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Lefficacité de lappareil critique de Carnap ne sétend pas à tous les contextes non extensionnels, cest-à-dire à tous les énoncés dont lextension nest pas fonction des extensions des constituants. Il nest pas en mesure de traiter des contextes dattitudes propositionnelles comme (18)
(18) Ptit Pierre nest pas sûr que 68 + 57 = 125
Ptit Pierre, qui a huit ans, a des doutes quant au résultat de cette addition tandis quil est absolument sûr, par contre, que 3 + 3 = 6. Et pourtant 68 +57 = 125 et 3+ 3 = 6, étant des vérités nécessaires, valent dans toutes les descriptions détat et ont la même intension. Par conséquent, (18) et (19)
(19) Ptit Pierre nest pas sûr que 3 + 3 = 6
devraient avoir non seulement la même extension, mais également la même intension. Au contraire, ils nont même pas la même extension (cest-à-dire la même valeur de vérité), parce que le premier est vrai tandis que le second est faux. Les contextes dattitude propositionnelle ne sont pas compositionnels, pas même par rapport à lintension.
Pour résoudre cette difficulté, Carnap introduit un nouveau concept, à savoir celui de structure intensionnelle (Carnap, 1947: §§ 14-15); et il essaie de soutenir que des énoncés tels que (18), bien que nétant pas compositionnels par rapport à lintension, le sont par rapport à la structure intensionnelle. Il savère en effet que 68 + 57 = 125 et 3 +3 = 6, tout en ayant la même intension, nont pas la même structure intensionnelle (et cest pourquoi (18) et (19) ne sont pas sémantiquement équivalents). La proposition de Carnap, tout en ayant été reprise également par la suite (par exemple par D. Lewis, 1970), sest avérée très vite inadéquate: des exemples dénoncés qui ne sont pas compositionnels, pas même par rapport à la structure intensionnelle, ont été avancés (voir par exemple Bonomi, 1983: 134 sq.), et dautre part, lidentité de structure intensionnelle (que Carnap appelle isomorphisme intensionnel) est probablement une condition trop restrictive pour rassembler nos intuitions sur la relation déquivalence sémantique, ou synonymie, entre énoncés. En réalité, le paradigme dominant nest pas parvenu, pas même par la suite, à venir à bout du problème de la compositionnalité des énoncés dattitude propositionnelle. Comme nous le verrons (§ 33), il semble quils mettent en évidence une difficulté de fond du paradigme, qui ne se résout pas en inventant des représentations toujours plus affinées de la valeur sémantique dune expression linguistique (pour une discussion de la question voir Mariani, 1992).
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