éditions de l'éclat, philosophie

GIOVANNI PICO DELLA MIRANDOLA
DE LA DIGNITÉ DE L’HOMME


Biographie

24 février 1463 - Naissance de Giovanni Pico, comte de la Mirandole et de la Concorde, troisième enfant de Gian Francesco Pico et Giulia Boiardo, au château de la Mirandole, proche des villes de Modène, Ferrare et Mantoue. « Sa naissance ... fut accompagnée d'un curieux présage : on aperçut, au-dessus de la chambre où sa mère le mettait au monde, une boule de feu qui se balança quelque temps dans les airs, puis disparut. L'éclat du météore devait annoncer le génie et la gloire du nouveau-né ; sa brièveté indiquer que sa vie serait éphémère.» (L. Gautier-Vignal, Pic de la Mirandole, Grasset, Paris, 1937, p. 22).

1477-1478 - Sur les conseils insistants de sa mère, Pico se rend à Bologne pour étudier le droit canon. En août 1478 sa mère meurt subitement. Pico quitte Bologne et renonce à ses études juridiques.

1479 - Au cours d'un bref séjour à Florence, il fait la connaissance d'Angelo Poliziano et de Girolamo Benivieni. « C'est très probablement à cette époque qu'une amitié fraternelle le lie à Savonarola, qu'il connut très tôt et aima toujours. Cette relation fut décisive pour les deux hommes et marqua leurs destins respectifs. » (E. Garin, G. Pico della Mirandola, s.l., 1963, p. 22-23).

1479-1480 - Pico étudie la scolastique à Ferrare.

1480-1482 - Séjour prolongé à Padoue, au cours duquel Pico étudie l'oeuvre d'Aristote et se familiarise avec l'averroïsme. C'est dans cette ville que Pico, déjà latiniste et helléniste, étudiera l'hébreu (avec Elia del Medigo qui traduit pour lui des textes de la tradition hébraïque), l'arabe et les textes «chaldaïques». C'est de cette époque que datent nombre de sonetti en langue vulgaire ou en latin.

Printemps 1482 - La «guerre de Ferrare» oblige Pico à quitter Padoue. Il retourne à La Mirandole, où le rejoignent des amis et des professeurs de Padoue, tels que Manuele Adramyttenos, avec qui il travaille le grec, ou Nicola Leoncino. Aldo Manuzio est également reçu au château.Il deviendra le précepteur du neveu de Pico.

1483 - Après un court séjour à Pavie, Pico se rend à Carpi chez sa soeur où il retrouve Aldo Manuzio.

Printemps 1484 - Pico arrive à Florence. Il se lie aussitôt avec Laurent, Ficino et la platonica familia. Dans une lettre à Ermolao Barbaro, il écrit : « Dernièrement je me suis éloigné d'Aristote pour me diriger vers l'Académie, non en transfuge mais en éclaireur. Il me semble cependant, pour vous exprimer mon sentiment, que j'aperçois deux choses chez Platon : d'abord une abondante éloquence tout homérique, une teneur de style qui s'élève au-dessus de la prose, puis, si l'on regarde les choses d'assez haut, une parfaite communion d'idées avec Aristote ; de sorte que si l'on s'en tient à l'expression, rien n'est plus opposé que les deux doctrines et que si l'on considère la substance, rien ne s'accorde mieux ».
C'est à Florence qu'il reprend l'étude de l'hébreu avec Elia del Medigo qui l'a rejoint. Il étudie aussi l'arabe et le chaldaïque avec Flavius Mithridate (qui traduit pour lui des textes de la tradition kabbalistique) et Jehudah Abravanel.

Juillet 1485 - Pico se rend à Paris, où il séjournera moins d'un an. Il fait la connaissance de Robert Gaguin, le savant général des Trinitaires. C'est vraisemblablement à Paris, et dans la fréquentation des universitaires, que Pico eut l'idée d'écrire ses Thèses et d'en proposer la disputatio.

Mars 1486 - Retour à Florence.

Mai 1486 - L'élaboration de ses Thèses l'incite à quitter Florence pour Rome. Un détour par Arezzo lui vaudra bien des tracas. Une aventure avec la femme d'un des cousins de Laurent manque de lui coûter la vie. Ayant tenté de l'enlever (avec, dit-on, le plein consentement de l'intéressée), il est blessé et emprisonné par le mari. L'intervention de Laurent régle toute l'affaire, qui fait toutefois grand bruit. Pico ne poursuit pas tout de suite vers Rome et s'arrête à Pérouse pour soigner ses blessures. Mithridate et Elia del Medigo le rejoignent. Un écrit de ce dernier, intitulé Questio de esse et essentia et uno, résume les conversations qu'il eut alors avec Pico.

Automne 1486 - La peste s'étant déclaré à Pérouse, Pico gagne la petite ville de Fratta. Il écrit à Ficino : « Après avoir étudié l'hébreu jour et nuit pendant un mois, je me suis mis entièrement à l'arabe et au chaldaïque, y ayant été comme forcé par certains livres qui, par une divine providence, me sont tombés entre les mains. Ce sont des livres chaldaïques ... d'Esdras, de Zoroastre et de Melchior, des oracles des mages où se trouve une interprétation, brève et aride, de la philosophie chaldéenne, mais pleine de mystère ».
C'est aussi à Fratta que Girolamo Benivieni lui fait lire sa Canzone qui inspirera à Pico un commentaire.
Il achève la rédaction de ses Thèses et de l'Oratio de hominis dignitate. Avant de quitter Fratta pour Rome, il écrit à Taddeo Ugolino : « Conscient de ma petitesse, je n'ose rien augurer de moi. Mais comme le Père de toute clémence et de toute lumière m'a jusqu'à présent accordé d'inspirer confiance aux hommes, j'espère qu'il me le concédera à l'avenir. Je vais partir pour Rome où je mettrai à l'épreuve, non sans risques, mes talents. Si je réussis, c'est à Dieu que je devrai mon succès ; à lui, louanges et grâces. Si j'échoue, la faute sera mienne. »

Novembre 1486 - Arrivée à Rome.

Décembre 1486 - Pico fait publier ses Thèses chez l'imprimeur Silber et propose une large disputatio qui doit avoir lieu après l'épiphanie. Il offre même de prendre à sa charge les frais de voyage des savants qui accepteraient de venir à Rome pour ce «congrès». Mais le Pape interdit la discussion publique.

20 février 1487 - Un bref pontifical institue une commission d'enquête pour juger les thèses de Pico.

2 mars 1487 - Convocation de Pico devant la commission composée de seize membres et présidée par l'évêque de Tournai, Jean Monisart. D'autres séances ont lieu les 5, 6, 12 et 13 mars, mais Pico préfère ne pas y assister. Il remet par écrit ses réponses à la commission qui ne les juge pas satisfaisantes. Treize thèses sont condamnées.

31 mars 1487 - Pico accepte de se rétracter et signe une déclaration qui aurait dû donner pleine satisfaction au Pape et aux juges. Mais il veut néanmoins se justifier et entreprend l'écriture de l'Apologia, dédiée à Laurent.

6 juin 1487 - Ayant eu vent de cette rédaction, Innocent VIII, par un bref, constitue les évêques de Tournai et de Cesena en tribunal inquisitorial.

31 juillet 1487 - Pico doit s'engager sous serment à renoncer à sa défense.

5 août 1487 - Les thèses sont condamnées à être détruites : « Elles sont pour partie hérétiques, et pour partie fleurent l'hérésie; d'aucunes sont scandaleuses et offensantes pour des oreilles pieuses ; la plupart ne font que reproduire les erreurs des philosophes païens ... d'autres sont susceptibles d'exciter l'impertinence des juifs ; nombre d'entre elles, enfin, sous prétexte de philosophie naturelle veulent favoriser des arts ennemis de la foi catholique et du genre humain ».

Fin 1487 - Pico s'enfuit en France, cherchant appui en Sorbonne où, selon Jean de Myrle, certaines de ses thèses étaient soutenues.

Janvier 1488 - Il est arrêté près de Lyon, par ordre de Philippe de Savoie. L'émotion est grande en Italie. Sur intervention de l'ambassadeur de Milan à la cour de France, Pico doit être libéré, mais les nonces du pape s'y opposent. Pico est emprisonné au donjon de Vincennes où il reçoit des visiteurs et est traité avec beaucoup d'égards. L'Université de Paris n'ayant pas condamné les thèses, se bornant à interdire la vente de l'Apologia, et Laurent exerçant des pressions incessantes, Innocent VIII suspend les poursuites. Pico est autorisé à regagner Florence et à y demeurer.

Juin 1488 - Après un bref séjour à Turin, Pico s'installe dans une villa à Querceto, près de Fiesole, préparée pour lui par Laurent.

1488-1494 - C'est au cours de ces années que Pico publiera l'Heptaplus id est de Dei creatoris opere (1489) et le De Ente et Uno (1491) dédié à Angelo Poliziano. D'autres écrits ne seront publiés que posthumes : en particulier la traduction avec commentaire du Psaume XV et les tardives Disputationes adversus astrologiam divinicatrium. Sur les conseils de Pico, Laurent fait venir Savonarola à Florence. Pico se rapproche toujours plus du moine dominicain, mais sans jamais renoncer à ses propres convictions. Il poursuit ses études d'hébreu avec Jochanan Alemanno.

8 avril 1492 - Mort de Laurent de Médicis. Pico retourne à Ferrare et vit retiré, se consacrant à l'étude. Il écrit de Ferrare à son jeune neveu Gian Francesco une lettre célèbre que Robert Gaguin traduit en français dès 1498 (Conseil profitable contre les ennuys et tribulations du monde). Différents voyages entre Florence et Ferrare.

18 juin 1493 - Un bref du Pape Alexandre VI Borgia absout Pico.

17 novembre 1494 - Charles VIII fait son entrée dans Florence. Ce même jour Pico s'éteint, dans des circonstances mal élucidées, revêtu de l'habit des frères prêcheurs. On prétend qu'il a été empoisonné par son secrétaire Cristoforo di Casalmaggiore, parce que jugé trop proche de Savonarola (cf. E. Garin, op. cit., p. 23). Il est enterré en l'église San Marco. Savonarola prononce l'oraison funèbre à Santa Maria dei Fiori. Ficino écrit : « Notre cher Pico nous a quittés le jour même où Charles VIII entrait dans Florence, et les pleurs des lettrés compensaient l'allégresse du peuple. Sans la lumière apportée par le roi de France, peut-être Florence n'eût-elle jamais vu jour plus sombre que celui où s'éteignit la lumière de la Mirandole.»

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