full
image
#666666
http://www.lyber-eclat.net/wp-content/themes/smartbox-installable/
http://www.lyber-eclat.net/
#5979e2
style1

L. Cahn C. Deligne N. Pons-Rotbardt N. Prignot A. Zimmer B. Zitouni

Terres des villes

Enquêtes potagères de Bruxelles aux premières saisons du 21e siècle

Terre

Lyber

Terre [tɛʁ] n.f. Élément solide qui supporte les êtres vivants et où poussent les végétaux.

1 « Terre » : Matière qui forme la couche superficielle de la croûte terrestre. Elle est composée de différentes proportions de sédiments organiques et géologiques. Gorgée d’eau, la terre devient boue ; sèche et dispersée par le vent, elle est poussière. Pour un pédologue, elle est composée d’eau, d’air, d’éléments organiques et non organiques formés à travers différents processus atmosphériques, biologiques, chimiques et géologiques.

En agriculture, elle constitue le substrat où poussent les végétaux. Sa composition fait une différence pour les jardinier.e.s ou les fermier.e.s qui la travaillent : sa teneur en argiles, en sables et en limons lui permet de retenir plus ou moins efficacement l’eau et sa teneur en humus, c’est-à-dire en matières organiques décomposées, permet aux plantes d’y puiser les nutriments dont elles ont besoin.

Une terre arable est une terre cultivée, travaillée par l’action des êtres humains pour s’alimenter. Une agriculture sur terre arable est dite «en pleine terre ». Cette terre est considérée comme « vivante » lorsqu’on y observe l’activité intense de millions de micro-organismes, tels que des champignons, des bactéries et des protozoaires (pour beaucoup encore mal connus), par opposition à des terres « mortes », dont l’écosystème a été détruit par des labours profonds, des intrants chimiques et une exploitation intensive des sols.

La terre végétale est un produit commercial vendu au poids qui peut être déplacé en camions, en containers ou en grands sacs. C’est une terre dont la composition et la granulométrie la rendent propre à la culture, contrairement aux remblais, plus grossiers, qui peuvent servir à combler des trous ou créer des dénivelés importants. La terre végétale est utilisée pour remplir des fosses de plantation ou des bacs de culture, aménager des espaces verts ou enrichir des terres agricoles endommagées par des années d’exploitation, de fertilisation chimique et d’érosion. On peut ainsi faire pousser des plantes là où il n’y a pas de terre, comme le fait la NASA en conduisant des expérimentations pour rendre possible la culture de légumes pour les astronautes à des millions de kilomètres de la planète Terre.

Une terre polluée est une terre dans laquelle ont été décelées, souvent à cause d’activités industrielles passées, des concentrations trop élevées de certains composés chimiques (métaux lourds, hydrocarbures, solvants chlorés ou autres). Les seuils définissant les taux de pollution pouvant présenter un danger pour l’activité humaine sont variables selon les pays, et même parfois selon les régions. Depuis qu’on porte attention à ces pollutions, de nombreuses terres urbaines sont considérées comme polluées et déclarées impropres à la culture. Une terre polluée peut être traitée par des procédés industriels de dépollution, par le recours à des techniques de phytoremédiation, ou remplacée par de la terre végétale.

2 « Terre » : Étendue de terrain délimitée qui, dans certaines cultures, peut être possédée, héritée ou revendue par le « propriétaire » du terrain. En fonction des régions et des cultures, la Terre peut donc être aliénable ou inaliénable. Dans une culture où la terre est aliénable, celle-ci est souvent sujette à spéculation et objet de recherche de plus-value, sa valeur pouvant varier selon son emplacement et les usages qu’il est possible d’en faire. Dans de nombreux pays, ses usages légaux sont réglementés par des plans d’aménagement du territoire et, en Région Bruxelles-Capitale, ils sont inscrits au Plan Régional d’Affectation des sols (PRAS) auquel, moyennant certaines conditions, il est toutefois possible de déroger.

Des conflits portant sur le futur des terres émergent fréquemment, et ces terres contestées, le plus souvent des « terrains vagues » dont l’usage n’est pas encore fixé, deviennent objet de luttes. Elles peuvent alors être réquisitionnées par l’État, appropriées temporairement ou occupées par des militants ou d’autres groupes d’acteurs qui veulent en infléchir le devenir.

En résumé, il apparaît que la terre est vecteur d’attachements multiples qu’elle suscite en même temps qu’elle les ancre dans des lieux précis. Les attachements sont multiples et très variables selon les lieux et au cours du temps : sentiment d’appartenance, souvenirs, soin qu’on a pu y porter, liens forgés par des pratiques s’y déployant, présence des ancêtres qu’on y a enterrés en les confiant au soin de la Terre.

3« Terre » est aussi le nom de la ­planète du système solaire sur laquelle des formes de vie singulières se sont développées, grâce à la présence d’une atmosphère ou d’une fine enveloppe gazeuse entourant sa surface. Aujourd’hui, cette enveloppe, ainsi que les océans terrestres, sont au centre de toutes les attentions et suscitent des inquiétudes : ils subissent une augmentation de température, ­symptomatiques de dérèglements ­climatiques ­importants sur toute la surface du globe. Le processus, causé par l’avènement de la société industrielle et capitaliste, est appelé « changement climatique ». La Terre subit également une extinction en masse et sans précédent de ses espèces, phénomène parfois qualifié d’écocide, et voit la disparition rapide de ses dites « ressources naturelles ». Plus généralement, aujourd’hui, les sciences sociales et humaines reconnaissent pour la plupart que les sociétés industrielles modernes se distinguent par leur compétence sans précédent à détruire les écosystèmes à l’échelle planétaire. Le phénomène est global. L’image du globe terrestre en est venue à signifier à la fois finitude et fragilité. Pour certain.e.s, il ne nous reste plus qu’à envisager des solutions à l’échelle de la planète elle-même (cf. la géo-ingéniérie). Pour nous, la Terre est faite de toutes les terres ; elle est l’enchevêtrement des localités et terres cultivées ; et la récupération (reclaim) de la Terre en passe nécessairement par la récupération de chacune des terres, terres des villes y compris.

« Terre de Bruxelles », 2017[/caption]

 
WP-Backgrounds Lite by InoPlugs Web Design and Juwelier Schönmann 1010 Wien