Cet
essai a été écrit à loccasion dun
colloque à la Brandeis University, qui sest tenu en 1984 en
lhonneur de Vito Volterra, le grand mathématicien disparu en
1940. Volterra avait été professeur dans trois universités
italiennes Turin, Pise et Rome où jai enseigné
moi-même. En 1905, il fut nommé par le roi au sénat
italien et prit ensuite énergiquement position contre le fascisme.
Deux éminents mathématiciens de ma famille, Eugenio Elia et
Beppo Levi, sinspirèrent de ses recherches pour leur propre
travail. Mon amitié avec ses fils, en particulier avec Edoardo, le
professeur de Droit romain, remonte à 1929, alors que je venais de
quitter Turin pour Rome.
A. M.
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Les Juifs dItalie
(1985)
I.
Lhistoire italienne est un sujet toujours complexe. En son sein, aussi bien quen arrière-plan, il y a lextraordinaire diversité des structures régionales et urbaines : lhistoire de Florence nest pas lhistoire de Pise, ni celle dArezzo, de Sienne ou de Volterra. Dans les cas où la présence de Juifs est attestée, aux différences entre les traditions locales variées sajoutent des différences fondamentales relatives à lattitude empruntée dans le passé à légard des Juifs. Une grande partie de lItalie méridionale et de la Sicile splendides centres juifs au Moyen âge perdit ses communautés juives au XVIe siècle, pendant la domination espagnole. On oublie souvent que les Juifs furent mis à lécart de la plus grande partie de la Lombardie pendant plus dun siècle, jusquà 1714, quand les Autrichiens succédèrent aux Espagnols.
On doit en outre tenir compte des différences dorigine des Juifs eux-mêmes. Certains dentre nous descendent des Juifs qui vécurent en Italie à lépoque de lEmpire romain. Dautres sont des Juifs ashkénazes qui, surtout au XIVe siècle, quittèrent lAllemagne pour lItalie. Au cours de ce même siècle, les Juifs français durent abandonner la France, et à la fin du XVe siècle et au cours du XVIe eut lieu lémigration sépharade de lEspagne et le retour au judaïsme des marranes dorigine espagnole. Les contacts avec lOrient ont toujours existé, particulièrement à Venise et en Italie du Sud, tant quil fut permis aux Juifs dy demeurer. Dautres Juifs provenant de pays musulmans furent attirés par le nouveau port franc de Livourne, dans la seconde moitié du XVIe siècle.
Pendant au moins deux siècles, Livourne fut la ville où les Juifs vécurent mieux que partout ailleurs, et il sy développa ainsi ce style juif particulier que lon retrouve dans les livres dElia Benamozegh et dont les peintures dAmedeo Modigliani témoignent peut-être aussi. Les différences dorigine se reflétaient naturellement dans la diversité des rituels et des mélodies, et à leur tour ces diversités étaient préservées par des synagogues bien distinctes. On trouvait souvent trois synagogues dans une même ville la scola italiana, la scola tedesca, la scola spagnola ; à Rome, jusquà très récemment, il y avait encore cinq synagogues qui maintenaient une distinction intéressante entre la scola catalano-aragonese et la scola spagnola.
Dans le Piémont, à côté des synagogues italiennes, sépharades et ashkénazes, nous avions ce curieux minhag apam1 les trois très petites congrégations dAsti, Fossano et Moncalvo qui préservaient les restes dun vieux rituel médiéval français avec son propre mahzor, ou livre de prières. Le fait que les Juifs étaient tolérés dans un des états de lItalie ne signifiait pas pour autant quils étaient tolérés partout dans ce même état. Et que les papes aient permis aux Juifs de vivre à Rome et à Ancône, où nous trouvons les Volterra, nimplique pas quils leur aient permis de vivre à Bologne. Cette communauté, au sein de laquelle avaient travaillé et pensé Obadiah Sforno, Azariah de Rossi et Samuel Archevolti, avait été éliminée en 1593 et navait plus existé, tout au moins officiellement, pendant plus de 250 ans. Au contraire, les Juifs ont connu une relative prospérité à Ferrare, sous cette même domination papale, et ont maintenu cette vivacité culturelle caractéristique sous la famille dEste, jusquen 1597. Ce que lon peut en partie expliquer par la situation agricole de la région, qui contribua, des siècles plus tard, au développement dattitudes favorables au fascisme chez les Juifs de Ferrare.
Différents par leurs rituels et souvent séparés par des conflits dintérêt, les Juifs dItalie ne furent pas, toutefois, divisés par des différences linguistiques majeures comme leurs concitoyens chrétiens. La situation linguistique de lItalie était déjà très complexe en soi. Ce que nous appelons italien fut avant tout une langue écrite jusquà la fin du XIXe siècle. Le peuple sexprimait selon les différents dialectes, et les Juifs parlaient le même dialecte que les autres habitants du lieu. Les Juifs vénitiens parlaient et parlent encore le vénitien, et nous autres Juifs piémontais parlions piémontais. Mes parents parlaient piémontais entre eux et italien avec nous. Ainsi mes surs et moi étions-nous les seuls à avoir appris litalien depuis notre plus tendre enfance dans notre petite ville du Piémont, et nous étions très admirés pour notre habileté linguistique. En grandissant, je revins au dialecte piémontais dans mes conversations en famille et avec mes parents mais pas avec mes surs.
La vie du ghetto favorisa, sans aucun doute, certaines particularités. Le dialecte des Juifs romains est resté manifestement plus archaïque que celui des Chrétiens romains, et naturellement des phrases et des mots hébreux se sont introduits dans le dialecte local. Dans le dialecte des Juifs piémontais, on trouvait certains mots yiddish importés par des Juifs de provenance ashkénaze les Ottolenghi, les Treves, les Diena, appelés à tenir un rôle important dans lhistoire italienne récente. Il était donc normal de parler du Becher pour Kiddush ou de lOrzai (Jahrzeit) pour lanniversaire dune mort. Ce quil faut aussi garder à lesprit en ce qui concerne les Juifs italiens, cest que nous étions un petit nombre un très petit nombre même et particulièrement au cours des derniers siècles. On pourrait tout au plus dénombrer 30 000 Juifs au début du XIXe siècle, en comptant les Juifs de Trieste, qui à cette époque dépendait de lAutriche, et ceux de Nice, qui devint française en 1859. Ce qui équivalait à peu près à un millième de la population de lItalie. Avant la dernière guerre, on en dénombrait à peu près 50 000. Dix mille dentre nous furent assassinés par les fascistes et nazis alliés, dont onze membres de ma famille, parmi lesquels mon père et ma mère. Six mille juifs environ émigrèrent, pour ne plus revenir. Dautres ségarèrent pendant la période de la persécution, quand le pourcentage des conversions fut plus élevé quà lordinaire. Comme nous le savons, parmi les convertis, il y eut le grand rabbin de Rome, Israël Zoller, baptisé à Santa Maria degli Angeli, à Rome, le 13 février 1945. Si la population actuelle oscille entre 30 000 et 35 000 Juifs, cest parce que lémigration en provenance de la Libye et en moindre part des pays de lEst, a augmenté la population juive originelle. Ce chiffre équivaut à une personne sur deux mille de toute la population de lItalie. La plus grande partie des Juifs sont aujourdhui concentrés dans quelques grandes villes. La plus grande partie des anciennes synagogues, du moins celles qui existent encore, sont vides.
II.
Chaque fois que je me trouve dans une ville italienne, jessaie dimaginer si, et comment, les Juifs y ont vécu. Je connais très bien certaines de ces villes. Jai passé de nombreux étés dans la paix de la belle ville de Spoleto, en Ombrie. En me promenant dans ses rues, je peux reconstruire sans difficulté lhistoire de Spoleto depuis lépoque de Hannibal. Mais quand je pénètre dans la petite rue médiévale qui aujourdhui sappelle Via San Gregorio alla Sinagoga, je suis déconcerté. À quel moment la synagogue qui sy trouvait cessa-t-elle dêtre une synagogue? Le nom de la rue indiquerait-il que léglise de San Gregorio a été construite sur la synagogue? Et où sont les descendants des célèbres docteurs juifs de la Renaissance à Spoleto, parmi lesquels il faut citer David de Pomis, lauteur du dictionnaire hébreu-latin-italien Zemah David, «La descendance de David», dont je me servais quotidiennement dans mon enfance? Actuellement à Spoleto vit une seule famille juive, originaire de Rome. Je devrais peut-être ajouter quil y a deux ou trois ans, jai appris quun couple dartistes juifs américains avait essayé de gagner leur vie en ouvrant un bar à sandwichs à Spoleto. Jespère que la chance leur a souri.
Du fait de la disparition des petites communautés juives, il est difficile de suivre les histoires familiales et, plus encore, les traditions culturelles locales. Jaimerais être en mesure dexpliquer pourquoi la famille Volterra a quitté la Toscane, où elle semblait bien établie à la Renaissance, pour aller à Ancône. Comme nous le savons, les histoires abondent à propos du départ du grand-père de Disraeli pour lAngleterre, en 1748 : daucuns prétendent quil est parti de la petite, mais docte communauté de Cento, dautres de Venise. Les recherches entreprises par Shlomo Simonsohn et ses collègues de Tel-Aviv clarifieront sans doute de nombreux détails, et le volume de Robert Bonfil1, publié à Jérusalem, nous a déjà appris bien des choses que nous ne savions pas sur les rabbins italiens de la Renaissance. Et même en Italie la recherche sur les Juifs est devenue à la mode.
Il est encore difficile de dire quoi que ce soit de précis même sur sa propre famille. Jenvie mon collègue Vittore Corloni, éminent professeur dhistoire de Droit italien à lUniversité de Ferrare, qui a été en mesure de reconstruire un arbre généalogique détaillé de sa famille depuis 1477 jusquà 1977, dans un livre dédié à la mémoire dUmberto Nahon, publié à Jérusalem en 19782. Sil a réussi dans cette entreprise, cest grâce au fait insolite que sa famille, les Colorni, est restée pendant plus de quatre siècles au même endroit, à Mantoue. À propos de ma famille, je peux tout au plus dire que vers le début du XIVe siècle, lun de mes ancêtres eut la présence desprit de quitter la petite communauté juive de Montmélian, en Savoie, pour la capitale de la Savoie, Chambéry, où il est dûment déclaré comme Lionel ou, si vous préférez, Yehudah de Montmélian. La juiverie de Montmélian disparut virtuellement quelque cinquante années plus tard, quand les Juifs, quon rendait responsables de la peste noire, furent jetés dans des puits.
Après lextension du Duché de Savoie au Piémont, les descendants de Lionel de Montmélian sadonnèrent au commerce, au prêt, et exercèrent des fonctions de rabbins dans les petites communautés juives du Piémont : Busca, Cuneo, Mondovi, Asti, Chieri, Ivrea. Ils restèrent là pendant des siècles, incroyablement pauvres, dévots, et se consacrant à létude, jusquà ce que Napoléon apporte de nouvelles idées, de nouvelles espérances, et comme mon grand-père, le dernier tsaddik, ou «homme juste» traditionnel, en Italie, ne cessait de le répéter de nouvelles désillusions pour les Juifs italiens1.
Comment pouvons-nous expliquer lexplosion soudaine dinitiative, de créativité, de responsabilité politique et intellectuelle qui caractérise lhistoire des Juifs italiens après Napoléon, et surtout après 1848? Cest cette année-là que le roi de Sardaigne donna aux Juifs légalité, qui sétendra ensuite à toutes les autres régions, au cours de ce qui devait être lunification de lItalie ; ce processus dura plus de vingt ans.
Il ne fait aucun doute que le facteur irrationnel le patriotisme eut une influence décisive. Je me limiterai à indiquer ce qui peut apparaître comme un fait absurde : lenthousiasme imprévu dun savant juif fondamentalement conservateur, Samuel David Luzzatto Shadal en 1848. Ce nest pas un hasard si le Judaïsme illustré de Luzzatto parut en 1848. Ceci explique le rappel, dans cette uvre, à la tradition des Juifs italiens, depuis lépoque de Shabbataï Donnolo et des différents membres de la famille Kalonymus de Lucca et Rome, jusquà nos jours. Et il est encore plus singulier que Luzzatto ait été ému de voir un homme dorigine juive, bien que baptisé, Daniele Manin, devenir président de la République révolutionnaire de Venise en 1848-49 ; les ancêtres de Daniele Manin sétaient appelés Medina jusquà la fin du XVIIIe siècle.
Ce patriotisme, cette dévotion à la nouvelle Italie du Risorgimento, nous lavons dans le sang depuis lépoque de nos arrières grands-pères et de nos pères, indépendamment des réserves quils ou que nous pouvions émettre quant à ce qui arrivait alors et arrive encore aujourdhui en Italie. Cest ce qui explique que ma grand-mère pleurait chaque fois quelle entendait la Marcia Reale lhymne de la monarchie italienne et si lon peut pleurer pour une musique aussi épouvantable, on peut pleurer pour nimporte quoi. Plus sérieusement, ceci explique pourquoi durant la Première Guerre mondiale, les trois professeurs duniversité qui moururent au combat étaient des Juifs, et deux dentre eux étaient des volontaires. Un des héros les plus typiques de la Première Guerre Mondiale reste Roberto Sarfatti, étudiant de dix-huit ans, fils de cette Margherita Sarfatti qui fut ensuite la maîtresse et la biographe de Mussolini. Jusque dans les guerres tragiques dAbyssinie et dEspagne de 1936, où le jeune héros fut un de nos étudiants juifs de lUniversité de Turin, Bruno Jesi, qui fut bientôt confronté aux lois raciales.
Il est très intéressant de constater que ce ne fut pas le changement des conditions économiques qui donna une nouvelle direction à la vie des Juifs italiens. Il ne fait aucun doute quil y eut de nouvelles opportunités et que ces opportunités furent saisies. La plus importante fut la possibilité de devenir agriculteurs et de posséder des terres. Les Juifs italiens, surtout dans le Piémont, la Vénétie, lEmilie et la Toscane, furent prêts à acquérir des terres et à sétablir à la campagne ou dans les villes voisines de leurs terres. Ceci explique, incidemment, la forte tendance conservatrice de nombreux Juifs italiens. Mais les Juifs dItalie ne devinrent jamais de grands capitalistes ou industriels. Aucune des quelques grandes industries, comme la Fiat, na été dans les mains des Juifs ; il y eut une tentative détablir en Italie une filiale de la banque Rothschild à Naples, précisément mais elle fit long feu. Ce qui sapproche le plus dune grande industrie dirigée par des Juifs, cest le cas dOlivetti, avec sa tradition particulière de haute et précise technologie et dattention portée aux problèmes sociaux. De nombreux Juifs ont prospéré dans des industries de moyenne dimension, et dans le secteur des assurances ; dautres, comme ma famille, restèrent attachés à la traditionnelle association judéo-italienne de banques et de filatures, auxquelles la concurrence japonaise, tout dabord, puis la soie artificielle, infligèrent des coups mortels.
Mais il faut chercher ailleurs lexplication de la haute contribution des Juifs, aussi bien quantitative que qualitative, à la vie sociale et intellectuelle de lItalie dans les dernières cinquante années. Avant tout, et même avant 1848, les Juifs avaient réussi à conquérir une excellente éducation moderne, malgré tous les obstacles légaux. Certains Juifs piémontais, comme le futur secrétaire de Cavour, Isacco Artom, furent envoyés faire leurs études à Milan, où, sous lautorité autrichienne, il était permis aux Juifs de fréquenter les écoles publiques. Un banquier, membre de la famille Todros, émigra de Turin à Paris vers 1835 pour garantir à ses fils une bonne éducation. La future mère de Cesare Lombroso posa une unique condition à son père, un Juif piémontais, qui se disposait à arranger son mariage : le mari devait être un ressortissant autrichien, parce que, dans ce pays, léducation des enfants juifs était meilleure. Cest ainsi que Cesare Lombroso, le génie excentrique qui révolutionna la psychiatrie et bien dautres choses, naquit à Vérone: et cest là quil a son monument. Cest généralement à partir de la réorganisation de lécole traditionnelle, le Talmud Torah1, que les Juifs italiens ont pu accéder à la culture moderne avant de pouvoir être admis dans les écoles détat. Quant aux universités italiennes, ladmission des Juifs y était limitée à un petit nombre, comme à Padoue et Ferrare, et presque toujours seulement à la faculté de médecine. Ensuite les Juifs italiens étudièrent avec zèle aussi bien dans les écoles italiennes quétrangères, et ils nhésitaient pas à se rendre à létranger pour se perfectionner. Je crois que Leone Sinigaglia, le merveilleux musicien qui a recueilli les chants piémontais, a été lunique élève italien de Mahler à Vienne : Sinigaglia est mort à Turin, quand les nazis-fascistes frappèrent à sa porte pour larrêter.
III.
Il est plus difficile de déterminer quelle fut la contribution de linstruction traditionnelle juive à la rénovation de la culture judéo-italienne. Un fait est évident. Les études traditionnelles juives et la recherche et léducation modernes prospérèrent là où il y avait le plus de liberté et de bien-être. Dans certains cas, on reconnaît clairement la continuité entre léducation traditionnelle rabbinique et la formation moderne humaniste et scientifique. La culture traditionnelle juive était très forte dans des villes comme Trieste, Gorizia, Venise, Padoue, et Mantoue, spécialement sous lautorité autrichienne, et également à Livourne et Ferrare. Au cours du XVIIIe siècle, naquit à Ferrare Isacco Lampronti, lencyclopédiste talmudiste auteur du Pahad Yitzhak ; neuf sections de son encyclopédie viennent dêtre publiés en Israël. Lun des fondateurs de la littérature hébraïque moderne, Moshé Luzzatto, était de Padoue. Au XIXe siècle vécut à Gorizia, Isacco Reggio ; Shadal, le plus grand de tous, est né à Trieste et a enseigné à Padoue. Elia Benamozegh, ladversaire mystique de Shadal, a vécu à Livourne, où, au début du siècle, David Azulaï terminait sa vie légendaire comme «Wunderrabbi».
Rome, qui possédait la plus grande communauté juive, ne se distinguait pas par son activité intellectuelle : dans cette ville, les Juifs étaient beaucoup plus pauvres et opprimés. Il faut souligner quen Italie, létude traditionnelle et lemploi de lhébreu comme langue savante ont été bien plus importants quon ne le croit généralement, du moins parmi les Juifs italiens daujourdhui. Nous avons même «exporté» un membre de la tribu Artom qui devint Khakham1, ou rabbin, de la communauté sépharade de Londres (1886). Cétait un poète qui écrivait en hébreu et en italien. Sabato Moraïs, qui partit aux Etats-Unis, devint, sans doute à sa plus grande surprise dailleurs, un des fondateurs du Jewish Theological Seminary de New York.
Il serait opportun de rappeler que le dernier poète italien en langue hébraïque fut une femme, Rachele Morpurgo, cousine et amie de Shadal, et membre de cette tribu Morpurgo qui a donné à lUniversité italienne un grand nombre de ses professeurs et au Parlement italien quelques-uns de ses représentants ; en outre, cest à cette lignée quappartient la première femme professeur de philologie comparée à lUniversité dOxford, Anna Morpurgo.
Ainsi, si lon considère la carte des diverses provenances des plus illustres professeurs, la correspondance entre la plus ancienne culture juive et la plus récente culture italienne apparaît évidente. Le plus grand savant en philologie comparée et, dans labsolu, le plus grand philologue italien du XIXe siècle, Graziadio Isaia Ascoli, était de Gorizia, où il fut lélève de Rabbi Reggio. Il fut lami intime, même après son départ pour Milan, de Shadal et du fils de Shadal, Filosseno Luzzatto, assyrologue prometteur, disparu prématurément. Le grand maître des études italiennes, Alessandro DAncona, qui fut directeur de lEcole Normale de Pise, a été élevé en Toscane. Les familles Venezian, Pincherle, Polacco, destinées à peupler les universités et le Parlement italien, étaient originaires de Venise et Trieste. Le docte rabbin de Mantoue, Marco Mortara, dont la bibliothèque eut une grande renommée, fut père et grand-père dune famille exceptionnelle, dont le plus illustre représentant est sans aucun doute Ludovico Mortara (1855-1937), juriste de grand renom, président de la Cour Suprême de Cassation, ministre de la justice en 1919, et vice président du Conseil.
On pourrait citer à linfini les exemples de cette continuité de tradition juive séculière et religieuse. Jajouterai simplement un autre cas qui mest toujours apparu comme le plus singulier. Au XVIIe, XVIIIe et avant le XIXe siècle, le nom de Mussafia est lié à une série de savants des études rabbiniques, de grande valeur. Le plus connu est Benjamin Ben Immanuel Mussafia, qui, à la fin du XVIIe siècle, publia en Hollande un supplément à ce qui reste la plus importante contribution italienne aux études talmudiques, le dictionnaire Arukh. Deux autres Mussafia, père et fils, se succédèrent comme rabbins et savants talmudistes à Split en Dalmatie, au début du XIXe siècle. Leurs dons linguistiques et herméneutiques furent ensuite appliqués à létude des langues romanes, par Adolfo Mussafia, leur petit-fils et fils respectif. Adolfo Mussafia, fils et petit-fils de rabbins, se convertit au catholicisme, et fut professeur à Vienne vers 1855, où il devint par la suite membre de la haute Chambre du Parlement viennois. Il introduisit dans la philologie romane une rigueur et une précision incomparables. À un âge avancé, il se considérait toujours plus comme italien, et non pas autrichien, et vers la fin du siècle il quitta Vienne, pour aller vivre et mourir à Florence. Lunique élève dévouée quil eut jamais fut Elise Richter, une femme juive qui vécut assez longtemps pour finir ses jours dans un camp dextermination nazi.
Ce passage de la culture hébraïque à la culture laïque avec toutes ses particularités est déjà assez remarquable, mais ce qui est peut-être le plus typique chez les Juifs italiens, cest que durant le XXe siècle ils ont réussi à avoir un rôle très important dans ladministration nationale comme fonctionnaires, juges, et surtout soldats. LItalie a peut-être été le seul pays dEurope où les Juifs ont été bien acceptés dans larmée et dans la marine et ont pu atteindre les grades les plus élevés sans aucune difficulté. Les Juifs piémontais furent célèbres pour cela. Le général Giuseppe Ottolenghi, en qualité de ministre de la Guerre, fit beaucoup pour réorganiser larmée italienne au début du siècle, après les désastres dAfrique. Le général Roberto Segre, comme commandant dartillerie dans la bataille de Piave en juin 1918, fut un des stratèges qui sauvèrent lItalie. La profession militaire se transmettait de père en fils, comme dans le cas de Roberto Segre et, de manière encore plus évidente, dans le cas des deux éminents généraux, Guido Liuzzi et son fils Giorgio.
En 1939, quand les Juifs furent chassés de larmée, de la marine, et de toutes les positions du gouvernement, la flotte italienne qui avait été reconstruite par larchitecte naval juif, le général Umberto Pugliese, était commandée par deux amiraux juifs, Ascoli et Capon, ce dernier étant le beau-père de Enrico Fermi. En 1940, la flotte italienne fut pratiquement détruite par les bombardements anglais dans le port de Tarente, et le général Pugliese fut rappelé pour sauver ce quil restait à sauver de cette flotte, quil avait construite et que les fascistes avaient perdue. Si jai bon souvenir, lAmiral Capon fut livré aux nazis.
Pour offrir un cadre complet, il serait naturellement nécessaire de prendre en considération tous les secteurs de ladministration civile italienne, y compris le Ministère des Affaires Etrangères. Je citerai seulement, pietatis causa, le nom de Giacomo Malvano qui, au cours de sa position importante de secrétaire permanent du Ministère des Affaires Etrangères, contrôla la politique extérieure italienne pendant presque trente ans au tournant du siècle. Etant donné les liens étroits entre ladministration civile, luniversité et la politique en Italie, laccès à ladministration rendait plus simple lentrée dans une université et dans la politique, et vice-versa. Jai limpression que le passage du ghetto à la classe supérieure se vérifia plus fréquemment dans les familles juives par lentrée dans ladministration civile et luniversité, que par des activités économiques prospères.
Les professeurs duniversité ont représenté un pourcentage très élevé parmi les personnages remarquables de la politique italienne, du moins à partir de 1870. Dans les dernières décennies du XIXe siècle, on alla jusquà tenter, sans y parvenir, de limiter le nombre de professeurs duniversité qui pouvaient être membres de la Chambre des Députés. Des professeurs duniversité devinrent souvent ministres de la couronne et même présidents du Conseil. Dans ce sens, en 1910, Luigi Luzzatti, lunique juif président du conseil, témoignait parfaitement de ce modèle. Il avait été un haut fonctionnaire et aussi un professeur de droit à luniversité.
Mais dautres facteurs contribuèrent au prestige des Juifs en politique. Lun deux fut cet avantage, que possédaient certains, davoir des parents étrangers, et surtout britanniques. Les liens de parenté, du côté de sa mère anglaise, furent très utiles à Sidney Sonnino, protestant, mais fils dun propriétaire terrien juif dorigine toscane. Il fut deux fois, assez brièvement, président du conseil, mais il est surtout connu pour avoir été ministre des Affaires étrangères pendant toute la Première Guerre mondiale. Il restera toujours associé au nom de son ami juif, le sénateur Leopoldo Franchetti, avec qui il entreprit lune des recherches les plus approfondies sur les problèmes sociaux italiens. Les liens avec lAngleterre furent aussi importants pour Ernesto Nathan, maire de Rome au début de ce siècle et chef de la maçonnerie. La branche anglaise de sa famille avait été très amie avec Giuseppe Mazzini pendant son exil en Angleterre.
Il faut considérer un deuxième élément, limportance décisive des Juifs de Trieste dans ce que lon appelle lirrédentisme, la revendication de Trieste par lItalie. Je reviendrai brièvement dans un instant sur laspect culturel du problème. Quant à laspect politique, lirrédentisme politique de Trieste sincarna dans la personne de trois Juifs : Felice Venezian, Salvatore Barzilaï et Teodoro Mayer. Le caractère italien de Trieste était en grande partie dû aux Juifs qui, bien que souvent dorigine allemande ou orientale, choisirent toutefois lItalie, cette Italie au-delà de la frontière qui semblait leur offrir cette égalité dont ils étaient privés dans lEmpire autrichien.
Enfin le socialisme vint. En Italie, seul un petit nombre parmi les socialistes juifs étudièrent à fond Karl Marx. Une exception : léconomiste Achille Loria de lUniversité de Turin qui fut attaqué par Engels et eut une mauvaise réputation à gauche. Il était en revanche destiné à exercer une influence durable en Amérique sur Frederick Jackson Turner et ses hypothèses sur la frontière. Mais le socialisme comme mouvement messianique attirait les Juifs, en Italie comme ailleurs. Il leur offrait une foi alternative. Emanuele Modigliani, Claudio Treves et Rodolfo Mondolfo sont peut-être les Juifs italiens socialistes les plus importants de la première génération.
Comme membre dune famille qui a une place permanente dans lhistoire du mouvement socialiste italien, jai toujours pensé que, dans un certain sens, lidée messianique nétait pas très déterminante. Le penseur le plus original parmi mes parents socialistes, Felice Momigliano, professeur de philosophie à lUniversité de Rome, sefforça de concilier le socialisme, Mazzini et les prophètes juifs, mais il fut expulsé du Parti socialiste lorsque la guerre éclata en 1915. Sur le caractère énigmatique et tragique de ce penseur religieux, qui fut fondamentalement un juif réformé comme son ami Claude Montefiore dans un pays où il ny avait pas de judaïsme réformé organisé il y aurait beaucoup à dire, si nous voulons comprendre pourquoi les Juifs eurent dans la vie italienne une part bien moindre que celle quils avaient espérée. On peut sans doute dire la même chose concernant lautre nom important de ma famille, Attilio Momigliano, linterprète de Dante, de lArioste, de Manzoni, dont il comprit profondément linspiration catholique. Bien quil eût de nombreux élèves dévoués dans les universités de Pise et de Florence, Attilio fut terriblement seul.
Je me contenterai de dire ici que cétait effectivement le problème pour ces écrivains juifs italiens que Stuart Hughes a récemment réunis sous le titre suggestif de Prisoners of Hope («Prisonniers de lespoir»). Ce que mon ami Stuart Hughes aurait peut-être pu mettre plus précisément en lumière, cest que les écrivains italiens dorigine juive ont naturellement existé, et à tous égards, au XIXe siècle. Tullio Massarani et Giuseppe Revere, deux amis qui ont largement contribué à la diffusion de luvre de Heine en Italie, furent abondamment lus et hautement considérés. Ils avaient bien conscience dêtre juifs et affichaient même leur judaïsme ; ce quon retrouve également chez dautres écrivains, peut-être moins connus, comme David Levi, auteur de poésies à thèmes juifs, ou Enrico Castelnuovo, auteur dun roman sur les Juifs italiens, I Moncalvo, et entre parenthèses, père du mathématicien Guido Castelnuovo.
Des écrivains des plus jeunes générations, par exemple la poétesse juive, à moitié anglaise, Annie Vivanti qui fut aimée par Carducci nadmirent pas volontiers leur judaïsme jusquen 1939. Trois des plus grands écrivains étaient de Trieste, ou des environs, Italo Svevo, Umberto Saba, et Carlo Michelstaedter. Ce dernier, un penseur extraordinaire, se suicida à vingt-trois ans. Un quatrième, Alberto Moravia, vit à Rome, mais est dorigine vénitienne.
Svevo, Saba et Moravia prirent des pseudonymes, mais alors quItalo Svevo et Alberto Moravia cachaient derrière leurs pseudonymes les noms non italiens de Schmitz et Pincherle, Saba, dont le vrai nom était Poli, voulait manifester secrètement son attachement à sa mère juive, plutôt quà son père chrétien. Quand la persécution des Juifs rendit absurde le fait de nier sa propre origine juive et Carlo Levi, Giorgio Bassani, Natalia Ginzburg ne lavaient jamais reniée demeura un problème plus profond : quest-ce que le judaïsme pouvait signifier pour ces écrivains? Primo Levi, naturellement, constitue lexception : il a réellement le sens de la tradition juive, mais pour lacquérir, il a dû réussir à survivre dans un camp dextermination nazi.
IV.
La société juive dItalie sest développée selon ses lignes propres réalistes, liées aux affaires, relativement ouvertes à des idées extérieures, mais fondamentalement introspectives, préoccupées de justice sociale et en même temps méfiantes à légard des nouveautés excessives. Musique, peinture, littérature, socialisme, science, impliquèrent profondément les Juifs italiens. La musique profane avait été lun de leurs centres dintérêts depuis la Renaissance. Il faut citer les compositeurs Vittorio Rieti, Alberto Franchetti, Mario Castelnuovo-Tedesco, et Leone Sinigaglia. La peinture était un fait plus récent. Ce nest peut-être pas un hasard si le leader socialiste Emanuele Modigliani et le peintre Amedeo Modigliani étaient frères. Les scientifiques juifs firent preuve de préoccupations méthodologiques peu communes : deux Juifs, Eugenio Rignano et Federico Enriquez, créèrent cet important forum international de la méthodologie scientifique, que fut la revue Scientia.
À quel point cette attitude méditative, introspective, contribua à la grandeur des mathématiciens, physiciens, chimistes italiens, je ne peux que le supposer intuitivement, en pensant à certains dentre eux qui furent mes parents ou mes amis. Où prenait racine la légendaire imagination mathématique de Tullio Levi-Civita? Le fascisme rejeta la plus grande partie de ces Juifs qui avaient derrière eux de solides traditions libérales ou socialistes ; alors que des intérêts économiques poussaient dautres juifs à une implication directe avec le fascisme. Lun des plus honnêtes fut Gino Olivetti, le représentant des intérêts industriels au sein du fascisme. Des sympathies idéologiques pour le fascisme se manifestèrent aussi chez des juristes comme Gino Arias et Giorgio del Vecchio, qui voulaient une réforme de lÉtat italien à partir de lignes corporatives. Jai déjà mentionné la situation particulière de Ferrare, où le maire fasciste fut un juif portant un prestigieux nom juif, Ravenna.
Mais la plus grande partie des Juifs étaient mis à lécart. Et des hommes comme Vito Volterra, enseignant et sénateur de très grand prestige, parlèrent ouvertement et sans crainte, au nom de la majorité des Juifs. Au nom de Vito Volterra, je voudrais au moins ajouter celui de mon professeur romain, Giorgio Levi della Vida, orientaliste de renommée internationale qui fut, pendant quelque temps, au cours des années de persécution, professeur à lUniversité de Pennsylvanie. Max Ascoli, qui en 1924 avait publié un livre sur judaïsme et christianisme (Les chemins de la Croix), émigra aux Etats-Unis en 1931 ; Piero Sraffa, léconomiste, quitta lItalie pour lAngleterre (Cambridge) encore plus tôt. Lopposition active fut incarnée par les deux frères Carlo et Nello Rosselli, cest dans leur maison, proche de Pise, que Mazzini était mort. Tous deux furent assassinés sur lordre de Mussolini. La répugnance envers le fascisme était répugnance envers Mussolini. Dans sa carrière, il avait été aidé par des Juifs, aussi bien des hommes que des femmes. Il les avait exploités sans retenue, surtout les femmes et les avait trahis. Il trahit sa maîtresse juive Margherita Sarfatti et sa vieille compagne Angelica Balabanoff et dinnombrables amis des premières années. Quand vint lheure de la rébellion, les Juifs entrèrent dans la Résistance, ils sen firent les guides, et en son nom, ils moururent.
Umberto Terracini, le leader communiste juif résista à vingt ans dinternement dans une prison fasciste, il fut président de lassemblée constituante qui suivit le référendum de 1946. Guido Castelnuovo survécut à la persécution pour devenir en 1946 le premier président de lAccademia dei Lincei, qui venait de renaître. Mais une génération entière avait été privée de ses meilleurs représentants : des hommes comme Eugenio Colorni, le philosophe, Leone Ginzburg, le critique, Emmanuele Artom, le jeune historien du judaïsme, et Sergio Diena, un héros souriant, plein dintelligence et de détermination. Les morts de la Résistance, ajoutés aux morts dans les camps de torture nazi-fascistes, créèrent un vide qui nest pas encore comblé. Ce qui a rendu plus improbable lexistence dune variété juive dItaliens.
Mais le problème nétait pas nouveau. On peut le vérifier de toute évidence chez un grand nombre décrivains comme Italo Svevo, dun côté, tellement imprégné de culture juive et dun autre, tellement hésitant à admettre son passé juif. Pour certains Juifs, il y eut un choix direct en faveur du retour au judaïsme à travers le sionisme et limmigration en Palestine. Mais ceux qui, comme moi, ont eu la chance de connaître la vieille génération de sionistes italiens Dante Lattes, Alfonso Pacifici et davoir pour ami Enzo Sereni, savent aussi à quel point leur choix ne fut pas simple. Ce nest pas un hasard si Enzo Sereni est revenu en Italie pour combattre et mourir au nom de ce quil avait toujours reconnu, au cours de conversations privées, comme des idéaux indissociables, le sionisme et lantifascisme.
Létude du Talmud avait pratiquement cessé de représenter un intérêt pour les Juifs italiens à la fin du XVIIIe siècle. Même Shadal ne sintéressait plus au Talmud. Le judaïsme réformé, comme je lai dit, navait pas de racines en Italie. Des tendances mystiques et cabalistiques perdurèrent plus longtemps, bien après que Moshe Luzzatto eut transféré son Maggid 1 l«ange» qui laccompagnait de Padoue à Amsterdam. Dans sa vieillesse, mon grand-père se consolait en lisant le Zohar chaque soir, et il chantait lhymne hébraïque de Siméon Labi, «Heureux que tu es, bar Yohaï ! Il ta béni», pour Lag baOmer, lanniversaire de la mort de Siméon bar Yohaï, que les cabalistes considèrent comme lauteur du Zohar. Mais dans les faits, la culture juive a rarement été transmise de la manière dont, nous Juifs, entendions quelle le soit. Si les Juifs eux-mêmes connaissent si peu leur judaïsme, ils ne peuvent certes pas se lamenter de ce que les autres le comprennent moins encore. Même Benedetto Croce, qui fut si proche de nous durant les persécutions, ne pouvait que recommander aux Juifs de sefforcer de faire disparaître leurs particularités. Ce serait une folie de conclure sur une note optimiste, alors quun enfant juif a été assassiné dans la synagogue de Rome, et ceci en 1982, sans quaucun soulèvement de lopinion publique ne se manifeste. Me reviennent en mémoire les mots de Nachman Bialik sur lassassinat des enfants, mais je ne les répèterai pas. Et à la différence dImmanuele di Roma, notre vieil ami qui, pour nêtre pas ami de Dante, était au moins celui de Cino da Pistoia, je nai nullement lintention de donner un conseil au Messie. Et je ne dirai donc pas: «Mais si tu as lintention de chevaucher un âne, mon Seigneur, alors retourne dormir.»
Je chercherai plutôt quelque consolation dans les paroles de mes plus lointains prédécesseurs, le chroniqueur Ahimaaz dOria dans lItalie méridionale, qui écrivit son livre des généalogies en 4814 de la création du monde (1054 de lère chrétienne) le premier historien juif des Juifs dItalie : «Je consignerai avec ordre les traditions de mes pères, qui furent conduits en un bateau le long du fleuve Pison, le premier fleuve dEden, avec les prisonniers que Titus captura dans la Ville Sainte, couronnée de beauté. Ceux-ci parvinrent à Oria ; ils sy établirent, et prospérèrent dans des entreprises remarquables ; ils crûrent en nombre et force et continuèrent à avoir de la chance. Parmi leurs descendants, un homme éminent excella par sa culture ... maître de la connaissance des Lois de Dieu, célèbre pour sa sagesse parmi les siens. Son nom était ...1 » Ahimaaz dit «Rabbi Amittai». Mais nous pourrions quant à nous écrire un autre nom, celui de «Vito Volterra».
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1. Minhag apam désigne un rite particulier, totalement différent des autres rites, et suivi par les trois petites communautés piémontaises de Fossano, Moncalvo et Asti. Les parties fondamentales de cette liturgie sont très anciennes et elles sont attestées également dans les Evangiles. Dans les premiers siècles du Moyen âge, les rituels prirent une forme définie (menant à son terme un processus commencé après la destruction du Temple), et adoptèrent des variantes régionales qui constituent les Minhagim (rites liturgiques) [S.B.].
1. R. Bonfil, Ha-Rabbanut be-Ytalyah bi Tekuphat he-Renasanse [«Le Rabbinat italien à la Renaissance»] Jérusalem, 1979 [S.B.].
2. Scritti in memoria di Umberto Nahon. Saggi sullebraismo italiano,
édités par R. Bonfil, D. Capri, M. Mondena Mayer, G. Romano,
G. B Sermonetta, Editrice Fondazione Sally Mayer-Raffaele Cantoni, Jérusalem
1978 [S.B.].
1. Bien que je ne sois pas le premier historien professionnel dans ma
famille à mêtre intéressé à
notre histoire jai été précédé
par quelquun de bien plus compétent que moi, mon regretté
cousin et ami Arturo Carlo Jemolo, un Momigliano du côté
de sa mère, catholique sicilien du côté de son père
, il y a encore trop de faits qui nous sont inconnus. Jaimerais
en savoir plus sur Giuseppe Vita Momigliano dIvrea, qui fut lun
des représentants des Juifs piémontais au Sanhédrin
napoléonien en 1806. Un autre Juif piémontais de la famille
Segre (la famille de ma femme), Salvatore Segre, fut Av Bet-din, Président
du même Sahédrin. Je voudrais en savoir plus sur Isacco
Momigliano, qui harcelait des hommes éminents avec ses problématiques
sur la religion et la littérature ; ce fut à lui que Shadal
Samuel David Luzzatto écrivit sa célèbre
lettre sur le judaïsme et le christianisme, en défendant,
logiquement, le droit du premier à exister.
1. Le Talmud Torah est lécole primaire traditionnelle juive
[S.B.].
1. Les juifs sépharades désignent leur rabbin du nom de khakham (en hébreu: « savant») (les rabbins de la congrégation sépharade dAmsterdam et de Londres sont appelés khakhamim) [S.B.].
1. Dans la tradition cabalistique entre le XVIe et le XVIIIe siècle, le Maggid est un ange qui, par des voies mystérieuses, communique des enseignements aux sages et aux savants qui en sont dignes [S.B.].
1. The Chronicle of Ahimaaz, version anglaise de M. Salzman (Columbia University Press, 1924).
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