber

Récolte du witloof, 1935

« Les habitants de la région sont impuissants et sans histoire face à de tels ravages1. » Cette phrase est rédigée par un historien amateur qui écrit régulièrement des articles pour des revues de folklore, le plus souvent avec détachement et curiosité, traitant de faits remontant à quelques siècles. Mais cette fois-ci, en 1976, l’historien se penche sur les transformations qu’a subies son propre village depuis l’annexion à la Ville de Bruxelles en 1921 et il est visiblement en colère. Il décrit les suites de l’annexion comme une série de ravages occasionnés au « pays » [streek] : l’implantation de dépôts, de lignes ferroviaires, du premier aéroport de Bruxelles ainsi que les projets de développement économique n’ont amené qu’expropriation et déconsidération. Les habitant.e.s et leurs terres ont été ignoré.e.s voire méprisé.e.s par la Ville.

Les villageois parlent, quant à eux, du « pays dévasté2» [verwoeste gewesten] et refusent ainsi de se déclarer les habitants de l’hinterland ou du « deuxième District de Bruxelles3», comme le voudrait l’Administration. Ils habitent le pays dévasté et, souligne l’auteur, une partie de leur drame consiste en ce qu’aucune histoire de leur monde natal ne subsistera. En plus d’être impuissants politiquement, car non représentés dans les assemblées (puisqu’annexés et numériquement trop faibles pour y avoir des représentants de poids4), ils n’arriveront jamais à faire exister leur monde, populaire, agricole, face à celui qui leur est imposé et qui est, à leurs yeux, urbain et bourgeois. Leur histoire n’a pas été écrite, ni enregistrée. Il ne leur reste plus que des souvenirs et réminiscences.

Se doutant bien de la faiblesse argumentative que présentent ces souvenirs et de l’indifférence que ceux-ci susciteront chez les jeunes générations, l’auteur tente néanmoins d’évoquer le pays natal qui est, selon lui, vieux de quelques siècles. Il en fait l’étude anthropologique en décrivant – sur la base de souvenirs et de carnets d’enfance5– les pratiques agricoles, les clubs colombophiles, les interactions des villageois avec l’aristocratie locale, les rites de fiançailles et de mariage, les liens étroits qui unissaient les fanfares et les partis politiques, les rapports entre l’école et l’église, les métiers variés, ainsi que l’arrivée du pétrole et de la mécanisation dans le village au début du XXe siècle. Ces descriptions sont logées dans un paysage que l’auteur dresse au début de l’article avec, avoue-t-il, de la nostalgie :

« C’est non sans mal du pays que je repense au village de mon enfance. Haren était une perle transmise du temps des Autrichiens. Avec d’autres villages situés au nord des faubourgs, il formait un immense jardin de maraîchage d’où partaient, tous les matins, des cargaisons entières de légumes à destination des marchés bruxellois. Je vois encore toutes ces femmes partir pour les criées portant sur la tête des paniers remplis de carottes, de poireaux, de céleris et de salades6. »

Cet immense jardin a disparu. Le pays des légumes et des criées sera vite oublié et, dit l’auteur, rajoutant là une réflexion à la fois technique et politique, il est condamné à l’être parce que son existence pleine et riche jetterait de l’ombre sur l’histoire conquérante de la Ville. Celle-ci est censée avoir annexé des terres où, en gros, il ne se passait rien ou du moins rien qui vaille la peine d’être maintenu, ménagé ou ne fût-ce que transmis et rappelé. Les institutions d’archivage s’en tiennent au passé de la Ville et de l’État, notamment par la collecte des plans d’urbanisation, et ils ne laissent aux régions annexées que le folklore et l’oralité. Bref, les habitants du pays dévasté sont triplement fragilisés : leur territoire a été annexé et il risque d’être oublié et il doit l’être pour ne pas déranger le récit conquérant de la ville qui s’étend inéluctablement.

Un détour

Les témoignages et réflexions de J. E. Davidts sur l’histoire de Haren font écho à ceux des habitant.e.s des Premières Nations [First Nations] – nous les appellerons ici les peuples premiers7– et plus particulièrement à ceux de Plenty Coups, un Crow de l’Amérique du nord maintes fois repris et cité par les historiens états-uniens. Plenty Coups conclut son autobiographie, parue en 1930, ainsi : « Quand le bison est parti, le cœur de mon peuple est tombé à terre et personne n’a su le relever. Après, plus rien ne s’est passé8. » Plenty Coups, tout comme Davidts, définit le pays en termes de rapports d’économie, de subsistance et d’interdépendance : il y a le bison ; il y a les criées. Les deux auteurs évoquent leur attachement et la tristesse ressentie à voir leur territoire disparaître ainsi : « le cœur est tombé », dit Plenty Coups ; « l’âme s’est perdue9», dit Davidts. Enfin, tous deux situent l’histoire comme ayant eu lieu avant la conquête. La conquête marque la fin et non le début d’une civilisation. Autrement dit, le récit du pays ne s’écrit plus ni en marge ni en creux de l’histoire officielle et majoritaire, mais il prend une consistance qui lui est propre.

L’écrivaine féministe et états-unienne Ursula Le Guin formule ainsi ce besoin d’auto-consistance : « S’opposer à une chose, c’est la maintenir. Il faut se rendre ailleurs, se donner d’autres buts, afin d’apprendre à parcourir un chemin différent10. » Rien ne sert de raconter la conquête si on ne double pas celle-ci du récit des mondes tangents, ceux qui ont été et qui auraient pu être, mais que la conquête a engloutis, ceux qui pourraient encore advenir, si du moins leur histoire a été et continue d’être transmise. Il ne s’agit donc pas de commémorer les mondes engloutis mais d’apprendre à apprendre d’eux11. Concrètement, pour le récit qui suit, constater la disparition du maraîchage ne suffira pas. Il faudra tenter d’évoquer le pays de façon à ce qu’il soit actif ou puisse être réactivé aujourd’hui, ne fût-ce que partiellement et à tâtons. Afin de bien saisir en quoi peut consister une telle évocation, il est utile de prolonger davantage le détour par les peuples premiers. Reprenons le fil et ajoutons deux échos.

Le Guin a probablement appris à se méfier d’une opposition isolée, frontale, sans tangentes, grâce aux témoignages d’Ishi dont Alfred et Theodora Kroeber, ses parents, étaient les dépositaires. Ishi est le dernier survivant des Yahi. En 1911, à l’âge de 50 ans, en bout de course, lorsque toute sa famille est décimée, il quitte les montagnes du Sierra pour rejoindre les Blancs et leur confier l’histoire du peuple perdu. Il aide à inventorier les collections du musée ethnographique de l’Université de Berkeley et il collabore avec les Kroeber qui, chacun à leur façon, transmettent son récit : le père sous forme d’études scientifiques ; la mère sous forme de récits biographiques12. Ce sont ces derniers qui nous poussent à penser que Le Guin a appris d’Ishi (et de sa mère) la force des témoignages et réminiscences provenant des pays engloutis. Ces récits regorgent de détails sur les attachements et le territoire des Yahi. Ils mettent en avant la richesse perdue et relèguent au second plan les Blancs qui deviennent simples annonciateurs de la fin ou, après-coup, potentiellement, vecteurs d’une continuité partielle et incertaine. En cela, les récits biographiques d’Ishi font écho aux livres de Le Guin, mais aussi aux ­témoignages de Davidts.

Autre écho. Aujourd’hui, près du port d’Anvers, un peuple premier tente de sauver si ce n’est leur pays, au moins l’histoire de celui-ci13. Il s’agit des habitants des villages agricoles situés sur la rive gauche de ­l’Escaut voués à être expropriés pour cause de compensation écologique. Les autorités portuaires projettent de construire un bassin sur des réserves naturelles et elles ont convaincu aussi bien les écologistes que le Gouvernement flamand de déplacer ces réserves sur les terres agricoles avoisinantes. Celles-ci se trouvent dès lors expropriées, inondées et transformées en refuges pour oiseaux migrateurs, au grand désarroi des agriculteurs. Comment la nature des écologistes peut-elle venir remplacer leur polder qui est le résultat de huit siècles d’entretien des eaux et des digues ainsi que de pratiques agricoles adaptées ? Comment peut-on croire qu’une réserve ou toute autre terre imprégnée de pratiques et d’histoires, fussent-elles d’oiseaux migrateurs et d’ornithologues, peut être déplacée ?

Ces questions et d’autres encore, notamment sur la compétition entre les ports, sont soulevées dans un livre de Chris De Stoop paru en 2015. Le journaliste y rend compte de l’enquête qu’il a menée dans la région inondée dont il est originaire. Il décrit le désastre et son pays natal ainsi :

« L’annonce de l’expropriation a créé une rupture totale avec le passé paysager de ces terres qui ont été récupérées de la mer depuis le XIIe et le XIIIe siècle et qui, depuis, n’ont jamais cessé d’être cultivées. […] [Et il se souvient :] Le polder avait l’air si fertile, si essentiel, et destiné à continuer pour toujours. Ce qui me fascinait était le métissage entre la culture et la nature au sein duquel tout était engagé et relié. Le polder était plein d’histoires. Il était comme chargé d’une importance mythologique14. »

Le pays est nature-culture. Il est métissage. Il ne se définit pas tant par son passé séculaire que par ce fait très particulier qu’il est pensé, raconté et porté par ceux et celles qui l’occupent en des termes d’attachements et d’interdépendances15. En ce sens, le pays s’oppose à toute logique d’atomisation et de substitution territoriales. Les pratiques y sont conçues dans une logique de continuité : il faut entretenir les interdépendances ; les terres doivent être transmises. Le peuple, quant à lui, n’est premier que parce qu’il s’est positionné vis-à-vis de la conquête : il a tant bien que mal survécu à celle-ci et refuse de lui donner le dernier mot ; il revendique l’attachement aux mondes engloutis et œuvre à transmettre leur richesse.

Suivant une telle conception territoriale et le détour par les peuples premiers, il n’est pas insensé de penser qu’aujourd’hui à Bruxelles nous puissions relayer l’effort mené par Davidts et les habitants du pays dévasté de Haren, en réactivant la richesse oubliée16. Car se dessine là une promesse : la possibilité d’apprendre à parcourir des chemins différents. Repeupler d’histoires ces territoires bruxellois qui ont été annexés, marginalisés et invisibilisés nous aidera peut-être à mieux faire face à la conquête actuelle, à l’expansion et à l’uniformisation urbaines qui sont, plus que jamais, à l’œuvre. Travailler la mémoire permettra peut-être de revendiquer une pluralité de territoires ici et maintenant, que ces territoires soient indigènes, populaires ou autres encore. Bref, il est utile de tenter de saisir par où peut passer et passe encore la richesse des anciennes terres annexées. Sans oublier pour autant le désastre sur fond duquel la réactivation a lieu.

Le désastre

Les chercheurs qui s’intéressent à Haren disent tous que le village a été malmené17. Afin de le prouver, ils passent en revue les infrastructures que l’État et la Région ont implantées sur les terres annexées. Se dessinent alors les contours de ce qu’on pourrait appeler le dépotoir, la zone de relégation ou les coulisses de la capitale, pour peu que l’on précise qu’un village avoisinant est également concerné – il s’agit de Neder-over-Heembeek qui a été, lui aussi, annexé en 1921 et que nous évoquerons entre les lignes, ici et là – et pour peu qu’on ajoute que la conquête démarre avant l’annexion dès la fin du XIXe siècle. Nous esquisserons le désastre en trois temps, selon que l’imposition provienne des infrastructures ferroviaires et aériennes, des entreprises publiques et privées avec leurs dépendances, ou de la prison à haute capacité dont le projet (contesté) est en cours aujourd’hui.

Premier temps. Entre 1880 et 1900, Haren perd une part considérable de ses terres agricoles pour l’installation d’une des plus grandes gares de formation du pays (à laquelle s’ajoute, en 1920, sur des terres contiguës, l’atelier des voies où Infrabel mène aujourd’hui le travail de soudure et de traitement des rails18). Il s’agit de la gare de formation Schaerbeek-Josaphat qui, contrairement à ce que suggère son nom, est principalement située à Haren, et dont le terrain est actuellement en friche et au cœur d’une lutte19. Sachant que quatre lignes ferroviaires traversent Haren (les lignes de 1835 vers Malines, de 1867 vers Louvain, de 1907 vers Anvers, de 1926 vers Halle), on peut dire que les ravages sont introduits par les chemins de fer. En 1915, sur les terres à la frontière de Haren et d’Evere, l’occupant allemand installe un aérodrome qui est ensuite repris par l’État20. Le projet d’agrandissement de l’aérodrome ainsi que la procédure d’expropriation des terres sont entamés par le Gouvernement en 1937, mais sont interrompus par la Seconde Guerre mondiale qui voit l’inauguration en 1940, par l’occupant, de l’aérodrome de Melsbroek21, à quelques kilomètres de là. En 1949, les deux aérodromes cèdent la place à l’actuel aéroport de Zaventem. Celui-ci fait maintenant l’objet d’âpres débats, principalement sur la distribution inégale des nuisances sonores du trafic aérien. Une étude publiée en 2016 confirme que Haren est un des lieux les plus exposés de Bruxelles22, comme en témoigne cet Harenois :

« Pendant la journée, c’était toutes les trente secondes le décollage, et pendant la nuit tous les quarts d’heure. Avec DHL, la nuit, on était debout à quatre heures. Tout le monde, les chiens hurlaient. C’était intenable. Et puis on a déplacé DHL. Ça s’est arrêté. Bon, on entendait encore le ring [l’autoroute] mais c’était tout23. » [Comme il l’explique, les infrastructures se font sentir bien au-delà de leurs limites physiques :] « À cause des vibrations de train et d’avion, les maisons se fissurent et s’affaissent. Elles vieillissent beaucoup plus vite ici qu’ailleurs. Il ne faut pas oublier que le sous-sol est marécageux ici. Le pays du witloof [chicon] est un pays humide. Ce n’est pas du schiste ici-bas. Ça bouge, comme un château de sable24. »

Nous n’avons pas pu vérifier ses dires mais nous le citons parce qu’il nous permet de saisir – et quiconque s’y rend le sait – qu’aujourd’hui Haren est cet ancien village de Bruxelles hanté par le paysage dans lequel il est logé. Survolé par les avions, encerclé par les autoroutes, traversé par les chemins de fer, Haren fait bel et bien partie du pays dévasté. Mais le désastre ne s’arrête pas là. Passons au deuxième temps.

Sur l’ancien site de l’aérodrome de Haren, aux côtés de la SABCA25présente sur le site depuis 1920, se dressent depuis 1966 les quartiers généraux de l’OTAN et, depuis 1975, le zoning de recherche Da Vinci.

L’aérodrome à Haren, entre 1915 et 1949.

Les entreprises actives présentes sur ce site sont Banksys, Hewlett-Packard, Honeywell, Johnson & Johnson, Texas Instruments et d’autres encore. Elles peuvent compter sur l’appui de CityDev, l’agence régionale de développement foncier qui gère le zoning. Puis, en 1979, Haren perd 33 hectares de terres agricoles supplémentaires pour l’installation du dépôt de bus du réseau régional des transports en commun (STIB). D’autres dépendances régionales parsèment les terres annexées, telles l’incinérateur des déchets26et la seconde station d’épuration des eaux usées installée à Haren en 2007. Aujourd’hui encore, la Région compte y implanter le centre de tri de la poste27et le nouveau dépôt des métros qu’elle construit à Haren plutôt qu’à l’autre extrémité des lignes qui se trouvera dans les quartiers aisés de la ville28. Finalement, que dire de la facilité avec laquelle Decathlon a pu inaugurer, en 2016, un de ses plus grands magasins au monde, à Haren, et non pas à Evere comme le suggère le nom du magasin ? Décidément, il y a là un déni systématique du lieu. Les habitants disent qu’ils subissent un « enclavement29» et que Haren est devenu une vraie poubelle30. Par là, ils signalent la présence des dépendances régionales mais aussi – et c’est un fait classique de l’injustice environnementale31– l’absence des services censés être fournis par ces mêmes dépendances. En effet, Haren sert de dépôt à la STIB mais la desserte en transports en commun y est plutôt médiocre. Haren fait partie de la ville mais les espaces de récréation ainsi que les écoles

Affiche réalisée par des habitants de Haren lors d’une séance des Ateliers Urbains en 2014.

secondaires, situés à l’extérieur de Haren, sont difficiles d’accès (notamment parce que les bus sont peu fréquents32). Bref, qualifier Haren de zone de relégation n’est pas une exagération. Et ce n’est pas fini. Suit le troisième et dernier temps de l’esquisse.

Aujourd’hui, la seule étendue naturelle et en friche de Haren, pour partie des anciens pâturages, risque de disparaître après l’installation de la nouvelle prison à grande capacité (1 190 détenus). Les Harenois.es l’ont appris par hasard : la prison ne sera pas construite sur le seul site des anciennes usines de papier-peint de Wanson comme le leur avait annoncé l’État33, mais elle recouvrira quasi l’entièreté du Keelbeek et du parc Millenium. Ces terres ont été rachetées par l’État qui veut y rassembler les détenus dans une infrastructure construite et gérée par un consortium privé et libérer ainsi, en parallèle, les sites des anciennes prisons du centre-ville pour le développement immobilier34. L’État préfère cette solution à celle qui aurait consisté à renouveler l’ancien bâti carcéral et à maintenir les détenus au centre-ville près des familles, associations et établissements judiciaires. La maxi-prison est très impopulaire35. Pourtant, comme pour ajouter l’insulte à l’injure, l’État persévère en déclarant qu’il envisage la délocalisation du centre ouvert pour demandeurs d’asile, le Petit-Château, actuellement situé en plein centre-ville (844 places d’accueil), vers la périphérie. L’opération est exactement la même : le terrain du Petit-Château serait investi par le secteur immobilier et les réfugiés seraient transférés vers les terres annexées36. Autant dire que ces terres continuent à servir de coulisses. Le désastre est en cours.

Une question s’impose. Face à la convoitise de l’État et de la Région, pourquoi la Ville de Bruxelles n’a-t-elle jamais défendu les intérêts de Haren comme elle aurait dû ou a pu le faire pour d’autres portions (annexées) de son territoire ? Pourquoi Haren est-il systématiquement le parent pauvre de Bruxelles ? Nous croyons que la réponse tient aux tensions et luttes entre territoires de classe. Les classes ne luttent pas pour le territoire – comme si celui-ci était un os ou un bien qu’on s’arrache – mais plutôt, elles impliquent des territoires et productions territoriales. Les classes ne s’arrachent pas le territoire pour la simple raison qu’elles sont elles-mêmes dotées de territoire. Elles fabriquent et défendent leur territoire. En l’occurrence, la bourgeoisie bruxelloise a voulu étendre ses quartiers urbains, agglomérés, alignés, taxables et profitables dans les terres annexées37. Mais à Haren, elle n’y est jamais parvenue.

En effet, malgré les tentatives de planification et d’installation du tissu urbain au cœur du village c’est-à-dire de redressement des rues, d’alignement des façades, de destruction des arrière-cours, d’uniformisation des parcelles et de mise en vente de celles-ci, seule une petite partie des plans urbains a été réalisée. La volonté d’urbaniser Haren pour l’« embellir38» semble s’être heurtée au crack boursier de 1929. Ensuite, au début des années 1970, lorsque la Ville a voulu s’en prendre à Haren au nom de la lutte contre la « taudification 39», ce sont les nuisances sonores des avions qui semblent l’avoir fait hésiter. Bref, ce que certain.e.s ont qualifié de territoire « vernaculaire40» a subsisté à Haren. La ville bourgeoise n’a pas réussi à faire aboutir l’annexion, à urbaniser le village à son image, et c’est pourquoi elle ne l’a finalement jamais défendu. À ses yeux, seuls comptaient et comptent encore les quartiers urbains redressés, embourgeoisés et présentables41.

Précisons ce dernier point sur la cécité territoriale. À cause de l’échec de l’urbanisation, les rapports entre la Ville de Bruxelles et Haren ont été marqués par le mépris et la cécité de classe qui faisaient dire à ce bourgeois bruxellois de 1928 que « les Bruxellois ne visitent guère la brousse qui s’étend d’Evere à Haren42». Tant que Haren n’était pas urbain, il n’était rien. Aujourd’hui encore, la Ville hésite entre deux conceptions : zone à développer ou zone de relégation43, qui présupposent toutes deux l’absence de territoire au sens fort du terme, c’est-à-dire d’un territoire habité et digne d’intérêt. Elle n’est pas la seule à le faire. Les militants et chercheurs déclarent eux aussi qu’à Haren, après tant de ravages, rien d’intéressant ne subsiste plus44. La cécité est donc tant celle produite par une classe qui méprise la « brousse » – et on ne comprend rien aux rapports des classes si on ne tient pas compte des perspectives de classe c’est-à-dire des territoires prisés et ignorés, visibles et invisibilisés – que celle produite par le désastre lui-même. Ou faudrait-il dire : par notre fascination pour le désastre ?

Nous qui enquêtons sur Haren, que nous soyons harenois ou pas, courons toujours le risque de ne plus voir que le désastre. C’est un effet automatique de toute enquête menée dans le pays dévasté. Nous avons les yeux rivés sur les infrastructures, les expropriations, et nous ajoutons, comme s’il s’agissait d’une double injustice, qu’en contrepartie Haren n’a même pas eu droit à un aménagement urbain digne de ce nom. Mais nous oublions de préciser qu’en réalité c’est l’embourgeoisement qui n’a pas pris et que ce fait, relativement rare, change la donne. Les nouveaux habitant.e.s, si on peut les appeler ainsi45, n’évincent pas les ancien.ne.s. Les occupant.e.s post-annexion ne s’installent pas sur la table-rase qu’aurait été le village dignement urbanisé. Plutôt, ils et elles se font les passeurs d’une continuité partielle et incertaine. Lorsqu’ils s’engagent dans la vie locale ou qu’ils décrivent leur quartier, ils activent les bribes du passé. Certes, ils sont peu nombreux à le faire mais leurs actions, leurs récits, laissent suffisamment de traces pour qu’on puisse dire aujourd’hui qu’à Haren, l’annexion n’a pas été oubliée. La culture populaire46n’a pas disparu. Nous déplaçons alors le regard et découvrons les tangentes au désastre.

Survivances

Sur son site-web, le comité d’habitants de Haren met à disposition des archives, articles de presse et rapports d’expertise. Parmi ces documents se trouve la brochure d’exposition Chiconville de 1979 qui porte sur la lente dégradation des conditions de vie dans le village et qui, en conclusion, appelle les Harenois non pas tant à refuser le changement qu’à se libérer de l’emprise du fatalisme :

« C’est comme un poison lent. Au début tu ne le remarques pas et, de toutes les façons, on n’arrête pas le “progrès”. Viennent les chemins de fer et les industries et cela ne t’inquiète pas car ils amènent le travail. […] [Des décennies plus tard :] Tu t’es habitué aux avions [et] aux mauvais trottoirs ; tu attends l’installation d’une piscine ou d’une salle de sport ; tu vois les jeunes quitter Haren […] et soudain tu ouvres les yeux et tu te rends compte que le village est encerclé. Tu réalises qu’ils ont profité de toi, de vous. […] [En outre] ils continuent à faire des projets sans demander votre avis. Tu as du mal à t’en remettre. Tu as la nausée. Le courage vient à te manquer : “Il n’y a plus rien à faire”, “tout est perdu”. Le poison t’a presque entièrement envahi. Mais quelque chose résiste, se révolte en toi. Tu ne veux pas et ne peux pas abandonner cette chose qui te tient à cœur. Tu vis ici. Tu te rends compte que telle était donc leur stratégie : ne rien te dire et te poser devant le fait accompli ; t’occuper avec des futilités jusqu’à l’épuisement [ndl : sachant bien que tu resterais]. Tu te sens un peu plus fort à présent : dorénavant, tu exigeras de connaître les tenants et aboutissants. […] Et puis, tu te dis qu’en réalité tout n’est pas perdu. Tu es content qu’ici ils n’ont pas tracé des boulevards rectilignes ni posé des buildings ; ici c’est petit, c’est familier, [c’est différent]47. »

On peut y lire une incitation, somme toute classique, à la mobilisation. Ce ne serait pas faux. Le texte a été rédigé par une travailleuse socio-culturelle qui était supposée aider les Harenois.es à créer un projet de quartier et à poser les bases d’un nouveau centre culturel (de wijkcomité ou comité d’habitants verra le jour en 1980, De Linde ou « Le Tilleul » en 198548). Aujourd’hui, l’auteure de la brochure se rappelle comment elle s’était alors heurtée à une mentalité qu’elle qualifie de villageoise, c’est-à-dire une mentalité cadenassée par les appartenances aux piliers catholique et socialiste, ainsi qu’aux clans de propriétaires, dont les maraîchers, qui ne pensaient qu’à défendre leurs propres intérêts fonciers. « C’était différent du reste de Bruxelles49», se souvient-elle. Au final, peu de temps après son arrivée, une fois l’expo terminée, elle quitte Haren, découragée. Pourtant la brochure n’a pas disparu. Elle circule encore. Elle n’est pas un énième pamphlet militant pour la simple raison que sa prose poignante marque ce moment improbable, ce tournant, où l’échec de l’urbanisation bruxelloise a été acté, revisité et valorisé.

Valoriser l’échec ne veut en aucun cas dire que les habitant.e.s se sont replié.e.s sur eux-mêmes ou qu’ils ont manqué d’ambition – étiquettes que l’on attribue trop facilement à ceux et à celles qui résistent à l’avancée urbaine – mais qu’au contraire une poignée d’entre eux s’est mise à chercher et à qualifier un territoire autre, entre ville et village, en marge des ravages. En témoignent les discussions menées avec quelques Harenois.es à l’occasion d’une exposition photo et d’un festival militant récents50; discussions enregistrées par l’association Bruxelles Nous Appartient qui, depuis 2000, agit comme une archive sonore de l’histoire dite mineure de la ville51. En témoignent aussi les articles et vidéos postées sur le site TV Haren animé par un journaliste passionné depuis 201152. Le territoire harenois tel qu’il se dégage de ces témoignages, tel qu’il est observé par des habitant.e.s qui y sont né.e.s ou qui viennent de s’y installer, est un territoire où se mêlent les quelques avantages offerts par les grandes infrastructures, en particulier les chemins de fer, avec les avantages, plus prisés encore, des terres en friche, des potagers et des lieux non urbanisés. Ce territoire est ce qu’on pourrait tout simplement appeler un territoire recomposé.

Dans leur description, les habitant.e.s mettent en scène non pas le village, mais les survivances et les coexistences contrastées. Ils évoquent les moutons rencontrés sur le chemin de la gare – « et dix minutes plus tard, en train, on est à la Grand-Place [en plein centre-ville]53! » – mais aussi, d’une traite, sans distinction, les chiens, les chevaux et les scouts des environs qui se rendent sur les terres en friche du Keelbeek. Les rubriques « Biodiversité » et « Faune » de la télévision locale ne cessent d’être alimentées par des découvertes et observations faites par les habitant.e.s concernant les renards, hérissons, grues, lézards, araignées, faucons, merles, choucas, salamandres, grenouilles, papillons, libellules, hiboux, chauve-souris, lapins et bien d’autres animaux encore. Sans parler des plantes. Une naturaliste en vient à se dire que les prairies sèches et les marécages du Moeraske (réserve naturelle de 14 hectares longeant la Gare de formation en partie sur Haren) ont subsisté dans l’ombre et grâce à l’arrivée des grandes infrastructures54. Celles-ci, après avoir clivé le paysage, seraient devenues en quelque sorte des vecteurs de recomposition biotique. Voici ce qu’en dit la naturaliste :

« Au Moeraske, il y a des curiosités comme l’alysson blanc, une plante qui vient de la région des steppes et des herbes rases et dont les graines nous arrivent par les chemins de fer. Ou le séneçon sud-africain qui a été introduit par le commerce de la laine avec l’Afrique du Sud, d’abord à Verviers et puis le long des canaux et autoroutes. Dès qu’il y a une surface dénudée, il s’y trouve. Ce sont des plantes envahissantes ; et il y a aussi les plantes rares comme celle qui se développe maintenant dans les anciens ballastes des chemins de fer. Ce sont toutes des petites choses nouvelles qui nous arrivent et qui suscitent notre enthousiasme. […] [Plus tard, elle réfléchit avec un autre naturaliste bénévole aux effets du bruit.] [Lui :] Ça n’a pas d’effet sur la nature. Nous, on s’arrête de parler quand l’avion passe, mais les oiseaux continuent à chanter. [Elle, en riant :] Les grenouilles répondent même quand il y a un avion ou un train qui passe. [Lui :] Ça ne veut pas dire que c’est le nec plus ultra mais une bonne partie de la faune semble s’en accommoder. [Elle :] D’ailleurs, c’est un peu grâce aux chemins de fer qu’on a le Moeraske. [Lui :] Ah, oui, ça, c’est clair. Sans les chemins de fer et leur zone tampon, c’est certain que tout ici aurait été urbanisé55. »

Tou.te.s les habitant.e.s ne sont pas devenu.e.s des aficionados de la faune et de la flore locales, pas plus qu’ils ne sont devenus les spectateurs béats des ravages présents et passés, mais quelques-uns ont pris le désastre à bras-le-corps et ont appris à voir et à apprécier ce qui s’est créé, ce qui a réussi à subsister, en marge des installations. Ils ont intégré les survivances à la définition même de leur quartier. Certains vont jusqu’à réactiver le passé de maraîchage dans une série télévisée sur les cultivateurs de chicon intitulée « Une mémoire de Haren56». D’autres, au café Toogenblik (L’instant/comptoir), organisent des fêtes qui, contrairement aux fêtes de consommation, sont faites maison au sens où elles mobilisent les savoir-faire de théâtre, de chant et de musique détenus par des amateurs en tout genre. L’un des organisateurs précise que, pour lui, l’enjeu est la récupération de l’art populaire : « En une ou deux générations, ça s’est perdu. Maintenant on met des trucs sur le podium et les gens regardent au lieu de faire ce qu’ils savent faire. Tout l’art s’est fait théâtraliser. Ça a été pris du peuple, dans le peuple, et ça a été professionnalisé57. » Ces Harenois.es tentent de renverser la vapeur ou, comme le dit cet organisateur, par ailleurs fils de parents expropriés pour une autoroute qui n’a jamais vu le jour, les habitants des terres annexées et malmenées tentent de retrouver leur « dignité58».

Pour une habitante qui vient d’emménager à Haren, les survivances sont apparues peu à peu. Ainsi, la nouvelle Harenoise a constaté que le quartier abrite des potagers où la terre est travaillée « de façon sérieuse, tous les jours, tous les jours59» et elle se demande si de telles pratiques et façons de vivre, exigeantes, appliquées, dures, se transmettront. Elle a constaté, et cela l’a étonnée, que les gens de son quartier ne se connaissent pas, ou peu, ou plus. Elle hésite : pas ? plus ? Car elle s’est rendu compte, en interrogeant les codes postaux, en consultant les plans de propriété, en explorant son quartier hors-norme, que Haren est en réalité un village annexé60. À y réfléchir, cela change bien des choses. Six ans après son arrivée, elle ne craint plus seulement le bruit des avions, mais tout autant l’ignorance de la Ville de Bruxelles qui ne voit en Haren que des espaces à construire. Si cela continue, conclut-elle, avec un regret anticipé, Haren pourrait bien devenir « un quartier comme un autre61». Comme le dit encore le fils des expropriés, « [si on laisse faire la Ville] chaque mètre carré, chaque espace vert, sera développé… Comme on appelle ça avec un euphémisme de manager62».

L’argument n’est pas celui des NIMBY (Not in my backyard), c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas pour les Harenois.es de casser la solidarité inter-quartiers et de refuser toute charge liée aux infrastructures ou fonctions urbaines (au vu de leur histoire, ce serait le comble de les en accuser !). D’ailleurs, si la charge était rediscutée aujourd’hui, il est probable que les Harenois.es exigeraient l’attention et la protection dont bénéficient les quartiers bourgeois : « Pourquoi les gros salaires ont-ils droit à des environnements boisés [et nous, on] n’aurait pas droit à cette qualité de vie ? Pourquoi est-ce qu’on ne pense pas à mettre la prison du côté de l’avenue Hamoir [quartier aisé] ? L’environnement est un droit63. » Mais la répartition de la charge n’est pas rediscutée. La Ville se développe et continue à ignorer le territoire recomposé. Dès lors, les Harenois.es épris.es de ce territoire n’ont pas le choix. Ils doivent se battre pour la sauvegarde des prairies, friches et talus. Ils déclarent haut et fort qu’avant de bétonner et de sacrifier ces terres, il faut vérifier les alternatives que sont la rénovation et la réhabilitation dans des terres déjà bétonnées64. C’est d’autant plus vrai qu’aujourd’hui les terres arables viennent à manquer : le peak soil est en vue…65

Bref, Haren se trouve au croisement des luttes de classes et d’environnement. Haren ne serait plus Haren sans ses terrains vagues et prairies arpentées de toutes parts, sans ses fêtes populaires occasionnelles et ses quelques feuilletons de mémoire, sans ses moutons, gares ferroviaires et potagers travaillés assidûment. Le territoire recomposé est au cœur du débat. C’est pourquoi il faut tendre l’oreille quand le comité d’habitants déclare que la maxi-prison signifierait la fin de la biodiversité ; qu’une orchidée rare Aphrys Apifera est menacée ; que les rapaces ne trouveront plus de quoi se nourrir ; que le chemin vicinal fait partie de leur quartier (« Oui, nous aimons ce sentier ! 66») ; et autres revendications visant la préservation67. Certes, ces paroles ont une portée stratégique : la présence d’un chemin usagé et le classement du site pour des raisons de biodiversité peuvent bloquer les travaux (le chemin fait l’objet de propositions de compensation et de recours qui retardent l’octroi du permis, le classement du site a été refusé). Mais avant toute chose ces paroles évoquent l’existence d’un territoire habité et digne d’intérêt. Les habitant.e.s pointent du doigt les présences multiples, les coexistences contrastées, les survivances variées qui y sont impliquées. Ils accusent les autorités de ne rien voir – « pour [celles-ci], le site est sans intérêt 68» – et de se rendre, une fois de plus, complices de la disparition de leur territoire. Sauf qu’aujourd’hui ils ne lâcheront pas les terres. Sauf qu’aujourd’hui ils peuvent compter sur l’appui d’autres contestataires.

La lutte contre la maxi-prison et pour le maintien du Keelbeek est en cours. Depuis décembre 2014, une ZAD ou Zone à Défendre, la première en Belgique, s’est installée sur le terrain69. Même si elle ne rassemble qu’une poignée d’occupant.e.s et quelques dizaines d’habitant.e.s (sur une population de plus de 4 000 personnes70), cette opposition est significative. Non seulement elle nous fait apercevoir un territoire autre, mais elle montre également qu’une défense de terrain ne se fait jamais ex nihilo, que toute occupation ne prend de la consistance qu’à condition de se connecter aux histoires et aux expériences ordinaires, passées et présentes, du lieu. Il nous faut tendre l’oreille. Parcourir des chemins différents. Cela veut également dire que le territoire ne peut être subsumé par la lutte qui y est menée. Haren n’est pas que son désastre. Haren n’est pas que son Keelbeek. Nous déplaçons à nouveau le regard pour voir d’autres tangentes qui viennent davantage encore épaissir la mémoire.

Solidarités

Il y a tant de tangentes. À notre connaissance, Haren est le seul endroit à Bruxelles où s’est créé un mouvement autonomiste, non pas chez les Flamands mais chez quelques rares francophones qui estiment que la mainmise de Bruxelles sur les terres annexées est injustifiée et que, à défaut d’avoir une seule région avec une représentation de tous les quartiers, mieux vaut que la ville compte non plus 19 mais 22 communes (Laeken, Neder-Over-Heembeek et Haren se rajouteraient)71. Aussi, nous apprenons que depuis peu, la diaspora assyrienne est présente à Haren, dans le commerce, à l’église où elle célèbre la messe depuis 2009, ainsi qu’au centre culturel flamand De Linde. En 2013, celui-ci a demandé à Khano Khanoun, le responsable de l’église assyrienne de Belgique qui rassemble alors 69 familles, de siéger dans son Conseil d’administration pour réfléchir ensemble aux questions de transmission des cultures minoritaires à Bruxelles72. La fanfare Eendracht [Union] créée en 1877 et rebaptisée The Brussels Concertband en 1991, se vante de rassembler des musiciens d’une dizaine de nationalités différentes (« ceux qui arrivent à Bruxelles, trouvent le chemin jusqu’à Haren ! »73) et de maîtriser tant le répertoire flamand que celui du jazz (un chef d’orchestre états-unien leur en a donné le goût). Et que dire de l’École des Étoiles qui se déclare proche du mouvement Gülen – du nom de l’intellectuel et ancien imam turc pour qui il faut créer des élites éclairées capables de porter une société musulmane moderne – lorsqu’elle annonce qu’elle œuvre à l’émancipation des jeunesses bruxelloises, et ce à partir de Haren, en s’installant dans la périphérie74?

On ne sait plus qu’en dire, tant notre échiquier politique, sensible, est chamboulé au contact de ce territoire : quid de l’appel autonomiste qui étend la revendication à tous les quartiers déconsidérés ? Quid de la rencontre entre la communauté flamande et les diasporas ? Quid des mouvements à consonance religieuse qui se veulent être des vecteurs d’émancipation ? On ne sait plus trop que penser tant les terres recomposées sont traversées par des migrations et des connexions inattendues. D’ailleurs, peut-être est-ce là le constat qu’il faut faire : dans les marges annexées de Bruxelles, le territoire se refait au gré d’adaptations et d’hybridations. Là où l’embourgeoisement n’a pas pris, des minorités semblent pouvoir s’installer et se renforcer (ne fût-ce que pour une raison de prix immobiliers). L’autre constat, non sans lien avec le précédent, est qu’il nous faut continuer à enquêter, à réviser nos géographies, à relayer les efforts menés en pays dévasté, justement parce qu’il n’est pas simple d’apprendre à apprendre de ceux et de celles qui façonnent des territoires hors-norme. Il n’est pas simple de prendre le relais.

En l’occurrence, observer de plus près le territoire recomposé peut nous apprendre l’importance des survivances et des coexistences contrastées. Haren peut également nous apprendre, et les deux sont corrélés, le sens de l’ouverture et de l’hospitalité. En effet, les diasporas et mouvements de toutes sortes, celui des ZADistes y compris, peuvent se poser à Haren, non pas parce qu’il y aurait là effritement de cohésion sociale, perte d’identité locale, résignation ou transition difficile vers une société globale – comme aimeraient à le dire les chercheurs en sciences sociales (dont nous sommes !) – mais parce qu’il y a là une culture populaire et singulière qui est parvenue, selon nous, à se maintenir tout en s’hybridant. Les discussions enregistrées par Bruxelles Nous Appartient nous en ont convaincu.e.s. Plus précisément, nous l’avons saisi au détour d’un échange drôle et plein de malentendus.

Une photographe francophone interviewe un vieux Harenois de naissance qui parle flamand, pour que celui-ci rende compte du village tel qu’il l’a connu juste avant la guerre et dans l’immédiat après-guerre. Elle se fait aider par un interprète local, un jeune francophone qui vient de s’installer à Haren et qui se débrouille, tant bien que mal, pour saisir toutes les nuances du dialecte brabançon. En arrière-fond intervient un Harenois « je-sais-tout » qui explique de temps à autre ce que le vieux a voulu dire. Ici, l’intervieweuse tente de savoir s’il y a des tensions entre les anciens et les nouveaux habitants. Voici l’échange :

« [Elle :] Moi j’aurais bien aimé savoir si le fait qu’il y ait eu beaucoup d’industries ici, beaucoup de services, ça a changé quelque chose. [Lui :] Oh ? [Elle :] Parce que du coup d’autres gens sont venus et j’aimerais savoir comment ça a été vécu ici. [Lui, en s’adressant à l’interprète :] Là où tu habites, jeune homme, dans den diepal, dans la vallée, il y avait plein d’industries. Le matin, les travailleurs descendaient du train et partaient en procession jusqu’à l’entrée de la fabrique. C’était incroyable. Inouï. Incomparable avec aujourd’hui. [L’interprète, voulant aider l’intervieweuse :] C’était dérangeant ? [Lui :] Non ! Ils venaient ici pour travailler. Ils formaient une réelle procession. [Le vieux Harenois se lance alors dans une longue description des fabriques, de leur emplacement, de leur club de foot, leur fanfare, etc. On sent que les auditeurs se lassent, même si par ailleurs, les descriptions sont intéressantes] [Elle, revenant à la charge :] Et ça se passait bien ? Il y avait de l’échange ? Ou c’était quand même un peu les « nouveaux arrivants » ? [Le « je-sais-tout »] : Ils venaient de l’extérieur en train et repartaient le soir. [L’interprète :] Oui mais quand même, certains de ces travailleurs sont restés, se sont installés ici, et sont des « nouveaux arrivants ». [Le vieux, inquiété par la tournure de la conversation :] Non non non ! C’était des gens qui venaient des Flandres. Ils étaient contents d’avoir du boulot. Vous savez, ce n’était pas simple pour eux, ils devaient se lever à cinq heures pour avoir du travail. [L’interprète :] Mais donc personne n’est venu habiter ici. [Lui :] Mais si ! Il y a toujours eu des habitants ici. Bien 3 000 à 4 000 harenois, tout le temps. Certains sont restés. D’autres sont arrivés. D’autres ne faisaient que passer pour quelques nuitées pendant la semaine pour ne pas devoir se lever trop tôt. Je suis peut-être le seul ayant vécu ici avant la guerre [Ndrl : le seul qui reste de ce temps-là]. Mais il y a toujours eu des habitants !75»

L’échange sur les nouveaux habitants s’arrête là. Les auditeurs n’osent plus relancer l’Harenois et ne semblent pas avoir compris les raisons pour lequel celui-ci s’emporte. Nous non plus d’ailleurs, en tout cas pas sur du premier coup.

Le vieil Harenois dit deux choses essentielles. Premièrement, dans le pays dévasté, il faut savoir faire preuve de solidarité car la vie n’y est simple pour personne. Le vieux fait preuve d’empathie pour ces gens qui, comme lui, tentent de joindre les deux bouts et de trouver un endroit où travailler et où vivre. En l’écoutant, il est difficile de ne pas sentir qu’il y a là une solidarité de classe. Deuxièmement, est Harenois celui ou celle qui est à Haren. L’affirmation est simple et puissante : le problème n’est alors plus celui des nouveaux arrivants – tout le monde fait sa vie comme il peut – mais bien celui de la table rase, de l’éviction, de l’oubli voire même celui du dépeuplement ou de l’abandon du territoire. Telles sont, selon l’interviewé, les deux problèmes pouvant susciter réellement des tensions et des lignes de fracture. Autrement dit, la générosité et l’hospitalité dont il semble faire preuve tiennent au fait que malgré tout, à Haren, il y a eu de la continuité. Les gens viennent encore s’y installer. Les jeunes n’y sont pas indifférents au passé. Lesdits nouveaux sentent assez vite la qualité hors-norme du quartier, non pas parce qu’ils seraient séduits par quelque principe essentialiste ou régionaliste, mais parce qu’ils en font l’expérience concrète, matérielle, au quotidien.

Continuités

Il est alors utile de revenir à la brochure qui a servi de point de départ pour l’exploration des tangentes. En 1979 l’enjeu est la continuité. La travailleuse socio-culturelle est envoyée à Haren parce que les habitant.e.s sont mécontent.e.s ; et ceux-ci le sont parce qu’ils sentent que le peuplement et la continuité de leur territoire sont menacés. Haren vient de perdre la Noendelle, c’est-à-dire le plateau de 33 hectares où se trouve actuellement le dépôt de bus et prochainement celui des métros, mais qui était alors travaillé par les cultivateurs de chicons (le centre de gravité de cette culture est maintenant situé à quelques kilomètres de là, dans la commune rurale de Haecht76). Il faut bien saisir les raisons du mécontentement : les cultivateurs s’étaient faits à l’idée que leurs cultures doivent déménager car, selon eux, les terres urbaines étaient devenues trop onéreuses pour le maraîchage, mais ils n’acceptaient pas que ces terres ne puissent même plus servir aux générations suivantes. Certes, l’indemnisation avait été correcte et la STIB allait construire une salle de sport77, mais les cultivateurs appuyés par les habitant.e.s voulaient du « woongrond 78» c’est-à-dire de la terre où habiter. Rappelons-nous la phrase : « Tu vis ici. » Telle était leur revendication, de pouvoir continuer à habiter là et de ne pas perdre les jeunes.

L’accaparement de la Noendelle, suivi de l’exposition Chiconville, ont marqué un tournant. Non seulement ils ont suscité une réflexion sur l’échec de l’urbanisation, comme nous l’avons déjà dit, mais en plus ils ont signé le début des contestations à Haren. En effet, suite à l’affaire Noendelle et parce que le dépôt menaçait la continuité de leur territoire, les habitant.e.s se sont rassemblé.e.s et ont créé leur premier comité de quartier. Les maraîchers appuyés par les habitant.e.s se sont dits pour la première fois – si on peut en croire les traces récoltées jusqu’ici – réellement dégoûtés par ce nouvel empiétement sur leurs terres. Ils y voyaient une coupure radicale dans le temps et dans la transmission du territoire79.

On peut se demander si le dégoût n’était pas encore plus grand au moment de l’annexion, en 1921. Mais c’est ce qu’il y a d’étonnant dans l’histoire des terres annexées. À l’exception de la démission d’un échevin et d’une déclaration de la part des bourgmestres, personne ne semble avoir protesté80. Nous le savons ou le devinons d’après la lecture d’un carnet d’observation d’un villageois, dans lequel sont décrites quelques réactions de ses congénères, et qui a été publié cinquante ans plus tard, par son neveu, dans une revue de folklore. Si l’on peut en croire ce carnet, les habitant.e.s des terres annexées ont réagi à l’annexion de leur village avec l’humour des subalternes :

« Mais Bruxelles, la capitale, n’a quand même pas besoin d’un trou pareil [boerenbuiten] avec des rues tortueuses et du fumier sur le pas des portes 81! » Ou encore : « Qui y gagne ? Bruxelles ou nous ? Difficile à dire, mais pour nous ici, le début n’est pas facile [NDL : la première opération de la Ville de Bruxelles a consisté à installer des commissariats de police dans les noyaux villageois]. Nouveaux maîtres, nouvelles lois. Nous l’avons assez vécu durant les quatre années où les boches [pinkelden] étaient là. Allez, ça ne sera pas plus grave que cela tout de même82. »

Les villageois.es parlent de l’annexion, beaucoup même, mais ils en rient. L’auteur note dans son carnet qu’ils vont jusqu’à se déguiser en bourgeois visitant les nouveaux territoires annexés ; ou qu’ils se montrent les uns les autres des chemins erronés (la plupart des rues ayant changé de nom83). Nulle part dans le carnet il n’y a une trace de colère. Pourtant, il ne faudrait pas conclure qu’il y avait de la résignation. Autre chose se joue là.

En 1921, les habitant.e.s des terres annexées ne se sont pas révolté.e.s, ni indigné.e.s. Ils ont plutôt réfléchi à comment préparer leurs enfants à l’avenir urbain. Il fallait absolument envoyer la nouvelle génération aux écoles francophones, se disaient-ils. Il fallait apprendre aux enfants des métiers urbains, rajoutaient-ils. Et ils semblent l’avoir dit sans amertume, ni regret. Que les jeunes s’en sortent, voilà la seule chose qui importait. Dans une conversation de café avec un journaliste bruxellois venu interroger les habitants des villages annexés, l’un de ceux-ci déclare, en se moquant, que leurs enfants viendront les visiter dans une des maisons de repos pour vieux fermiers. Ce serait comme la visite au zoo du passé. Un autre habitant, on l’appelait Soo van de Leibeek, jouait l’oracle :

« Dans une bonne dizaine d’années, ce sera fini ici. Plus de fermage ni de maraîchage. [Les terres annexées] deviendront un coin de Bruxelles. Des avenues, des boulevards, des larges rues et grandes maisons. Des trams et autobus. Nos enfants et nos petits-enfants seront des gens de la ville. […] C’est ainsi que je vois l’avenir84. »

Comme pour tout oracle, il y a du jeu. En effet, difficile à dire si la prédiction a finalement eu lieu. L’oracle réussi est celui dont on peut se saisir et qui nous met au travail85. Nous voyons alors l’avenir se faufiler à travers les marges et fissures d’indétermination entretenues par la prédiction. Certes, les Harenois.es sont devenu.e.s des Bruxellois.es, c’est-à-dire des gens de la ville, mais peut-être pas ceux et celles auxquels pensaient les maraîchers d’antan. Le territoire appartient à Bruxelles, mais il n’est pas fait de grandes maisons ni de boulevards. Il a été ravagé mais il s’est recomposé. Il est fait de potagers, de prairies, d’orchidées, de trains et de grenouilles qui leur répondent. Il est fait de cultures et de friches a priori déconsidérées mais qui y sont activement transmises, hybridées et défendues.

En reprenant ainsi l’oracle, nous réalisons à quel point cela a pu être une chance pour ces quartiers de ne pas avoir été urbanisés, embourgeoisés, et pour les habitant.e.s d’avoir réussi – car il s’agit d’une réussite – à s’éprendre de, à aimer et à défendre ce territoire recomposé. Émerge là un peuple premier, c’est-à-dire que ces habitant.e.s se sont positionné.e.s vis-à-vis de la conquête, qu’ils refusent de lui donner le dernier mot et qu’ils revendiquent l’attachement aux mondes tangents. Même si seul.e.s quelques-un.e.s l’ont fait, et continuent à le faire, cela permet de découvrir des coexistences inattendues et des territoires hors-norme à Bruxelles.

Le passé, le présent et le futur sont imbriqués. Nous ne savons pas ce que deviendront les terres annexées parce que nous ne savons pas ce qu’elles sont aujourd’hui, ni même ce qu’elles ont été par le passé. Pour défier l’urbanisation conquérante, il nous faut dès lors apprendre à transmettre des bribes, réminiscences, anecdotes et histoires de folklore, étonnantes, rebelles et récalcitrantes. Nous irons ainsi à la recherche de pays plus ou moins dévastés, tout en sachant qu’aucun ne peut être réduit à cette dévastation. Tout pays est imprégné de passé, de présent et de futur. Tout pays recèle des richesses pour peu que l’on s’intéresse aux paroles de colère et d’attachements qui le peuplent ; paroles telles que celles de l’amateur historien et habitant de Haren qui ont servi de point de départ à notre enquête.

  1. J. E. Davidts, « Haren bij Brussel… gelapt », Eigen Schoon en De Brabander, vol. LVIV, n° 789, 1976, p. 326.
  2. Ibid., p. 314. Expression que J. E. Davidts reprend des habitants de Heembeek, autre village annexé.
  3. Cette appellation n’est plus utilisée. Elle l’était dans l’indexation des matières traitées par le Conseil Communal de Bruxelles, après l’annexion (Archives de la Ville, procès-verbaux).
  4. Au conseil communal de la Ville de Bruxelles, le premier échevin harenois est élu en 1977. Cette élection est présentée comme une réelle avancée dans la brochure d’exposition Dit is Haren, 1987 (mise à disposition sur le premier site du comité d’habitants [en ligne]).
  5. Il nous importe moins de savoir si Davidts a réellement disposé de tels carnets et s’il les a utilisés lors de la rédaction, que de constater qu’il ait cru nécessaire de préciser qu’il écrivait le récit à partir de tels carnets (recouvrant la période de 1886 à 1911). Sans archive, pas de récit crédible, ni même possible ? La question resurgira lorsque nous utiliserons des enregistrements de la base de données Bruxelles Nous Appartient.
  6. J. E. Davidts, op. cit., p. 314. Il est à noter que l’auteur ne mentionne pas les chicons, chose assez étonnante, vu la réputation de Haren comme un des lieux de naissance de cette culture ; et vu la transmission active dont celle-ci fait encore l’objet. Ainsi, les anciens maraîchers ont gardé des vieilles semences qu’ils veulent transmettre aux jeunes si ceux-ci se lancent dans la culture à Haren. Nous remercions Camille Latin pour avoir attiré notre attention sur ce type de réactivation des héritages.
  7. Les First Nations ou Premières Nations désignent les peuples indigènes au Canada (à l’exception des Inuits) et, de façon moins officielle, les peuples aborigènes en Australie. Mais l’appellation n’est pas utilisée aux États-Unis. Citant Plenty Coups, un Crow, nous aurions donc dû opter pour le terme Native Americans, c’est-à-dire lesdits peuples amérindiens ou peuples autochtones des États-Unis. Mais nous lui préférons le terme de peuples premiers, d’inspiration canadienne, parce que ce terme est plus générique, potentiellement moins essentialiste et qu’il a une portée territoriale et d’auto-détermination évidente (la Crow Nation existe aujourd’hui !) Depuis lors nous avons découvert que le débat sur la terminologie est en cours et que d’autres que nous préfèrent parler de peuples premiers lorsqu’ils et elles s’intéressent aux Native Americans (cf. notice wikipedia sur les Amérindiens aux États-Unis).
  8. Cité dans William Cronon, Une place pour les histoires : Nature et récits. Essais d’histoire environementale, Bellevaux, Éditions Dehors, 2016, p.47-95. La première édition du livre a paru en 1930, sous le nom de celui qui a recueilli les mémoires : Frank Linderman, Plenty Coups : Chief of the Crows (réimprimé en 1962).
  9. J. E. Davidts, op. cit., p. 327.
  10. La phrase originale, célèbre, maintes fois citée sur internet, est la suivante : « To oppose something is to maintain it… You must go somewhere else ; you must have another goal ; then you walk a different road. » Elle est extraite du livre The Left Hand of Darkness paru en 1969, traduit en français la même année sous le titre La main gauche de la nuit. Nous remercions Graziella Vella pour avoir attiré notre attention sur ce passage.
  11. Sur la différence entre commémorer et prendre le relais, voir : Alice Cook & Gwyn Kirk éds., Des femmes contre des missiles, Paris : Cambourakis, 2016 (édition originale en 1983).
  12. Voir Theodora Kroeber, Ishi, last of his tribe, 1964. À ne pas confondre avec son premier livre, Ishi in Two Worlds : A Biography of the last wild Indian de 1961 et traduit en 1968 chez Plon, Ishi : Le testament du dernier Indien sauvage de l’Amérique du Nord. Pour un récit plus détaillé et nuancé du récit sur Ishi et ses rapports avec les Kroeber, voir le chapitre « Ishi’s story » dans le livre de James Clifford, Returns : Becoming Indigenous in the Twenty-First Century (Harvard University Press, 2013). Nous remercions Thierry Drumm pour avoir attiré notre attention sur ce livre.
  13. PolderMAS est un musée créé et tenu par les habitants des villages menacés de disparition. Le musée documente le passé du polder et sert aussi de lieu de rencontre. Voir leur page sur facebook.
  14. Chris De Stoop, Dit is mijn hof, Amsterdam, De Bezige Bij, 2015, p. 47 et 98.
  15. Voir Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes, Paris, La Découverte, 1991. Plus récemment, sur les territoires en lutte : Bruno Latour, Face à Gaïa, Paris, La Découverte, 2015 et « Telling friends from foes in the time of the Anthropocene » in Clive Hamilton, Christophe Bonneuil et François Gemenne (dir.), The Anthropocene and the Global Environment Crisis, Londres, Routledge, 2015 – ce dernier texte a été traduit dans Didier Debaise & Isabelle Stengers éds., Gestes spéculatifs, Lyon, Les presses du réel, 2015.
  16. Le détour par les territoires des peuples premiers est en partie inspiré du livre d’Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique révolutionnaire, Paris, La fabrique, 2016, et plus particulièrement du dernier chapitre du livre où l’auteure formule une proposition de paix et d’amour révolutionnaires (comme dans tous les chapitres, mais dans le dernier, c’est très prégnant) adressée aux blancs et qui consisterait pour ceux-ci à revenir sur terre, avec leurs dieux, leurs passés et leurs territoires à eux. Que les blancs redeviennent hommes parmi les hommes, comme le propose Bouteldja. Cela nous a encouragé.e.s à changer de perspective et à envisager les blancs comme des indigènes et la métropolisation comme une forme de colonisation. Voir aussi James Baldwin, La prochaine fois, le feu (1963), Paris, Gallimard, 1996, ou le documentaire à son sujet, réalisé par Raoul Peck, I Am Not Your Negro, États-Unis, 95 min., 2016.
  17. Il s’agit de chercheurs impliqués dans les centres de recherche et dans le domaine des études urbaines à Bruxelles, dont peu ont finalement publié leurs enquêtes sur Haren mais dont plusieurs ont présenté celles-ci à l’occasion de : (1) l’atelier sur Haren organisé tout au long de l’année académique 2005-2006 par l’ISACF La Cambre Architecture, et (2) la contestation de l’emplacement de la prison, affaire en cours (cf. plus loin dans ce texte).
  18. Pour la localisation de la gare de formation et de l’atelier, voir la cartographie dans le film de projet de fin d’étude d’Elise Bandin & Elise François, Haren : Généalogie d’un drame non programmé (ISACF La Cambre Architecture, Unité 26, 2006), disponible sur le site internet du comité d’habitants. Pour la description des missions actuelles de l’atelier, voir le site-web d’Infrabel ainsi que quelques articles sur TV Haren à l’occasion de visites organisés à l’atelier.
  19. Un collectif de citoyens s’est réuni autour de ce lieu sous le nom de « Commons Josaphat » [voir leur site].
  20. Frans Van Humbeek, The History of Haren, Melsbroek and Zaventem, Nieuwkerken-Waas, Uitgeverij Het Streekboek, 2002.
  21. Pour les tentatives d’agrandissement et d’expropriation menées en 1937, voir les Archives de l’État à Bruxelles, dépôt d’Anderlecht, Service 15 (voirie vicinale et travaux d’hygiène), pièce 39 : Bruxelles. Aménagement de l’aérogare de Haren, 19371942
  22. Voir l’étude Historique du survol de la Région Bruxelles-Capitale réalisée par Frédéric Dobruszkes et Didier Peeters (IGEAT, ULB), commanditée par Bruxelles-Environnement et dont le rapport final a été rendu public le 30 novembre 2016. Pour un aperçu synthétique des conclusions de l’étude, voir le dossier dans Le Soir, 1er décembre 2016, p. 1-3. Voir aussi l’étude réalisée pour le même commanditaire par Edgar Wetzel et Sebastian Ibbeken / bureau d’étude Wölfel, Réalisation d’une cartographie du bruit du trafic aérien pour la Région de Bruxelles-Capitale : Réactualisation 2006, dont le rapport final a été rendu public le 24 octobre 2006. Aucune des deux études ne se focalise sur Haren, mais les cartes de distribution sont parlantes : Haren est une des zones les plus atteintes par les survols ; les normes admises de bruit y sont très fréquemment dépassées. Finalement, voir la session extraordinaire du Sénat belge du 18 sept 1995 où la discussion porte sur la proposition de loi visant à interdire des vols sur certaines parties du territoire, et plus particulièrement sur le fait d’avoir installé l’aéroport à Zaventem, ex nihilo, sans réflexion, ni considération des habitants qui allaient subir les nuisances sonores.
  23. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1445, piste 1.
  24. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1445, piste 2.
  25. Société Anonyme Belge de Constructions Aéronautiques, devenue une filiale de Dassault.
  26. L’incinérateur des déchets a été implanté à Neder-Over-Heembeek en 1973.
  27. Pour le nouveau centre de tri de la Poste, voir l’article en ligne le 2 février 2015 sur la RTBF, ou celui publié le 24 décembre 2011 sur le site La Capitale, entre autres. Il sera(it) installé à Neder-Over-Heembeek.
  28. Pour le terminus de la nouvelle ligne de métro, voir « La STIB envisage de construire un nouveau dépôt de métro à Haren », dépêche Belga postée sur le site de la RTBF le 30 janvier 2014 (voir également des dépêches plus récentes de septembre 2016 ou mai 2017. Il est intéressant de noter que l’expropriation des 33 hectares sert encore aux projets actuels et que les articles de presse de 1979 mentionnent déjà la construction souterraine future. Sur les dynamiques et logiques d’ingénierie du souterrain bruxellois et la durée longue qu’elles impliquent, voir la thèse de doctorat de Céline Tellier, Corps technique et techniques du corps. Sociologie des ingénieurs du souterrain bruxellois (19522010), thèse en sciences sociales et politiques à l’ULB, 2012.
  29. Déclaration du comité d’habitants de Haren le 10 octobre 2011, relayée par TV Haren.
  30. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1445, piste 1. L’expression est courante à Haren. Voir notamment le communiqué de presse « Non Monsieur le Président [de la Région], Haren n’est pas la poubelle de Bruxelles », posté le 3 juin 2015 sur le site du comité d’habitant, pour la sauvegarde du Keelbeek.
  31. Giovanna Di Chiro, « Defining Environmental justice : women’s voices and grassroots politics », Socialist Review, 1992, p. 93-130 (traduction dans : Émilie Hache éd., De l’univers clos au monde infini, Bellevaux, Éditions Dehors, 2014). Laura Pulido, « Rethinking Environmental Racism : white privilege and urban development in Southern Calfornia », Annals of the Association of American Geographers, vol. 90, n° 1, 2000, p. 1240. Pour le compte-rendu d’une des luttes iconiques du mouvement pour la justice environnementale, voir aussi Lois Gibbs, avec Murray Levine, Love Canal : My Story, Albany, State University of New York Press, 1982.
  32. Kevin Lebrun, « L’accessibilité des quartiers et le droit à la ville », Séminaire du Centre d’études sociologiques, Université Saint-Louis Bruxelles, le 7 février 2017. En adoptant l’approche de ladite timetable-based accessibility urban network, c’est-à-dire en tenant compte des connexions offertes par la STIB, Lebrun montre qu’à partir de Haren on met plus d’une heure en moyenne pour arriver à n’importe quel autre point de la Région bruxelloise. Selon Lebrun, la situation s’améliore mais reste insatisfaisante lorsqu’on tient compte des connexions offertes par les chemins de fer et les réseaux de transports en commun flamand et wallon (De Lijn, TEC).
  33. La désinformation initiale sur la prison est un thème récurrent dans la communication et les témoignages du comité d’habitants, mais on la retrouve aussi dans l’archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1440, piste 2 ; et dans le film Prisons des villes, prisons des champs, court-métrage collectif réalisé en 2014 par des habitant.e.s de Haren, de Saint-Gilles et des travailleurs d’Inter-Environnement Bruxelles et des Ateliers Urbains.
  34. La prison à haute capacité est censée remplacer les prisons de Saint-Gilles, Forest et Berkendael. L’acteur privé et soumissionnaire accepté (28 mai 2013) pour le projet est le Cafasso Consortium qui rassemble : Denys NV, FCC CONSTUCCIÓN SA, MACQUARIE CAPITAL Group, Vialia Sociedad Gestora de Concesiones de infraestructuras SL, AAFM Facility Management, BURO II & ARCHI+I cvba, E G M architecten, Ingenieurs bureau G. Dervaux nv, VK Engineering, Ares, M.O.O.Con, Advisers bvba, Typsa, Arch. Dr. Andrea Seelich (voir le site internet de la Régie des bâtiments consacrée à la prison – Village pénitentiaire).
  35. Pour un aperçu des acteurs mobilisés contre la construction de la prison, voir le site de la plateforme Haren under arrest [en ligne]. S’y trouvent des associations des droits de l’homme, de la ville et de l’environnement. Lors des consultations de la population, les syndicats du magistrat et des avocats – acteurs non repris par la plateforme – ainsi que quelques bureaux d’architectes et des travailleurs sociaux des prisons concernés, étaient également présents et très actifs dans la dénonciation du projet.
  36. FEDASIL a officiellement annoncé le 1er décembre 2016 qu’elle envisage la possibilité de déménager le Petit Château vers Neder-over-Heembeek (voir le site internet de Fedasil) Plusieurs médias ont relayé l’information dont l’hebdomadaire bruxellois BRUZZ et les quotidiens wallons La Meuse et l’Avenir.
  37. Sur la bourgeoisie et son territoire, voir Benedikte Zitouni, Agglomérer : Anatomie de l’extension bruxelloise (18281915), Bruxelles, ASP & VUBPress, 2010.
  38. Déduction faite à partir des dates et de la réalisation partielle des projets d’urbanisation. Voir les Archives de l’État à Bruxelles, dépôt d’Anderlecht, Gouvernement Provincial du Brabant, voirie urbaine – urbanisme (opérations immobilières) (1842-1978) : dossier 192, Aménagement des abords de l’église de Haren 19281968, et dossier 219, Alignement dans l’agglomération de Haren 19281932. Le mot « embellissement » était courant à l’époque, donc à la fois attendu et révélateur.
  39. Pour la lutte contre la « taudification », terminologie d’époque, voir le dossier 192 cité dans la note précédente. À propos des hésitations, voir le Plan de développement conçu par le bureau d’études Techné en 1968 et la difficulté de le réaliser à Haren à cause de la pollution sonore (information extraite du film déjà cité d’Elise Bandin & Elise François, Haren : Généalogie d’un drame non programmé [2006] et corroborée par les articles de presse repris dans la brochure d’exposition Chiconville de 1979).
  40. L’exposition Haren Visité (2012) réalisée par la photographe Alexia Goryn rend compte des territoires vernaculaires aujourd’hui très souvent menacés, comme c’est le cas à Haren.
  41. Pour un exemple contemporain de ce type de sélectivité et de cécité territoriales, voir la volonté de moderniser et de rendre présentables les quartiers de prostitution et de commerce ethnique à Bruxelles, volonté exprimée par le Doyen de la Faculté d’architecture de la Katholieke Universiteit Leuven (l’Université Catholique de Louvain) dans la presse locale : « Zweet het eens uit : Dag Boutsen over stendenbouw », BRUZZ, 26 mai 2017.
  42. Comte J. de Borchgrave d’Altena, Bulletin de la Société Royale d’Archéologie de Bruxelles, mars 1928, p. 13. Cité par J. E. Davidts, op. cit., p. 324.
  43. La Ville de Bruxelles est la seule instance à s’être opposée à l’implantation de la méga-prison, mais s’est finalement ralliée au projet de l’État. Plus généralement, elle ne défend plus que tièdement les nouvelles implantations à Haren, préférant à celles-ci de plus en plus le développement immobilier résidentiel. Haren a du potentiel parce qu’elle est une des seules étendues « vierges » encore disponibles pour la ville. Réelle oscillation donc. (Sources : presse écrite quotidienne 2015-2017 disponible sur le site du comité de quartier.)
  44. Propos tenus par des sympathisants de la ZAD lors de réunions d’information sur la ZAD et la contestation de la méga-prison, début 2017.
  45. En ce qui concerne le caractère problématique des appellations telles que « anciens » et « nouveaux » habitants, voir les travaux de Sarah De Laet. À propos de la rareté de l’échec de l’urbanisation, il suffit de voir à quel point l’ensemble de l’agglomération bruxelloise est construit selon des plans d’alignement. De ce point de vue, malgré que les quartiers alignés subissent des cycles d’investissement et de désinvestissement et peuvent donc être pauvres ou riches, ils font partie de la ville bourgeoise. Voir Benedikte Zitouni, op. cit.
  46. Le mot « culture » n’est pas sans poser problème puisqu’il est parti prenante de la civilisation moderne et plus particulièrement de ses aspects les plus aliénants : cf. Roy Wagner, L’invention de la culture, Bruxelles, Zones sensibles, 2014 (or. University of Chicago Press, 1975). Nous l’utilisons néanmoins car nous n’avons pas trouvé un mot plus juste, et simple, pour le remplacer. D’ailleurs, le même constat peut être fait au sujet du mot « territoire » qui, lui aussi, pose problème en ce qu’il présuppose l’existence d’un pouvoir politique avec une circonscription juridique propre et univoque. Il s’agit aussi d’un mot « du » pouvoir. Les mots sont rarement neutres.
  47. Traduit du néerlandais par nos soins. Extrait de Chiconville, brochure publiée à l’occasion de l’exposition du même nom présentée à Haren en 1979 et organisée par le BRAL – Brusselse Raad voor het Leefmilieu, le pendant flamand de l’IEB, dans le cadre dudit Plan Spitaels. L’auteure du texte, Hilde Vandervorst, a été la première travailleuse socio-culturelle néerlandophone à être détachée sur le terrain pour désamorcer du travail de gemeenschapsopbouw c’est-à-dire de construction communautaire de quartier. À l’époque, se créent les conseils de travail socio-culturel et les centres culturels flamands à Bruxelles ainsi que la coupole pour le travail communautaire de quartier APSKW – Agglomeratieraad voor het Plaatselijk Sociaal-Kultureel Werk. Voir : Sabine Parmentier, Vereniging en Identiteit : De opbouw van een Nederlandstalig sociaal-cultureel netwerk te Brussel (19601986), VUB Press, 1988.
  48. L’actuel comité d’habitants existe depuis 2012 et a pris le relais d’un comité d’habitant qui a débuté en 2005. Avant cela, un comité était présent sous le nom de « Un cœur pour Haren ». Nous ne sommes pas certain.e.s de la date exacte à laquelle ce comité a démarré, mais il semblerait (communication personnelle du président du comité d’habitant actuel) que ce démarrage se soit fait après l’installation du dépôt de la STIB et la perte de la Noendelle. Cela corrobore nos propres déductions et supputions faites à partir de l’analyse des documents : le slogan « Un cœur pour Haren » ayant été une phrase de ralliement en 1979 (cf. brochure Chiconville, et le magazine Bruksel Krant de juillet 1981). Le centre culturel flamand ou centre communautaire [gemeenschapscentrum] a emménagé dans ses locaux actuels en 1994. Le nom De Linde date de 1992. Le premier employé et la structuration officielle du centre communautaire, datent, quant à eux, de 1984 ou 1985, et ont été précédés par des tentatives d’organisation communautaire et de mise au travail du quartier (échange avec Jan Op De Locht du centre communautaire le 28 juin 2017).
  49. Communication personnelle, décembre 2015.
  50. L’exposition Haren Visité (2012) réalisée par la photographe Alexia Goryn. Le festival itinérant Plein Open Air qui défend des terrains menacés, édition 2003 (autour du Moeraske notamment, menacé par des projets de TGV).
  51. Nous remercions Séverine Janssens pour la mise à disposition de toutes les discussions sur support CD et plus généralement, pour tout ce qu’elle nous a appris sur Walter Benjamin et sa conception de l’histoire. Bruxelles Nous Appartient / Brussel Behoort ons toe est une archive créée en 2000 qui porte une attention particulière à ceux et à celles que l’histoire rend invisibles et inaudibles ou encore, comme le déclarent ces nouveaux archivistes, après avoir cité les historiens Michel Foucault et Arlette Farge, en s’inspirant des écrits de Walter Benjamin pour certain.e.s d’entre eux : « L’histoire est un effort de structuration, d’ordination et de solidification des temps vécus et de leurs significations pour les communautés humaines. En nous concentrant sur les paroles telles qu’elles s’exercent dans un contexte quotidien, nous nous engageons en faveur d’une histoire mineure et granuleuse. » (Extrait de leur site et page de présentation.)
  52. Échange avec le journaliste en question, Pascal Jacqmin (le 28 juillet 2017) : première vidéo en ligne date du 17 mai 2011 et le premier article du 30 septembre 2011. Disponibles sur le blog de Haren, un village dans la Ville [en ligne].
  53. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1441, piste 1.
  54. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1440, piste 2.
  55. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 573, pistes 9 et 19. Voici quelques renseignements supplémentaires sur l’alysson blanc (communication par mail, 6 juin 2017, par un des représentants du CEBE) : cette plante steppique originaire d’Europe orientale et d’Asie centrale a échoué au Moeraske plus que probablement par les chemins de fer. C’est une adventice viaire pure. À l’inverse du séneçon sud-africain, il n’a pas de comportement invasif et se cantonne dans ses lieux d’introduction.

    Voici quelques renseignements supplémentaires sur le séneçon du Cap ou sud-africain (idem) : cette plante originaire d’Afrique du sud s’est répandue en Belgique dans les années 1990. Elle a été importée dans la vallée de la Vesdre par la laine des moutons (industrie lainière de Verviers). Les laines importées du monde entier et truffées de graines étaient lavées dans les eaux de la Vesdre. Celle-ci était réputée chez les botanistes belges et allemands pour sa richesse en plantes adventices (i. e. arrivées là fortuitement). Cette flore adventice a disparu avec la fin de l’industrie lainière dans les années 1960, mais le séneçon sud-africain a survécu et s’est ensuite dispersé dans tout le pays à la faveur des grands travaux de communication des années 1970 (autoroutes, TGV). Le même phénomène s’est produit en France dans des centres d’industrie lainière (Calais, Mazamet). Ces adventices lainières se propageant aussi par les voies de communication, ce sont aussi des adventices viaires. Le séneçon sud-africain est une invasive qui peut contaminer des pâtures au grand dam des éleveurs et rendre très difficile la gestion de certains sites naturels (pelouses calcaires par exemple).

  56. La série « Une mémoire de Haren » compte trois épisodes : Jokke 1, Jokke 2, Paul, sur Haren TV [en ligne].
  57. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1441, piste 13.
  58. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1441, piste 13.
  59. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1444, piste 4.
  60. Bien que Haren, Neder-Over-Heembeek et Laeken fassent partie de la commune de Bruxelles à proprement parler, les trois entités sont dotées de codes postaux différenciés.
  61. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1444, piste 4.
  62. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1441, piste 2.
  63. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1442, piste 4.
  64. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1442, piste 2.
  65. Vandana Shiva, Soil Not Oil : Climate Change, Peak Oil, and Food Insecurity, Londres : Zed Books, 2009.
  66. Tel est le nom d’une campagne menée par le comité d’habitants de Haren, en vue de la protection du Keelbeek, en septembre 2015 ; voir l’article « Oui, nous aimons le sentier 31 et 43 » (sentier du Keelbeek) sur le site internet du comité de quartier [en ligne].
  67. La liste est longue. Voir le dossier Keelbeek sur le site du Comité d’habitants de Haren [en ligne].
  68. Pascal Jacqmin, « Responsables de disparition ! », Haren TV, article publié le 10 octobre 2014.
  69. Voir le site des occupants du Keelbeek, le collectif Keelbeek [en ligne].
  70. Haren comptait 4.269 habitants en 2005. Cf. notice wikipedia.
  71. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1440, piste 3.
  72. « Mar Sargis en Mar Bakoos in de Sint-Elisabethkerk », interview de Khano Khanoun dans Aktief Haren, tweemaandelijks tijdschrift van GC De Linde, vol. 38, n° 3, 2014, p. 45.
  73. Voir le site de la fanfare « The Brussels Concert Band », section historique. Voir aussi la brochure Van fanfare “De Eendracht” tot “The Brussels Concertband” : 125 jaar liefde voor muziek, publiée en 2002 (disponible sur le site du « comité des habitants de Haren »).
  74. Voir les trois sources suivantes : J. F. Herbecq, « Des menaces à l’encontre des écoles proches du mouvement Gülen en Belgique », RTBF Info, 18 août 2016 [en ligne], Alice Hermine, Viser les étoiles, Espace de liberté, novembre 2016 et le site internet de l’école des étoiles.
  75. Archive sonore Bruxelles Nous Appartient, discussion 1501, piste 11.
  76. « Récolte des chicons » dans Matin Première, émission radio de la RTBF, le mardi 29 novembre 2016.
  77. Les articles de presse repris dans la brochure Chiconville, déjà citée.
  78. Brochure Chiconville, déjà citée.
  79. Voir le magazine Bruksel Krant de juillet 1981, et les articles de presse repris dans la brochure Chiconville, déjà citée, ainsi que ceux archivés par le comité d’habitants sur leur site internet [en ligne].
  80. Voir le témoignage utilisé au début de ce texte, J. E. Davidts, « Haren bij Brussel… gelapt. », op. cit., ainsi que le témoignage référencé dans la note suivante.
  81. Edmond Peeters, habitant né à Neder-Over-Heembeek en 1890, témoignage écrit peu après l’annexion et publié dans Eigen Schoon en Brabander, n° 4-5-6, 1976, p. 249.
  82. Op. cit., p. 252. Traduction par nos soins.
  83. Les blagues semblent tourner autour des changements de noms les plus comiques, tels le Asseweg [chemin des cendres] qui devient rue des Prés communs ; ou le Nachtegaalstraat [rue du Rossignol] qui devient rue François Vekemans, du nom d’un cultivateur de pommes de terre, selon le carnet ; ou encore le Mestweg [chemin du Purin] qui devient Kasteelstraat [rue du Château], in op. cit.
  84. Edmond Peeters, op. cit., p. 257. Traduction par nos soins.
  85. Katrin Solhdju, L’épreuve du savoir : proposition pour une écologie du diagnostic, Paris, ding ding dong éditions, 2016.
 
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